LETTRE DXLVII
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SUPÉRIEURE A MOULINS
En quelle occasion les Religieuses étrangères à l'Institut peuvent entrer dans les monastères. N'y point admettre de jeunes filles qui n'aient le désir de la vie religieuse. — Obligation du petit Office.
VIVE -}- jksus!
[Cbambéry], 25 avril 1624.
Ma très chère fille,
Pourquoi [ne] dirait-on pas les grâces maintenant, tout ainsi qu'on les a dites autrefois? — Je vous manderai une autre fois si les lourières vont à la messe , car je ne m'en souviens pas. Vous verrez dans peu de temps les Coutumiers par l'ordre qu'ils doivent èlre.
Il était expédient que je répondisse à ma Sœur Marie- Aimëe, comme je faisais, et je savais bien que j'avais le temps de la conduire à ce qui était expédient; mais vous ne sauriez manquer avec l'avis du Révérend Père que je salue de tout mon cœur; vous aurez reçu des lettres qui répondent à cela. [Je] ne pense pas qu'il y ait mal à lui donner la lellre que je lui écrivais; néanmoins, je remets cela à votre discrétion; et, entre ci et la Pentecôte, vousaurez de nies nouvelles, si l'on ne fait rien du côté de Paris. — Dieu soit béni de quoi celle fille est dehors; nous sommes obligées au bon M. de Palierne, que j'aime comme mon frère; je le salue aussi de tout mon cœur. — Assurezvous, ma très-chère fille, que les amis qu'avait notre pauvre Sœur Marie-Aimée n'avaient point mauvaise intention contre nous; et vous voyez qu'ayant connu son humeur ils la quittent. Bienheureuses sont les âmes qui cheminent devant Dieu fidèlement! car si sa Bonté permet quelquefois qu'elles soient affligées, Il les relève pour sa gloire et fait connaître leur innocence. Je loue Dieu de quoi plusieurs bonnes âmes sont lou-
chées pour vivre selon l'esprit, -aidez-les lant que vous pourrez, el demeurez toujours ferme dans l'amour de la volonté de Dieu et au support du prochain jusqu'à l'extrémité. — -Non, il ne faut point laisser entrer en façon quelconque des Religieuses dans le monastère, si ce n'est des Religieuses d'étroite clôture ; encore faut-il que ce soit par grand privilège.
Cela n'a point de doute que Ton ne peut point recevoir de filles, ni grandes, ni petites, sinon pour être Religieuses; lisez votre Règle, elle y est expresse; c'est pourquoi c'est chose que Mgr l'évèque ne peut [vouloir]. S'il le commande, vous devez faire votre réplique, et je m'assure qu'il ne vous contraindra point; mais quant à la fille de M. de Palierne, je crois très-facilement qu'il n'a point tenu les langages que Ton dit, il est trop habile; certes, c'est un personnage que j'honore de tout mon cœur, et sa bienveillance mérile d'être conservée chèrement; c'est un vrai ami de noire Ordre, et il n'en faut jamais douter.
Il n'en faut point douter, ma très-chère fille, qu'on ne soit autant obligeai! pet il Office qu'au grand. — Après avoir remontré à ma Sœur Marie-Elisabeth qu'elle ne doit demander ces dispenses que par véritable nécessité, si elle vous assure de l'avoir, condescendez. —Je trouve votre jardin bien assezgrand , et voudrais que mon cher frère M. de Palierne s'en contentât.
Cela est vrai que la fondation d'Auluu mérite délie faite, et [je] crois que nos Sœurs y seront avec profit; mais le plus lard qu'elle se pourra faire sera le meilleur pour celle de Moulins, et même pour celle d'Aulun, où il sera bon de voir quelque chose d'assuré pour le temporel; les filles qui y prétendent devraient venir toujours pour se dresser à Moulins. Il y a du temps pour penser à celles que l'on y enverra; cependant, vous pourrez y aviser vous même et à celles qui devront demeurer, car il faut préférer la nécessité de la maison de Moulins. Je n'écris point à M. Tachon, car je suis tellement accablée d'écritures que je ne sais que faire; je lui écrivis dernièrement.
Je salue toutes uos Sœurs en général et chacune en particulier; je les airne très-chèrement.
Ma très-chère fille, il me tarde que je sache à quoi l'on se résoudra du côté de Paris pour notre Sœur [Marie-Aimée], et partant, il la faut conduire à nous doucement, et que notre Sœur la Supérieure de Riom la vienne prendre, s'il se peut. Je lui en ai déjà écrit; j'attends sa réponse, car il est expédient qu'on l'amène droit à nous. Je désire toujours que l'on ne vienne qu'après la Pentecôte; car je suis fort engagée ici pour jusqu'à ce temps. Pressez notre Sœur la Supérieure de Riom de répondre, je désire grandement qu'elle amène notre Sœur Marie-Aimée. Ma fille, que vous serez heureuse et que nous serons chargées, nous! Certes, ce me sera une bonne croix et à toute la maison : la seule connaissance que j'ai que Dieu le veut pour sauver celte âme me fait acquiescer à cela. Dieu soit béni et agrée ce que nous faisons pour sa gloire! Pour Dieu, ma fille, excédez en support et douceur envers le prochain, je vous en prie. Vous savez que sans réserve, je suis vôtre. Mille saluls à toutes nos très-chères Sœurs. Jour de saint Marc.
[P. S.] Si vous trouvez plus commode de passer la fête de Pentecôte à Lyon, j'en serai bien aise; car, pour moi, pourvu que je passe ici la fête de la Pentecôte, il me suffit, et je m'essayerai de me trouver à Nessy, trois ou quatre jours après.
Faites tenir nos lettres à nos Sœurs de Bourges.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.