‹ Lettres (volume 3)Chapitre 3 sur 351 · PU K F ACE · texte numérisé non relu

PU K F ACE

Bien que supérieure à celles qui l'avaient précédée, l'édition Aligne restait encore au-dessous de l'attente et des désirs légitimes du public; il y avait donc Jieu d'y revenir. N'appartenait-il pas, ce semble, aux filles spirituelles de sainte de Chantai, à celles qui sont dépositaires de ses sacrées reliques et des monuments qui intéressent sa mémoire, de publier à nouveau la correspondance de leur glorieuse Mère?

Disons-le tout d'abord , elles ont bénéficié pour ce travail de la position naturelle de tout éditeur qui vient le dernier. Ensuite, elles avaient, comme Religieuses de la Visitation , des avantages considérables : pleinement au courant de tout ce qui tient aux origines de leur Institut, elles sont, par là même, à l'abri de bien des erreurs; d'un autre côté, l'abondance de documents inédits, recueillis parles contemporaines de la Sainte , plaçait sous leurs mains des trésors inconnus à nos devanciers. A l'aide de ces ressources , elles espèrent donner une édition à la fois plus complète, plus exacte et mieux ordonnée que les précédentes.

Les archives du monastère d'Annecy et des autres maisons de l'Ordre, celles des familles dont les membres ont eu des rapports épistolaires avec sainte Jeanne-Françoise, ou avec les premières Mères de la Visitation, telles sont les

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sources principales où elles ont puisé. Elles en ont tiré des autographes, des manuscrits précieux, de nombreux éléments de vérification et de contrôle. Au moyen de ces richesses, elles sont parvenues à former une collection bien plus volumineuse que celles qui ont été publiées jusqu'à ce jour. En effet, aucune n'a dépassé le chiffre de mille trois cents lettres, tandis que la présente édition donne environ six cents lettres complètement inédites. Cette augmentation seule lui assure une incontestable supériorité.

A la richesse de l'ensemble, les Religieuses d'Annecy ont eu à cœur de joindre l'exactitude dans les moindres détails. Pour cela, elles ont restitué le texte original, si malencontreusement défiguré par tous les éditeurs; elles se sont fait une loi de reproduire scrupuleusement les lettres manuscrites de la Sainte, ou, à leur défaut, des copies authentiques prises sur les originaux. Enfin, elles ont recherché toutes les indications de temps et de personnes, afin de rectifier les noms, les adresses et les dates erronées. Les peines et les soins qu'il en a coûté pour arriver à ces améliorations ne pourront jamais s'apprécier à leur juste valeur. 11 ne fallait rien moins qu'un nombre considérable de documents, la facilité des rapports avec tous les monastères de leur Institut, la parfaite connaissance des traditions primitives et de tout ce qui concerne leur glorieuse Fondatrice, pour être en mesure de corriger les erreurs des éditions précédentes. Cependant, malgré la persévérance et l'exactitude de leurs recherches, elles n'ont pu découvrir ni la date, ni l'adresse d'une centaine de lettres; ces lettres seront réservées pour la fin du dernier volume.

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Le monastère d'Annecy a cru faire chose également utile et agréable au lecteur, en plaçant au bas du texte des notes courtes, mais substantielles, sur les personnages marquants dont le nom figure dans cette publication.

Afin de remédier au désordre signalé plus haut, la méthode chronologique a été adoptée pour la distribution de toutes les lettres , sans distinction d'anciennes et de nouvelles. Présenter ces épîtres au lecteur, les faire passer sous ses yeux précisément dans l'ordre où elles se sont succédé sous la plume de sainte de Chantai, quoi de plus naturel, quoi de plus historique? Ainsi classées, les épîtres de la Sainte forment un journal écrit de sa propre main , une biographie qui nous la fait suivre mois par mois, semaine par semaine, presque jour par jour, qui nous la représente dans le gouvernement extérieur de son Ordre comme dans sa vie intime, avec ses pensées et ses sentiments, ses desseins et ses luttes, ses joies et ses tristesses, avec les roses et les épines semées sur sa route par la main et le Cœur de son Dieu.

D'autre part, cette correspondance , qui embrasse une période de vingt-six ans (de 1615 à 1641), se déroule de manière à présenter aussi les Annales de la Visitation. Ce nid de colombes, bâti par saint François de Sales et son illustre Coopératrice au milieu des montagnes delà Savoie, sur les bords du lac d'Annecy, la tendresse dont ce Père et cette Mère incomparables entourent leurs filles spirituelles, les tempêtes affreuses que l'enfer déchaîne contre elles, la merveilleuse propagation de ce petit Institut, les vertus qui fleurissent dans ce jardin de l'Epoux, voilà tout autant de

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spectacles qui nous sont représentés avec le charme pieux d'une conversation douce et pénétrante.

Cinq volumes seront nécessaires pour contenir la précieuse correspondance de sainte de Chantai. Les Religieuses de la Visitation et des autres Ordres, les personnes pieuses qui vivent dans le monde , applaudiront de concert à la richesse de ce recueil épistolaire. Quant à ceux qui pourraient y trouver surahondance , nous nous contenterons de leur répondre : Lorsqu'il est question d'éditer la correspondance d'un prince, d'un homme d'Etat, d'un grand écrivain, toutes les lettres de ce personnage sont recherchées, recueillies avec soin; il n'est si mince hillet, pourvu qu'il soit authentique, qui ne soit admis dans la collection. Eh bien! le monastère d'Annecy a des motifs pareils et des raisons d'un ordre encore plus relevé, pour éditer jusqu'aux moindres lignes émanées de sa glorieuse Fondatrice. La sainteté n'est-elle pas le sommet le plus élevé de la vraie grandeur? Quoi donc de plus précieux, sous tous les rapports, que les inspirations du cœur, de l'intelligence des Saints, de ces âmes qui semblent jeter partout un parfum du ciel, même lorsqu'elles traitent des choses de la terre?

Et pourtant, si volumineuse que soit cette collection, elle ne représente qu'une bien minime partie de la correspondance de sainte Jeanne-Françoise. Deux faits aideront à évaluer la prodigieuse quantité de lettres sorties de sa plume ou dictées par elle : une de ses Religieuses, la Mère Hélène- Angélique Lhuillier, en reçut, à elle seule, près de trois cents. Le grand cataclysme de 1793 , en détruisant le monastère de Chaillot, nous a privés de ce riche héritage.

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D'autre part, on lit dans les Annales de la Visitation que la Mère Françoise-Madeleine de Ghaugy, malgré son étonnante activité, ne pouvait suffire à la correspondance de la Sainte, dont elle fut, pendant dix ans, la fidèle secrétaire; ce qui lui fit adjoindre deux autres Sœurs pour cet emploi. De ces données, il résulte qu'un grand nombre de lettres devaient émaner chaque semaine de la Bienheureuse Fondatrice. Toutefois, en n'en supposant qu'une par jour, pendant les trente et une années que sainte de Chantai passa en Religion, le calcul fait sur ces bases donne un total de onze mille lettres. Qu'on juge par ce chiffre, bien au-dessous de la réalité, de l'étendue des pertes que nous avons à déplorer!

Une pensée vient adoucir nos regrets , c'est l'espoir que nombre de ces précieuses missives échappées aux ravages du temps et d-es révolutions sont gardées dans des archives publiques ou privées. Les meilleures bénédictions d'en haut, ainsi que la plus vive reconnaissance du public religieux, sont assurées aux possesseurs et aux conservateurs de ces précieux autographes, s'ils voulaient bien en faire parvenir des copies authentiques aux Religieuses de la Visitation d'Annecy, copies qui leur permettraient d'ajouter de nouveaux diamants à leur écrin de famille, d'enrichir et de compléter la collection des Lettres de leur héroïque Mère, sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantai.

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