‹ Lettres (volume 3)Chapitre 278 sur 351 · LETTRE DXXXII · texte numérisé non relu

LETTRE DXXXII

A LA MÈRE MARIE. AIMÉE DE B L 0 X A Y

SUPÉRIEURE \ L\OV

Affaires d'intérêt. — Du recours que les Sœurs peuvent avoir à la coadjutrice pour avertir la Supérieure. — Utilité d'une réunion des premières Mères de l'Institut.

VIVE f JESUS !

[Chambéry, 1624.]

Ma très- chère fille,

Dites-moi, avez-vous reçu un grand paquet de lettres que je vous envoyai, dès la fin de janvier ou le commencement de fé- \rrier, pour notre Sœur la Supérieure de Dijon, dans lequel il y avait des lettres de feu M. le président son père pour Mgr de Langres et des miennes? car elle ne l'avait pas encore reçu le quatrième de mars. Je vous supplie derechef que si la Mère de Bourges vous écrit, de lui envoyer ce que nous vous avons prié de lui faire tenir au plus tôt, sans toutefois le prendre de l'argent de madame de Vigny, parce que nous sommes ici sans argent; mais je vous promets, Dieu aidant, de le vous faire tenir dans un mois après que vous l'aurez délivré. Vous pren-

drez pourtant vos quatre-vingts francs que vous avez avancés pour celte maison, de l'argent de madame de Vigny.

Pour ce qui est du sujet pour lequel le Révérend Père général m'avait écrit, nous en résoudrons à notre première vue, s'il plaît à Dieu. Je trouve qu'il n'est que bien d'avoir donné ce petit exercice à nos Sœurs; l'occasion en était utile. Je vous ai répondu sur les lettres de nos Sœurs. Je crois que l'intention de notre Bienheureux Père n'était autre que celle qu'il a exprimée dans les Règles et l'Entretien. Je sais bien aussi qu'il a toujours voulu que les Sœurs me parlassent avec une entière simplicité; mais il disait que toutes les Supérieures n'étaient pas propres à cela ; c'est pourquoi , parlant généralement à toutes, il a dû parler comme il a fait sans restriction de capacité ou d'incapacité; car, s'il eût dit cela, les filles n'eussent cessé d'examiner la capacité de la Supérieure, et les unes la jugeraient capable, et les autres non; de sorte qu'il faut en cela laisser abonder chacune en son sens, et selon qu'elles se sentiront inspirées; car, en ces choses-là, si elles y ont quelques difficultés, elles doivent toujours demander la lumière à Dieu.

Or, ma très-chère fille, plus je vais avant, plus j'apprends de choses qui arrivent en nos monastères, lesquelles méritent grande considération, et me font toujours plus désirer de nous voir ensemble, nous autres premières filles de Nessy, afin que, devant que je meure, nous résolvions ce que nous aurons à faire pour le repos de nos pauvres maisons et l'affermissement de notre chère Compagnie; mandez-m'en votre sentiment. La Mère de Grenoble le trouve bon, et le Père recteur d'ici auquel j'en ai parlé. Bref, cela ne peut que profiler, quand ce ne serait que pour faire voir l'état auquel notre Bienheureux Père a laissé lo monastère de Nessy, et si nous avons recueilli sincèrement ses intentions; le tout en demeurera plus ferme, et mille autres biens que je ne puis dire. Faites prier continuellement pour cela, afin que la sainte et seule volonté de Dieu soit faite. v. 18

Ma très-chère fille, je vous supplie de faire tenir promptement au Père de la Rivière le papier qui traite de la remise que Dieu fit de moi entre les mains de notre Bienheureux Père, car ce bon Père m'en presse grandement. Je vous en ai déjà écrit deux ou trois fois, et de remettre l'argent de madame de Vigny à M. Bataillon, présent porteur de ces lettres, si déjà vous ne l'avez donné à quelque autre. Mais je vous prie de m'envoyer un bordereau de toutes les espèces que vous m'enverrez; il me le remettra en mains propres.

Je salue très-chèrement nos bonnes et très-aimables Sœurs, et je les chéris très-cordialement. Mandez-moi si ce ne serait point à propos que j'écrivisse à M. de Saint-Nizier; il me fâche si nous le perdons.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DXXXIII (Inédite)

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

ASSISTANTE A DIJOM

Estimer l'esprit de tous les Ordres religieux, mais s'attacher de préférence a celui de son Institut. — Une âme qui veut tendre à la perfection doit rester éjale au milieu des inégalités de la vie.

vive f jésus!

[CLambéry, 1624.]

Ma très- chère fille,

Je pense n'avoir reçu qu'une seule lettre de vous depuis que vous êtes chez ces bonnes dames [Bernardines ']. Au moins

1 Ces dames, désirant revenir à la primitive observance, avaient quitté l'abbaye de Tart, où la discipline monastique tombait en décadence, et s'étaient retirées à Dijon. Elles furent aidées dans leur réforme, d'abord par suinte J. F. de Chantai, puis par la Mère Faire; cette dernière passa même deux mois dans leur monastère, et à son départ envoya la Sœur A. M.Rosset continuer son œuvre.

y a-t-il fort longtemps que je n'en avais eu. Or sus, j'espère que vous en partirez bientôt, puisque nous attendons le retour de ma Sœur [Favre] à Pâques, pour le plus lard, et qu'il faudra que vous soyez là en charge, en attendant que l'on y envoie celle que nous désirons bien fort d'y envoyer.

L'esprit des bons Pères de l'Oratoire est un très-bon esprit, quoique différent en quelque chose de celui de notre Bienheureux Père, lequel il nous faut chérir et conserver précieusement par une parfaite observance, et honorer les autres, laissant chacun suivre sa voie. Demeurez en paix sous la conduite de l'obéissance, et vous employez humblement à ce que l'on vous ordonnera. Je salue toutes ces bonnes dames, à part madame la coadjutrice et sa sœur; quand son esprit sera un peu débarrassé du monde, elle fera prou. Je ne puis écrire à votre Sœur Catherine de Jésus !, que j'aime toujours bien. Oh ! qu'elle sera heureuse, si, par la force de ses résolutions, elle demeure égale dans les mouvements de ses inégalités, et qu'elle prenne sa consolation de vivre dans les désolations pour l'amour de la sainte volonté de Dieu !

Je salue chèrement notre Sœur Françoise-Augusline [Brung] avec vous, que je prie Dieu de bénir et rendre selon son Cœur. Je suis toute vôtre en son saint amour.

Conforme à une copie faite sur l'original parla Mère Rosset elle-miîme. Archives de la Violation d'Annecy.

1 Jeune Religieuse de l'abbaye de Tart, qui, après avoir vécu plusieurs années dans la tiédeur, fut si vivement touchée par la grâce, qu'elle devint L'édification de sa communauté. Pour s'affermir dans la pratique de la vertu, elle obtint de passer une année à la Visitation de Dijon, où elle aurait voulu demeurer toute sa vie.

LETTRE DXXXIV (Inédite)

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

SUPÉRIEURE A RIOW.

De quelle importance est le bon choix des sujets; n'en point admettre qui ne soient bien appelés de Dieu.

[Chambéry], 19 mars 1624.

Ma très-chère fille,

Je ne puis écrire à notre Sœur de Montferrand, que je ne salue voire bon cœur de toute l'affection du mien. Notre Sœur M. -Marguerite des Serpens m'écrit que l'on vous a envoyé sa jeune sœur, laquelle n'a que treize ans, et qu'on vous l'a conduite sans qu'elle ait aucune inclination à la Religion. J'ai cru vous devoir avertir de cela. Cette bonne Sœur est en grande appréhension que sa sœur aînée ne sorte de chez vous; elle pense que la douceur et la patience la pourront gagner. Dieu, par sa bonté, vous donne son esprit pour bien discerner les esprits qui seront propres à notre manière de vie ! Je reconnais tous les jours mieux l'importance de n'en point admettre de bizarres; car enfin un seul esprit mal fait est capable de renverser un monastère. Bon Dieu ! que les esprits d'ici sont bons pour la Religion !

J'espère que nous partirons incontinent après Pâques pour retourner à Nessy; nous lairrons ici en charge notre Sœur M. -Adrienne [Fichel], laquelle a fait un grand profit; elle est aimée dedans et dehors. C'est en attendant la Supérieure, notre Sœur Péronne-Marie [de Chàtel].

Je crois que notre Sœur de Paris vous procure la réception d'une fille, et que madame de Sainl-Géran vous en désire une autre. Quand ces âmes sont vraiment touchées de Dieu, elles ne sont pas à rejeter. Je crois que l'on vous en aura avertie. Je suis fort pressée, je finis donc en vous saluant de toute mon

affection, et toutes nos Sœurs. Vous savez que je suis tout entièrement voire en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni !

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DXXXV (Inédite)

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPÉRIEURE au premier mo\astère de paris

L'assemblée des premières Mères à Annecy est ajournée aux fêtes de la Pentecôte Utilité de celte mesure. — Euvoi au Père général des Feuillants d'une collection de lettres de saint François de Sales, pour servir à l'histoire de sa Vie.

vive f jésus!

[Chambéry], 24 mars 1624,

Je vois bien, ma très-chère fille, que vous ne viendrez pas pour ce coup. Notre Sœur [M. A. de Morville] nous écrit derechef qu'elle veut venir aussi; je l'ai remise à la Pentecôte, car nous ne pouvons être de retour qu'en ce temps-là. Si vous n'étiez point si éloignée, certes, j'eusse bien désiré que vous eussiez fait cette conduite; mais Dieu nous réserve cette consolation pour une autre fois; cela ferait trop de bruit maintenant. Si Mgr de Nevers veut permettre à notre Sœur la Supérieure de l'amener, je serai grandement aise que cette occasion nous donne le moyen de la voir un peu, car, à mon avis, ce lui serait utile.

Je pense que toujours nous poursuivrons notre dessein de mettre ici notre Sœur [M. A. Fichet] Supérieure, et que, par toutes ces raisons, je pourrai voir quatre ou cinq de nos Sœurs les Supérieures plus proches ensemble. Ce sera une grande consolation et utilité qu'elles voient comme notre Bienheureux Père a laissé le monastère d'Annecy, et aussi si j'ai bien recueilli fidèlement ses intentions, et pour résoudre, avec leur avis, si nous ferons poursuivre la perpétuité de notre petit Office et la Bulle pour tous les monastères, ainsi que notre

Bienheureux Père avait dessein, afin de donner tout le repos et l'assurance qu'il se pourra à nos pauvres maisons. Plût à Dieu que notre bon Père Binet eût pu dire son sentiment ! Je crois que vous avez une copie de notre Bulle : nous n'avons que celle-là. En tout, Dieu, par sa douce bonté, nous veuille donner ce qui sera nécessaire 1 Chacun me dit qu'il nous faut servir de la présence de Mgr le cardinal de Savoie, qui est à Rome, et de l'occasion de la béatification de notre Bienheureux Père; je n'entends rien à telle grande affaire. J'espère que Dieu donnera son esprit à Mgr de Genève pour nous bien conseiller.

Je vous prie, ma très-chère Sœur, considérez bien le Coutumier; voyez si je n'ai rien oublié des intentions de noire Bienheureux Père et m'écrivez bien tout. Faites-le voir à notre Sœur la Supérieure d'Orléans; après cela, nous le ferons mettre par chapitres et écrire par le bon M. Michel [Favre], afin qu'il n'y ait plus de fautes à l'écriture. — Voilà les lettres que nous avions recueillies, que nous envoyons au Révérend Père général des Feuillants, selon son désir et le vôtre ; je crois qu'il y en a beaucoup de superflues; mais je n'ai su prendre le loisir de les trier, parce que le coffre m'a été envoyé tard, et j'ai été à moitié malade ces derniers quinze ou vingt jours; cependant , Mgr de Genève me commande qu'il soit porté à Paris, pour exempter ce bon Père de peine. Offrez-vous à lui délrier ces lettres pour lui donner les plus belles, s'il veut; envoyez-lui tout prornplement le coffre comme il est; la lettre que je lui écris est dedans. — Au reste, ma toute bonne et trèschère fille, priez pour M. votre père, lequel se porte si bien que l'on parle de le remarier; ce sont des choses de ce monde. Nous avons besoin d'une vigne qu'il a tenant celle maison; priez-le qu'il en traite avec une cordiale charité avec nous.

Je salue toutes nos pauvres chères Sœurs et nos bons amis et amies. Xous avons force prétendantes fort à mon gré; je ne sais si toutes persévéreront. Dieu accomplisse en toutes sa

irès-sainie volonté! Nos Sœurs vous saluent chèrement. Je suis véritablement toute vôtre, ma très-chère fille bien-aimée.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.

LETTRE DXXXVI (Inédite)

A M. MICHEL FAVRE

CONFESSEUR DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION d'.IXXECV.

Confiance due à la Supérieure. — Quand recourir à la coadjutrice. — Humilité et dévouement envers les monastères.

[Chambéry, 1624.]

Mon très-bon et cher Père,

Je vous supplie que pour répondre à nos bonnes Sœurs [de Lyon] qui vous demandent l'interprétation de l'article de la correction, vous leur disiez qu'elles vous envoient la copie des deux lettres que j'ai écrites à notre Sœur leur Supérieure sur ce sujet; car je ne puis, ni ne me semble que je doive donner d'autre interprétation que celle même que notre Bienheureux Père y a donnée dans l'Entretien; il me semble que c'est celui des Aversions. Ce n'est pas pourtant que je ne sache bien que notre Bienheureux Père approuvait fort quand les Sœurs ne me faisaient aucune réserve ; mais il disait qu'il y avait fort peu de Supérieures capables de ces entières confiances, et n'est nullement besoin de donner avis aux filles de faire ce discernement sur la capacité des Supérieures ; car elles seraient toujours à considérer cela. Il vaut mieux laisser les Règles en leur entier, sans glose que les nécessaires, et les [laisser] pratiquer à la bonne foi de [par] celles qui seront portées d'un esprit de véritable humilité et simplicité.

Il ne faut point parler, s'il vous plaît, mon cher Père, de ce mot de visite; car je n'ai point d'autorité pour cela, oui bien

ai-je beaucoup de devoir et d'affection de servir tous nos monastères quand ils le désireront utilement, et que l'obéissance de mon Supérieurm'emploiera. Certes, mon cher Père, je porte grande compassion à nos pauvres Sœurs de Marseille, car je vois bien qu'elles s'étonnent, et je désire bien fort que nous puissions les aider; mais, pour ma présence, elle ne leur servirait à rien. J'écris à Mgr l'évêque afin que nous disposions le retour de notre Sœur Claude-Catherine [de Vallon]. J'ai dit à notre pauvre Sœur la Supérieure ce qui en arriverait. Or sus, Dieu conduira tout à leur mieux, s'il lui plaît. Je supplie sa Bonté vous donner ses saintes grâces. Vous savez que je suis toute vôtre en son amour.

Notre Sœur M. -Aimée est résolue de venir à Nessy. 0 mon Dieu! que je désirerais pour l'utilité de la petite Mère de Nevers qu'elle put ou voulût la venir conduire! Essayez de lui en donner l'envie; mais vous savez, mon cher Père, qu'il faut faire cela dextrement. Elle ne m'a point écrit dès Moulins. Je crains qu'elle ne soit fâchée, quoique sans sujet, de ce que nous n'y

allâmes pas.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DXXXVII (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX

SUPÉRIEURE A MOULINS

Désir que témoigne la Sœur de Morville de venir a Annecy; mesures de prudence a ce sujet. — Du remède aux scrupules. — Les âmes qui se nourrissent du Pain des forts doivent triompher de leurs faiblesses. — Différer la fondation d'Autan.

VIVE f JÉSUS.'

[Chambéry. 1624.]

Cela n'a point de doute, ma très-chère fille, que si celle pauvre Sœur [Marie-Aimée] avait l'intention qu'on lui impute, qu'il

nous serait impossible, par les voies douces que nous voulons tenir, de la rendre sûrement à Annecy. Mais, certes, pour vous parler selon mon sentiment, je ne puis croire qu'un tel dessein soit dans ce cœur-là ; elle me témoigne toujours le grand désir qu'elle a de se ranger auprès de nous, pour y prendre les moyens de vivre selon son devoir, et assurer son salut duquel elle est en crainte, ainsi qu'elle me dit. Or, ceci ayant toute bonne apparence, il la faut maintenir en la douceur d'esprit où elle est; car il faudra différer sa venue jusqu'à la Pentecôte, d'autant que je ne puis être de retour à Annecy auparavant, et il ne serait pas à propos qu'elle y arrivât pendant mon absence, et de venir ici, cela ne se peut et ne se doit nullement. Je lui écrirai le chemin -que je désire qu'elle tienne en temps et à propos, puisqu'elle témoigne de me vouloir croire. Il faut, sur cette bonne espérance, continuer de vivre contentes ensemble. Je soumets pourtant le tout à l'avis du Révérend Père que je salue très-humblement, ne lui écrivant pas à cause de ma petite incommodité; car je suis un petit travaillée de ma défluxion.

Il me semble bien, avec l'avis du Père recteur, qu'il n'est pas besoin de faire la visite [canonique] celte année. — Pour cette petite novice, véritablement j'aurais peine de lui donner mavoix pour la profession ; mais conseillez-vous avec les Révérends Pères, après avoir pris le sentiment de la directrice et des autrescoadjutrices.

Je crains fort que ma pauvre Sœur Marie- Angélique [de Bignyj ne se laisse accabler sous le faix de ses scrupules, et, par ce moyen, se rende inutile. Il n'y a nul remède, sinon qu'elle se soumette à croire le conseil, et qu'elle s'abandonne fort à la merci de la volonté de Dieu; car, enfin, cela ne provient que d'une âme rélrécie, timide, et qui n'a point de confiance. Je vous laisse à penser si Dieu n'a pas assez de mérites et de bonté pour sauver les âmes qui ne l'offensent que par infirmité, et qui ne le voudraient point offenser. Oh Dieu ! si elle savait souffrir avec patience les attaques et pressures qui se pas-

sent en la partie inférieure, et tenir la pointe de son esprit en paix en la volonté de Dieu qui permet tout cela, qu'elle serait heureuse! Je prie Dieu qu'il lui donne cette grâce, laquelle est d'un prix très-grand. Certes, il serait fort à désirer que meshui notre bonne Sœur ne vécût plus en enfant, mais selon la grâce qu'elle reçoit par la si fréquente réception du très-saint Corps de Noire-Seigneur, car enfin un jour il faudra rendre compte de tout cela. Nous mangeons le Pain des forts, et nous coulons toujours demeurer dans nos faiblesses.

Pour la fondation d'Autun, je vous reconfirme que, selon mon sentiment, il la faut différer, tant pour le bien de votre maison de Moulins que pour le sien même, et que vous devez avoir des filles si avancées en l'année de leur probation, que leurs dots vous puissent être assurées, tant pour payer la maison et l'accommodement qui vous sera nécessaire, que pour vivre. Croyez-moi, on se prépare à de grandes inquiétudes quand l'on fait autrement, l'expérience nous l'apprend tous les jours : car au lieu de servir Dieu avec quiétude et repos d'esprit, et de travailler autour des âmes, il faut s'employer à chercher de quoi vivre, cela donne à l'ordinaire beaucoup de chagrins et d'inquiétudes à ceux qui gouvernent. Il se trouve peu d'esprits déterminés et capables de vivre sous le seul revenu que la divine Providence envoie, qui est pourtant le plus assuré. Je me soumets toujours, toutefois, à l'avis de ceux qui sont plus sages que moi, et vous prie seulement de fort agrandir le courage de celles que vous destinez à cette fondation, et qu'elles s'y préparent par une fidèle pratique de la mortification et du saint recueillement. Certes, vous êtes bien heureuse d'avoir tant d'aide et de secours du Révérend Père recteur. C'est un vrai bon serviteur de Dieu; soumettez-vous bien à ce qu'il vous dira, et me faites ce bien, tant qu'il vous sera possible, de retirer mon livre des mains du Père de la Rivière, pour me l'envoyer promplement et sûrement, s'il vous plaît.

Mon Dieu ! ma très-chère fille, que je suis consolée de savoir que votre cœur conserve sa paix ! Pour Dieu, persévérez ainsi, et ayez une extrême douceur envers les Sœurs, lesquelles je vous prie d'assurer que je les aime et chéris du meilleur de mon cœur; qu'elles prient pour nous, car je ne les oublie point. Pour vous, ma très-chère fille, il me semble que vous ne pouvez douter de celte vérité, que mon cœur a un amour tout spécial et entier pour le vôtre, comme je sais que réciproquement vous m'aimez sans réserve. Dieu en soit béni !

Je ne sais écrire de ma main, au moins on ne le veut pas. Ma défluxion s'en va petit à petit, Dieu merci. Je salue notre cher frère M. de Palierne; je l'aime cordialement, Dieu soit béni! — Pour l'équipage de notre Sœur M.-Aimée, il faut qu'elle vienne en une charrette ou dans une litière, ou bien en carrosse. Elle me mande qu'elle désire d'amener notre Sœur AI. -Gabrielle, celle qui la sert déjà; je pense que ce sera soulagement à la maison de Aloulins si elle l'amène, et qu'il la faut contenter en cela. Nous avertirons, Dieu aidant, quand il sera temps qu'elle parte.

Depuis ma lettre écrite, je viens de recevoir une lettre du Père de la Rivière qui dit qu'il faut que j'aie patience pour mon livre. Je vous supplie de lui dire que j'ai écrit à la Alère de Lyon, pour lui faire tenir le papier qu'il désire, où tout est compris, et que je le supplie de vous donner mon livre, que s'il a besoin de quelque chose qui soit dedans, qu'il le copie. Et vous, ma très-chère fille, je vous supplie derechef que vous fassiez en sorte que vous le retiriez, et quand vous l'aurez, faites-le tenir sûrement et promplement a la Mère de Lyon ; ou bien, si vous n'avez pas la commodité de le lui faire tenir, gardez-le et m'avertissez tout aussitôt que vous l'aurez.

Conforme a l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DXXXVJII [Inédite)

A LA MÈRE PÉRONNE-MARIE DE CHATEL

SUPÉRIEURE A GREXOBUi

Affecluetix reproches de son long silence. — Remettre à plus tard son voyage

d'Avignon.

VIVE -j- JÉSUS !

[Chambéry], 30 mars 1624.

Ma très-chère fille,

Je ne puis en façon quelconque deviner la cause de votre silence, ni du retardement de l'effet de vos promesses et de mes prières. Pour Dieu, je vous supplie, sans plus de retardement que nous ayons notre Coutumier et Cérémonial. Je vous avais aussi priée de plusieurs choses, qui nous semblaient requérir raisonnablement réponse. Je vous supplie, ma très-chère fille, de la nous faire, et de vous servir de cette occasion pour renvoyer à notre Sœur d'Avignon réponse, ce que je ne puis faire, et lui faites savoir si vous ramènerez notre Sœur Catherine par ceux qui conduiront nos Sœurs. Mais quant à vous, ma très-chère fille, je croyais que vous aviez résolu de n'y point aller; au moins ne faut-il plus parler de le faire devant notre assemblée, sidavantage vous n'étiez déjà partie, ce que je ne crois pas, puisque vous ne nous avez point fait savoir vos résolutions, ni demandé votre obédience à Mgr de Genève. Pour Dieu, que nous sachions de vos nouvelles avec ce que nous vous prions d'envoyer.

Faites prier Notre-Seigneur pour cette pauvre fondatrice de Moulins; cela ne me donne pas peu d'exercice. Dieu soit béni de tout! Je suis en Lui toute vôtre.

Conforme à une copie de l'original gardé au premier monastère de Marseille.

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