LETTRE DLX
A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET
ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES A D1JOX
Nécessité d'inspirer aux jeunes Religieuses l'amour et l'estime de leur Supérieure ; celle d'une fondation n'est jamais élue capitulairement.
Ma très-chère fille,
Puisque vous venez à nous et notre Sœur [Paule-Jéronyme Favrot], je ne vous ferai que ce billet à vous deux, pour vous assurer que vous serez les très-bien venues, et que nous vous recevrons cordialement et chèrement. Je vous prie toutes deux d'accoiser l'esprit de ces deux jeunes professes, et leur donner l'es-
time qu'elles doivent avoir des vertus et mérites de notre Sœur leur bonne Mère, avec l'amour et confiance filiale requis, et qu'elles lui doivent aussi. Je confesse que j'ai été marrie de ce que l'on a laissé entrer le contraire dans leurs esprits. Certes, cela ne se devait jamais faire, et l'Esprit de Dieu n'a point opéré les mouvements et pensées que vous m'écrivez qui sont dans les esprits. C'est notre Bienheureux Père et moi qui l'avons donnée pour Supérieure là, pour le temps qui sera convenable qu'elle y soit, et avons cru, comme il est vrai, gratifier grandement ce monastère, et puis l'on vient tracasser je ne sais quoi ! Vous avez été Supérieure à Bourges, fùtes-vous élue autrement? Quand les trois ans seront complets, on fera élection. Celle qui fut présentée et acceptée des Sœurs, ce n'était qu'en cas que nous ne vous eussions pas renvoyé ma Sœur la Supérieure. Je vous dis ceci, ma très-chère fille, afin que vous rendiez ces esprits satisfaits et que la bonne Mère soit reçue comme il faut.
Je suis toute vôtre, mes très-chères filles, et vous dis derechef que vous serez chèrement reçues. Je vous attends allègrement ; venez de même affection.
Dieu soit béni! Amen.
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visilalion d'Annecy.