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LETTRE DLIX

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOJVAY

SUPÉRIEURE A LYOV

Départ des Mères assemblées à Annecy. — Affaires diverses. — - La Sainte ne veut point être appelée Supérieure des monastères.

VIVE J JESUS

[Annecy, 1624.]

Certes, ma très-chère fille, je suis un peu marrie de quoi nos bonnes Sœurs se pressèrent tant de partir d'ici, puisqu'elles ont été si longtemps par les champs, mais Dieu l'a permis ainsi, quoiqu'il me semble que le séjour [d'Annecy] leur était utile; car enfin, ma vraie fille, cette maison est de grande édi-

fication et bénédiction. Croyez que notre saint Père y a bien laissé son esprit; la gloire en soit à Dieu seul et la récompense à son Saint ! — Il est vrai, M. Michel [Favre] veut écrire notre Coulumier; cela sera un peu long, mais rien ne presse, car vous avez tout [dans] les vieux, excepté le chapitre du Supérieur. Vous ne me dites point s'il est à votre gré; il me semble qu'il y sera, car je me suis essayée de le coucher selon les vrais sentiments et paroles de notre Bienheureux Père. Or sus, la volonté de Dieu a été faite en cela; sa volonté, s'il lui plaît, sera qu'elle soit observée, sinon il faudra avoir patience pour [établir] ce qui n'est que direction et conservation des coutumes et éclaircissement des Règles; aussi bien, il la faut prendre de voir que trop souvent on contrevient ou on néglige des Constitutions bien essentielles.

Savez-vous ce qui s'est passé à Grenoble? Oh ! c'est bien en d'autres monastères que la règle de la visite [canonique] et de l'élection n'est point gardée ! Dieu nous fera la grâce de voir ci-après plus de fermeté, s'il lui plaît nous aidera obtenir la Bulle pourla perpétuelle observance des Règles et Constitutions.

11 me tarde de savoir ce qui sera résolu de la réception de ces filles en Avignon; partout il y a quelque contrariété. Je voudrais vous pouvoir tout dire et que vous sussiez tout ce qui se passe, afin de vous donner de l'expérience; Dieu suppléera à tout. — J'écris à madame de Chevrières ; voyez la lettre et la redonnez à ma cousine. L'on m'écrit que Mgr de Lyon a mandé à M. le grand vicaire je ne sais quoi de la fondation. Certes, ils auront tort d'accepler la succession des filles; vous devez vous en défendre, sans m'alléguer nullement toutefois, ni le Coulumier. Croyez-moi, notre Bienheureux Père n'eût jamais accepté celle condition, à mon avis; il craignait trop les embarras et inquiétudes aux monastères; Dieu veuille détourner cela, et enfin son saint vouloir soit fait ! Au moins faudrait-il trois filles à Roanne, mais bonnes : une fondation serait

bien là. Je suis fort pressée. Bonjour, ma loule Irès-chère fille.

Dieu soit béni!

[P. S ] Ma fille, priez [Dieu] pour moi, afin que sa Bonté me fasse la grâce de convertir mes désirs en effets, et que je ne vive plus qu'en Lui, en toute pureté, simplicité et sincérité de vie, d'œuvres, de pensées et d'affections. Ma fille, j'oubliais encore de vous dire que vous ne m'appeliez point Supérieure des monastères , au-dessus de vos lettres; il y a longtemps que j'oublie de vous le dire. Hélas ! je ne le suis point, Dieu merci; je désire d'en être la plus petite et humble Sœur et servante. [J'ai] je ne sais quoi à vous dire sur le gouvernement de vos filles, mais je n'en ai le loisir maintenant. Mandez-moi comme vous avez trouvé nos Sœurs à votre gré.

Dieu soit béni !

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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