LETTRE DXXXIX
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD
SITÉIUEURE a RIOM
Elle lui fixe le jour de l'arrivée des premières Mères à Annecy, et la prie de s'y
rendre exactement.
vive -f- jésus!
[Cbanibéry, 31 mars 1624.]
Ma très-chère Soeur,
Après un accablement de lettres nonpareil, je vous dis simplement que Mgr de Genève trouve bon que nous assemblions à Nessynos anciennes et plus proches Supérieures qui sont filles de ce couvent, incontinent après la Pentecôte, et moi je le souhaite extrêmement pour ma consolation en l'espérance que tout sera à la gloire de Dieu et à l'utilité de nos maisons. Nos Sœurs les Supérieures de Dijon, Lyon, Grenoble, Belley, et peut-être celle de Nevers, se rendront à Nessy la veille ou surveille de la Fête-Dieu, moyennant la divine grâce ; or, nous désirons que de même vous y veniez, si toutefois M. l'official le vous permet, et que votre maison, vos filles et votre santé puissent supporter votre absence et le voyage qui pourra être environ d'un mois.
Voyez, ma très-chère fille, ce que vous en pourrez faire, et nous [laisser] espérer. Je le désire bien fort, s'il se peut; et, en casque vous vous y résolviez, avertissez-m'en promptement, afin que je vous envoie l'obédience de Mgr de Genève. Ma très-chère fille, quelle joie de se revoir en cette bénite maison! Mais quelle douleur d'ailleurs! Oh! Dieu soit béni, car il faut convertir nos larmes en joie et actions de grâces. — Si notre Sœur M. -Aimée continue au désir de nous venir trouver après la Pentecôte, vous pourriez vous joindre à elle à Moulins, ou bien venir tout droit à Lyon, d'où vous viendrez toutes ensemble; car nous pourvoirons dès là. Dieu répande ses saintes bé-
nédiclions sur vous et voire clière troupe que je salue, et toutes
nos amies !
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DXL (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOXAY
SUPÉRIEURS A LYOS
Lettres égarées. — La Communauté de Lyon n'a pas le droit de s'opposer au voyage de la Mère de Blonay à Annecy. — Prétentions exagérées d'une dame au sujet d'une fondation.
VIVE y JKSIS!
Chambéry, 7 avril 1624.
Ma très-chère fille, Notre triomphant Seigneur et Maître fasse sou règne en nous éternellement! — Enfin, le paquet de Dijon n'était point reçu à la fin de mars, ni celui que l'homme de M. Favre avait envoyé à M. Rousselet pour cette pauvre grande fille, laquelle, sur la perte de tant de lettres, est privée de nos nouvelles et par conséquent fort affligée. N'y a-t-il moyen de demander à ceux à qui vous les avez adressées qu'ils les quêtent? Or sus, Dieu soit béni ! Vous voyez dans mes lettres beaucoup de choses que j'omets à vous dire. Fermez-les, et envoyez-[les] par la poste à notre Sœur de Paris, le tout avec bon port, et mettez dessus le jour où vous les donnerez. J'écrirai une autre fois à M. le grand vicaire. — Certes, vous m'élonnez de dire que vous ne savez comme dire à nos Soeurs que nous désirons que vous veniez à Nessy avec les autres. Seigneur Jésus ! pourquoi y trouverontelles à dire? Elles ont trop de vertu et de jugement pour cela. Certes, quand le Supérieur de Nessy vous voudra retirer, il ne prendra point de prétexte, car il en a tout pouvoir; mais que nos Sœurs demeurent en paix, nous ne ferons pas, Dieu aidant, de si mauvais coups.
ANNÉE 162-i. 287
La bonne madame de Chevrières est très-bonne à ses parentes, elle veut que nous leur fassions une maison. Je n'ai jamais ouï parler d'une telle fondation. Elle veut le litre, les privilégeset des reconnaissances de fondatrice pour seize mille francs qui ne sont que pour doter six filles, et elle veut qu'à perpétuité on en reçoive quatre, je ne sais que vous dire là; car j'appréhende les embarrassements, et notre Bienheureux Père les appréhendait encore plus. Je vous prie, prenez avis des Pères Jésuites pour cela; car, de moi, je n'ai nulle lumière pour donner avis là-dessus que celui que j'écrivis le premier. Je n'ai pas reçu les lettres de Paris et d'Avignon. Si notre Sœur Guérard veut une lettre de moi, qu'elle me demande autre chose, car je lui ai répondu, et à notre Sœur J. -F en votre personne, et ne veux pas qu'elle fasse des jalousies.
Je vous prie que les lunettes fassent la lettre bien grosse, et nous faites secourir parla partie de madame Daloz. — Ma fille, je vous dis derechef que je ne puis sentir [croire] que notre Bienheureux Père eût accepté les conditions de madame de Chevrières. On a beau mettre des clauses dans les contrats, elles ne servent, avec le temps, que d'engendrer des procès et des inquiétudes. Je voudrais que l'on s'obligeât de recevoir huit filles pour une fois; nous prenons bien deux mille francs pour chacune. Ces seize mille francs seraient employés à cela, et outre ces huit filles, qu'on ne laissât de lui donner le litre de fondatrice en considération de l'avance qu'elle fait de celle somme. Certes, je ne puis sentir qu'il faille se ranger à cette succession. Dieu soit votre conseil ! Je ne vous en puis donner de conforme au désir de celte bonne dame; vous en avez là de plus capables. Hé Dieu ! ma très-chère fille, qu'il fait bon traiter avec Dieu ! Que le monde et sa prudence sont de grands tracasseurs! Je me recommande à vos prières et de toutes nos Sœurs.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DXLI {Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
Elle doit réfléchir et prendre conseil sur l'opportunité de son voyage à Annecy. La Supérieure d'Orléans pourrait l'accompagner. — Témoigner beaucoup de confiance à la Mère de Xcvers. — Quantité de lettres de saint François de Sales ont été retrouvées.
VIVE f JESUS
Chambéry, 7 avril 1624.
Ma TRÈS-CHÈRE FILLE,
J'ai reçu le vendredi saint votre billet que vous aviez mis à la poste, et le paquet qu'il annonce n'est pas encore venu. Je vous réponds le jour de la glorieuse résurrection de notre bon Seigneur et Maître, ne l'ayant su faire plus tôt faute d'occasion.
Vous croirez facilement, je m'assure, l'extrême consolation que ce me sera de vous revoir un peu, et, partant, de mon côté il n'y a nulle résistance, ains beaucoup de désir. Mais, ma très-chère fille, ce voyage étant si long, et vous, étant Supérieure d'une ville si éclairée, permettez-moi que je vous supplie de le bien considérer et d'en prendre bon conseil, et que vos Supérieurs l'agréent et vous le permettent bien doucement; car l'affaire que vous me dites étant de telle importance qu'elle requiert ma présence sur les lieux, ou que vous veniez au moins me la communiquer; certes, je ne pense pas que vos Supérieurs n'agréent votre venue, puisque [pour moi] il m'est quasi impossible d'aller, au moins si tôt, et ne sais si Mgr notre évêque me le permettrait, pour l'opinion que l'on aurait peine de m'en retirer, ce qui ne serait pas pourtant. Je lui ai écrit voire désir et ce que je vous répondais; et pour conclusion, ma très-chère fille, je remets ce dessein entre les mains de Dieu et à votre prudence et à la nécessité de le faire, et pour cela faites parler comme vous connaîtrez qu'il sera utile à la gloire de Dieu. Si vous pensez qu'il faille dire et qu'il soit bien reçu, que c'est
pour faire une assemblée de nos plus anciennes Supérieures qui sont filles de ce monastère, faites-le; maison glosera pourquoi la Supérieure d'Orléans n'est pas appelée. Je confesse que si vous venez, et que si ses Supérieurs lui veulent donner licence fort doucement et de bon cœur, que j'en serai bien aise aussi ; mais comme je n'ai pas loisir de lui écrire, je vous laisse le soin de cela, et celle-ci servira pour elle. Or, je voudrais aussi que vous prissiez la Mère de Nevers si déjà elle n'est employée à la conduite de notre Sœur M. -Aimée, ce que je ne pense pas, et désire bien fort que l'on n'avance pas le temps que j'ai écrit l'autre jour, d'environ la Pentecôte ou la Fèle- Dicu, parce que Mgr de Genève ne sera ici que pour ces fêtes, et sa présence est requise. Je pense que l'on conservera bien noire Sœur M. -Aimée jusque-là, et certes je suis aussi engagée ici pour jusqu'alors; il faudra que vous nous avertissiez à l'avantage de votre résolution. Dieu soit votre conseil et conduite! Je suis en Lui très-irrévocablement toute vôtre.
[P. S .] Ne doutez point, encore une fois, je vous en prie , de l'affection que j'ai de vous voir; mais c'est que je désire que nous fassions toutes choses sagement et saintement pour la gloire de Dieu et l'édification du prochain. J'ai eu loisir d'écrire à la Supérieure d'Orléans; je ne pense pas qu'elle doive venir, car l'esprit des Supérieurs de là est trop délicat, n'y ayant point de sujet pressant pour leur demander le congé.
Je crois que vous aurez reçu le coffret que je vous ai envoyé pour le Révérend Père général, voyez-le avant de partir. Nous avons trouvé encore quantité de belles lettres qui font fort connaître l'esprit de notre Bienheureux Père. Je ne sais s'il voudrait qu'on les lui envoyât; s'il les désire, vous les lui porterez à votre retour d'ici. Si vous venez avec la Mère de Nevers, comme je l'espère, je vous supplie, ma très-chère fille, lémoigncz-lui beaucoup de confiance et d'estime, cela lui sera utile > v. 10
et tâchez fort de lui ouvrir le cœur. Je crains qu'elle ait un peu de mécontentement de ce que nous ne l'allàmes pas voir étant à Moulins, au moins n'a-t-elle point écrit depuis; mais ne lui en témoignez rien, car elle a le cœur si bon que j'espère en Dieu, que si elle vient, tout cela se dissipera, puisqu'en vérité je ne pouvais ni ne devais y aller.
Je suis marrie que celle lettre m'est demeurée jusqu'à aujourd'hui par le retardement de celui qui pensait partir lundi, mais je n'y puis que faire. Notre bon Dieu conduira tout à sa gloire. Si le dessein mauvais dont on soupçonne notre Sœur M. .-Aimée était bien avéré, il ne faut point empêcher ses parents de la reprendre au plus tôt qu'ils voudront ; car encore que je ne sois pas à Nessy, on ne laissera pas de la recevoir. Il est vrai que, si je suis avertie, je m'essayerai d'y aller, surtout si vous y êtes, mais il me faudra avertir. La divine Bonté veuille tout conduire à sa gloire et vous comble de grâces, ma trèschère fille, et toutes vos chères filles !
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
LETTRE DXLII [Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOXAY
SUPÉRIEURE A LVOX
Il faut, autant que possible, traiter par voie amiable, et ne recourir à la justice qu'à toute extrémité. — Bruits de peste à Paris.
vive f jésus!
[Chambéry, 1624]
Il faut premier que de presser madame Daloz, la faire interpeller par quelque honnête personne de vos amis qui lui dise : «Madame, j'ai charge des dévotes Religieuses de la Visitation » d'Annecy de vous prier et interpeller de leur en faire payement
» aimi que je fais présentement, et si vous avez quelque chose " à dire au contraire, qu'il vous plaise de le faire entendre, et 55 en cas de difficulté de la faire vider souverainement et amia- 5> blement par arbitres qui seront respectivement choisis, vous 55 priant, sur ce, de me faire entendre votre volonté afin que les- 55 dites Religieuses puissent délibérer comme quoi elles se corn- 55 porteront avec vous; car elles désirent grandement se régler 55 avec vous par la voie amiable; que s'il ne vous plaît y entendre 55 et leur faire raison, elles seront contraintes de se pourvoir en 55 justice, attendu que le terme est dès longtemps échu, et 55 qu'elles ne peuvent entretenir ladite Religieuse que de ce qui 55 leur a été promis par ses parents, protestant que, etc. 5>
Je viens de recevoir votre lettre, ma très-chère fille, et suis très-aise que le bon M. de Sainl-Nizier et vous, soyez fermes à ne recevoir la succession des filles; sans doute elle ne le doit pas être, et je crois que l'on fera plus d'en parler à madame de Chevrières. Mais il la faudra traiter fort cordialement et plutôt qu 'cl le don ne moins d'argent. — Hélas ! Dieu veuille protéger son peuple parmi ces afflictions de peste afin qu'elle leur soit utile à salut, et conserve, s'il lui plaît, nos pauvres Sœurs de Taris desquelles je suis en peine, et de leur lettre qu'elles avaient, à mon avis, écrite par M. Crichant, et cependant il ne s'en est point trouvé. Dites-lui bien, ma très-chère fille, en cas qu'il ne passât pas par ici.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.