A CHAMBÉRY
La vie religieuse est un paradis pour l'âme qui n'y cherche que Dieu.
VIVE -f- JÉSUS !
[Annecy, 1625.]
Je loue Dieu, ma très-chère fille, de la grâce que sa bonté vous a faite, vous recevant au rang de ses chères et bien-aimées servantes. Pour Dieu, soyez fidèle à un si bon Maître, et généreuse à retrancher sans délai tout ce que vous sentez qui lui déplaît. La Religion vous sera un paradis si vous n'y cherchez que Dieu; et, au contraire, elle vous servira de plus grande condamnation si vous n'y cherchez que vous-même. Ayez donc un grand courage, ma très-chère fille, pour vivre selon l'esprit de la grâce, et non selon celui de la nature. Je prie Dieu qu'il vous en donne la force; et, vous, de prier pour celle qui vous chérit en Notre -Seigneur très -cordialement, et qui est votre très-humble et indigne, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitatiou de Cliambéry.
LETTRE DGXXV (Inédite)
A LA MÈRE MAR1E-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYOM
Diverses affaires. — Il faut faire porter aux Sœurs des vêtements usés et raccommodés. — Le chœur de l'église doit être voûté. — Difficultés survenues pour l'impression des Lettres de saint François de Sales.
VIVE f JÉSUS !
f Annecy] 23 mai [1625],
Ma très-chère fille,
Il me semble que ce n'est pas l'esprit de Mgr de Belley qui a pensé ces moyens d'union; mais ils sont bons. Dieu aura soin de nous, si nous sommes fidèles à nos observances et que totalement nous ne dépendions que de sa douce et fidèle Providence. — Je serai consolée que notre madame de Chevrières se rende l'entrée de votre maison libre; elle ne trouvera point d'esprit pour elle comme le vôtre. C'est une âme que j'honore tendrement et révéremment. Gardez -[vous] de recevoir madame Colin qu'elle ne soit veuve, et encore pensé-je qu'elle ne sera [pas] propre ; bien sa fille, si Dieu l'a touchée. Votre fondatrice ne donne de quoi l'être; je ne lui donnerais nullement cette qualité ; elle charge la maison de trois personnes pour sept mille francs, c'est trop. Toutefois, je remets cela à vous.
Je pense que si notre Sœur M.-Catherine [de Villars] a du jugement et [est] dévote, comme vous dites, qu'elle fera bien, et qu'elle profiterait si vous l'accompagniez de bonnes filles, et que votre maison serait édifiée qu'elle fut en charge. Pour notre Sœur C. -Charlotte [de Crémaux], en nulle façon vous ne la devez ôter de Lyon; car qui pouvez-vous dresser pour vous succéder? Car enfin, trois ans sont tôt écoulés; cela est mon sentiment. — Vous feriez fort bien défaire porter des habits rapetassés, non-seulement à votre Sœur Anne-Louise, mais aux autres, pourvu qu'ils soient proprement raccommodés.
Le chœur des prêfres devrait être voûté plutôt que tout le reste; car il n'y a nulle église où il ne le soit, à cause de la révérence due au saint Sacrement, et je ne sais comment vos maîtres ont pu faire ce défaut. S'il est réparable, il le faut réparer; s'il ne l'est pas, il faut demeurer en paix.
Voilà M. Michel qui vous dira toutes nos nouvelles. Mgr l'envoie pour les Epîtres. Il vous dira Fétonnement qu'on a eu d'avoir vu dans la lettre de M. Brun que ce n'était [pas] le sieur Chervet qui faisait le traité, de sorte que Mgr ne veut nullement gratifier celui de qui on écrit, et il dit qu'il n'est pas obligé à faire une si grande charité à un homme qu'il ne connaît point, et qu'il ne sait s'il la mérite, de sorte que nous voilà mortifiées; car, parce que ce n'est pas l'imprimeur de ce pays, il ne veut pas non plus qu'il imprime [ce qui est de] notre Institut. A cela, je n'ai rien à répliquer, parce qu'il est fort absolu, et que pour un peu d'argent nous en serons quittes; pourvu que Dieu soit glorifié et l'œuvre bien faite, je serai contente. Bonjour, ma toute très-chère fille; je suis vôtre en la manière que Dieu sait. Il soit à jamais béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCXXVI
A MONSIEUR MICHEL FAVRK