LETTRE DXL1II
A LA MÊME
Difficultés survenues avec M. de Saint-Xizier. — Il faut demander conseil avant de commencer la construction du monastère. — Voyage des Supérieures à Annecy.
[Cbambéry, 1624 ]
11 n'y a remède, ma très-chère fille, il faut prendre, et de bon cœur, les calices que notre bon Dieu nous présente. Certes, je suis touchée de la retraite que notre bon M. de Sainl-Nizier fait de nous, mais que faire là? Je prie Dieu qu'il lui fasse connaître notre sincérité, si c'est son bon plaisir. Or, je pense pourtant que vous devez écrire à Mgr l'archevêque les choses comme elles se passent, avec l'avis du Révérend Père recteur, car il ne serait pas à propos qu'il crût les choses être passées autrement qu'elles ne le sont.
Quant à votre bâtiment, ma très-chère fille, je trouve extrêmement bon que vous suiviez conseil. Je suis marrie seulement que cela n'ait pas été fait avant que commencer; car ces choses-là doivent toujours être délibérées mûrement; mais il n'y a pas grande perle.
Je loue Dieu de l'établissement de nos pauvres Sœurs [d'Avignon], car je tiens cela pour fait. Au reste, mandez-moi s'il faudra que j'écrive à M. le grand vicaire pour vous laisser venir à Nessy après la Pentecôte.
Je me sers de l'occasion de la conduite de notre Sœur M. -Aimée pour faire venir noire Sœur la Supérieure de Nevers. Je ne sais si Mgr de Nevers le lui permettra, je l'en prie. Certes, c'est bien pour l'utilité de celte petite créature. Donsoir, ma très-chère fille; je suis toute voire.
[P. S.] Je reçus votre lettre dès ce billet écrit. Je loue Dieu que notre bon M. de Saint-Xizier soit revenu, et je suis trèsaise que votre maison entre dans votre monastère; vous en
devez avoir le plan que le Père dom Jean de Saint-Malachie avait fait. Failes-le chercher; car il vous faut bàlir en sorte que vous ne soyez point obligée à l'avenir de faire un autre couvent, et je sais que vous pouvez bien le faire.
Je vous prie, ma très-chère fille, faites tenir bien promptement et très-sûrement ce petit coffre à nos Sœurs de Paris. Ce sont des papiers d'importance pour la Vie de notre Bienheureux Père. Une autre fois, j'écrirai à notre bonne Sœur Guérard. Je salue toutes nos Sœurs.
Je suis bien aise de quoi votre fondation de Màcon est rompue ; car certes, les conditions qu'elle voulait [madame de Chevrières] étaient onéreuses pour nous. — Vous me feriez grand plaisir de m'envoyer des besicles, car mes yeux s'affaiblissent fort; j'ai cinquante-deux ans.
Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE DXLIV
A LA MEME
Etablissement du monastère d'Avignon. — Les novices doivent être sérieusement examinées avant Ja profession. — Documents envoyés au Père de la Rivière.
vi ni j Jésus !
[Cbambéry], 14 avri [16-24].
Ma très chère fille, Je loue Dieude l'établissement de nos Sœurs d'Avignon '. Les
1 L'archevêque d'Avignon, qui, pendant plus de quatre mois, avait refusé les permissions nécessaires pour rétablissement d'un monastère de la Visitation dans sa ville archiépiscopale, « se trouva tout à coup plein de bonne volonté pour nos Sœurs (dit la Mère de C/iat((jy),el, le 18 mars, vint en personne à leur église, fit assembler le peuple, allumer les cierges, bénit la chapelle et fit lire tout haut par son greffier la bulle d'établissement qu'il remit à la Sœur assistante » .
(Histoire inédite de la fondation d'Avignon.)
294 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.
pauvres filles sont pour avoir bien de la peine; toutefois, j'espère que Dieu les bénira si elles se soumettent très-humblement au conseil du Père recteur, lequel est si sage et si droit qu'il n'a garde de les conseiller mal à propos. Enfin, notre Bienheureux Père a fait un Entrelien qui donne grande liberté de recevoir les filles pour l'habit, à la charge que pour la profession on y regardera de plus près. Or, tout cela nous apprend à ne bouger pour les fondations, que nous ne sachions bien comment Je vous supplie, faites-nous avoir une copie de celle Bullcde rétablissement de nos Sœurs.
Je reçus seulement aujourd'hui vos lettres. Il faut, s'il vous plaît, quand vous les donnerez à la poste ou à des messagers ordinaires, que vous écriviez le port dessus, et tant que vous pourrez ne les mettez pas à laposle. Vous devez écrire souvent à nos Sœurs d'Avignon pour les adoucir. Elles ne me parlent point de leurs difficultés. Orlcs, il me semble que la dernière lettre que j'écrivis à feu la pauvre défunle leur devrait suffire; toutefois je leur écrirai encore, puisque vous le désirez.
Mandez-nous si vous payâtes le port du petit colfrel. Je ne sais si vous avez envoyé au Père de la Rivière le papier qu'on vous envoya de Xcssy à noire départ, qui traite comme Dieu me remit entre les mainsde notre Bienheureux Père. Il le demande, mais je vous prie de lui envoyer une copie, et à moi, l'original. Ce bon homme me fâche fort de me tant garder mon livre; essayez de le retirer, je vous prie.
Je vous dis derechef que je crains que nos Sœurs d'Avignon ne satisfassent pas là si elles ne s'adoucissent extrêmement. C'est pitié de mettre des âmes sans expérience en telle charge et qui ne savent pas encore que c'est que la vraie solide vertu, qui consiste dans le support infatigable du prochain. Si je vous savais des filles plus faites, je vous conseillerais de les y envoyer; mais elles sont toutes jeunes. Dieu surviendra par sa douce bonté, pourvu qu'elles se soumettent à la conduite du
Révérend Père et observent les points de ma lettre; vous [le] leur devez souvent inculquer.
Je ne sais si vous aurez reçu le paquet pour les parents de notre Sœur Aï. A. ; il est important.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DXLV (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A DIJON
Envoi de lettres. — La Mère de Châlel est proposée pour êlre Supérieure à Dijon.
vive •{• JÉSUS !
[Chambéry], 22 avril [1624].
Vous ne le snuricz bien croire, ma très-chère fille, que vos lettres me puissent importuner, ni que j'aie le cœur pour demeurer longtemps sans vous écrire. J'espère que vous recevez toutes mes lettres. Enfin j'écrivis au décès de feu M. votre bon père, avec une lettre de Mgr de Genève; l'on envoya le paquet à M. Rousselet de Lyon; après je vous écrivis et à Mgr votre bon prélat et à d'antres, et envoyai mes lettres à M. le procureur Gariot , de Belley; et enfin par un garçon qui a servi Mgr de Langres , qui partit d'ici le mardi saint; j'espère que vous aurez tout reçu, car de répéter ce que je disais il serait impossible. Seulement, je vous dirai à tout hasard que je remettais à votre cher prélat et à vous la considération de la nécessité de votre gouvernement en votre maison de Dijon; que, s'il trouvait qu'il fût mieux que la Mère de Grenoble prît votre place, cela ne se pouvait de quelques mois; mais que, cependant, notre Sœur Anne-Marie [Rossel] pourrait fournir et suffire aussi bien qu'elle avait fait, tandis que vous fûtes vers nos bonnes Sœurs Bernardines, et qu'en tout cas
il fallait, comme je le suppliais, que vous vinssiez incontinent après la Pentecôte, pour vous rendre avec la Mère de Lyon à Nessy, et que je m'y trouverais, Dieu aidant; que je laissais au jugement de mondit seigneur et de vous, d'amener ou de laisser notre Sœur M. -Marguerite, que vous amenassiez notre Sœur Marguerite-Elisabeth [Sauzion], pour la laisser à Lyon, parce que nous ne savons où mettre les filles, tant nous en avons, et que celles qui sont ici sont toutes nôtres; que si vous pouviez nous apporter ce que la maison de Dijon doit à Nessy, vous nous feriez un plaisir très-grand, car certes nous avons besoin; que vous cherchiez bien l'obligation de M. Sorie et une cédule de lui d'une pistole ou deux, et nous l'apportiez. Je ne sais si je dis tout, car je suis accablée et pressée de toutes parts. Oh! ma très-chère grande fille, Dieu nous donnera la consolation de nous voir à souhait, car en tout cas je désire vous garder assez. J'écris à votre cher prélat; je vous prie de m'apporter sa réponse, quand vous devriez envoyer un homme exprès.
Je viens de recevoir votre lettre. Dieu soit béni de ce que vous avez les nôtres; je ne vois rien à ajouter, sinon que j'ai réponse de notre cher Mgr de Langres, que je voudrais bien que vous vissiez avant votre départ, car vous comprendriez mieux ses avis et diriez plus de choses. Je remets toujours à votre jugement la conduite de notre Sœur [mot ejfacè\. Je lui écris un billet duquel vous vous servirez, s'il est besoin; ma pauvre très-chère fille, Dieu soit béni qui nous prépare cette consolation. Hélas ! le pauvre cher cousin est excusable ; essayez de lui montrer de la franchise. Sans loisir. Mille saluts à tous, et faites mes excuses.
Conforme à une copie de l'oriyinal gardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE DXLVI [Inédite)
A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSE
ASSISTANTE A DIJOX
Conseils pour la bonne direction de la communauté de Dijon, pendant l'absence de
la Supérieure.
vive f irésus!
[Chambéry], 22 avril [1624].
Ma très-chère Soeur,
Tout cela va bien, ainsi que vous me l'écrivez; il ne faut que continuer avec une profonde et rabaissée humilité. Je pense que maintenant vous retournerez en notre maison [de Dijon] pour y tenir le pouvoir de la Supérieure1 , en attendant que ma Sœur [Favre] y retourne ou que ma Sœur la Supérieure de Grenoble y aille. Or, je vous supplie de traiter avec les Sœurs avec tant de douceur, de cordialité et de franchise, que Dieu en soit glorifié, et toute la maison consolée et édifiée. Je vous conjure de ne vous point laisser emporter à votre zèle contre les faibles et défaillantes, mais de les supporter , de les attendre et fortifier avec une patience et débonnaireté vraiment chrétienne; car en cela consiste la véritable et essentielle vertu.
Croyez-moi bien en ceci, ma très-chère Sœur, et vous en serez consolée la première. Dieu soit votre directeur! Croyez qu'en son amour je suis vôtre très-entièrement, et le serai à jamais. Priez pour moi7 je vous prie.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.
1 La Mère Rosset était encore chez les Bernardines.