‹ Lettres (volume 3)Chapitre 290 sur 351 · A MONSIEUR LE BARON DE CHANTAL · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE BARON DE CHANTAL

SOX FILS

Elle partage la douleur que lui cause la mort de son premier-né, et l'exhorte à se maintenir soigneusement dans la grâce de Dieu.

vive f jésus!

[Annecy] 25 juillet [1624].

Véritablement, mon très-cher fils, ce fut une très-douce consolation à nos cames de se communiquer un peu leur douleur, car je confesse que mon amour plus que maternel ne permet pas à mon cœur d'être insensible aux accidents qui vous touchent. Mais je bénis Dieu qui nous allège par l'espérance de votre rétablissement, et supplie sa douce Bonté d'affermir vos pas en telle sorte, que vous puissiez en paix et en sa crainte jouir à longues années du bonheur de votre saint mariage, et de la douce société et cordiale bienveillance de toute cette chère et très-honorable famille en laquelle Dieu vous a mis. Vous me consolez grandement, mon très-cher fils, quand vous me témoignez l'amour que vous leur portez, car je ne désire rien tant ginon que vous leur donniez un réciproque contentement. Pour moi, je les honore et les chéris tous en [un tel] degré que je ne puis exprimer, et ne cesserai jamais d'invoquer la divine Miséricorde dessus tous, ne pouvant leur rendre aucun autreservice.

Certes , mon très-cher fils , aujourd'hui après la sainte communion, comme je vous mettais entre les mains de Dieu, et avec vous toute la famille, je ressentis une spéciale confiance qui m'a fait espérer que ce grand Père des miséricordes, après le châtiment, vous donnera sa consolation, ainsi que je l'en supplie de toute mon âme, et vous, mon très-cher fils, de vous tenir le plus fidèlement qu'il vous sera possible en sa sainte grâce, vous abstenant des choses qui vous en peu-

vent éloigner; car enfin, mon cher enfant, c'est de sa douce Bonté que nous devons attendre tout notre bonheur en celte vie, et, ce qui est le principal, l'éternelle félicité en sa gloire.

Soumettez-vous amoureusement à la disposition qu'il a faite de votre pauvre petit fils : c'est une bénédiction que les prémices de votre mariage soient au ciel; il vous impétrera des bénédictions, et Dieu vous en donnera bien d'autres.

Ne doutez point, mon fils, que nous recevrions ici la chère nièce de M. de Coulanges, et avec telle condition qu'il voudra; il n'y aura rien à marchander; niais s'ils la veulent logera Paris, comme m'en prie ma Sœur la Supérieure de là, ou en quelque autre de nos monastères de France, il faudra la doter médiocrement, parce que les Supérieurs ne veulent pas que l'on reçoive les filles pour rien. — Je ne vous dis pas la consolation que ce me serait de vous voir; mais aussi je ne voudrais pas que ce fût avec trop d'incommodité de votre part. Dieu vous suscitera quelque occasion moins difficile, s'il lui plaît.

Je salue très-humblement Mgrs de Bourges et de Chàlon. Adieu, mon très-cher fils, à Dieu soyons-nous éternellement ! Je suis sans réserve et d'une affection maternelle, toute vôtre. Dieu répande sur vous ses très-saintes bénédictions ! Amen.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation d'Amiens.

LETTRE DLXIII

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