CONFESSEUR DES RELIGIEUSES DE LA VISITATIOX D'ANNECV
Se réerver un certain nombre d'exemplaires des Épîtres de saint François de Sales.
vive -{- JÉSUS !
[Annecy, mai 1625.]
Mon très-cher Père,
Faites prendre garde, s'il vous plaît, que l'épîlre de feu mon père n'y soit deux fois, et de faire mettre les litres à seize lettres qui sont à part, et de les placer où elles conviendront. Puisqu'il
ne plaît pas à Mgr que l'on imprime ce qui est de notre Institut, puisque ce n'est pas le sieur Chervet qui fait l'impression, au moins, je vous supplie que sur le traité que vous ferez on réserve des exemplaires pour nos maisons, au moins un pour chaque maison, pour cette première impression, et encore autant à une autre impression. Outre cela, il en faudra demi-douzaine aux Révérends Pères Jésuites de Chambéry, demi-douzaine de bien reliés pour mesdames les Infantes, et une douzaine et demie tant pour moi que pour distribuera ceux qui ont fourni et leur peine et leurs lettres, entre lesquels il en faut quatre bien reliés; encore ne sais-je si cela suffira; je crois bien que non; c'est pourquoi il faut plutôt augmenter que diminuer, afin de ne pas demeurer court. Outre cela, mon très-cher Père, je vous prie de nous envoyer les OEuvres de saint Bernard en français, ou du moins ses Epîtres.
Voyez, s'il vous plaît, le Révérend Père provincial de notre part, les Révérends Pères Fourier et de Villars, auxquels il faut aussi des livres, et les saluez très-humblement de notre part, les encourageant à la mission d'Evian. Enfournez bien votre besogne, et puis vous en revenez le plus tôt que vous pourrez vers celles qui vous chérissent très-sincèrement et cordialement en Notre-Seigneur, que je supplie vous combler de son Saint-Esprit, et ramener heureusement. Amen.
Vous direz, s'il vous plaît, toutes nos nouvelles à la chère petite Mère [de Blonay], et tout le bien et le mal que vous saurez de nous, car elle est un peu curieuse, et il faut la bien contenter, car je l'aime parfaitement.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCXXVII
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SUPÉRIEURE A AL'TÏX
Difficulté de trouver une Supérieure pour la communauté de Moulins. — Il ne faut jamais s'écarter de la Règle. — Dans quel cas on peut recevoir à la Visitation une Religieuse d'un autre Ordre.
VIVE -f- JÉSUS !
[Annecy] 4 juin 1625.
Mon Dieu, ma très-chère fille, que vos lettres arrêtent longtemps par les champs ! Je reçus la vôtre du 26 avril le jour du Saint-Sacrement. — Nous ne savons encore qui sera Supérieure à Moulins : les Sœurs, au moins la plupart, ne goûtent pas notre Sœur l'assistante, surtout notre Sœur Marie-Aimée, qui s'était attachée à vouloir notre Sœur la Supérieure de Dijon; mais c'est chose impossible. Certes, cette bénite maison-là nous fait bien delà peine. Les Sœurs vous redemandent, et j'ai prou de difficulté de trouver une Supérieure propre à ce monastère-là. Dieu par sa bonté y mette sa bonne main !
Je bénis Xotre-Seigneur du contentement que vous avez de6 petites de Rabutin. Mais, mon Dieu! ma très-chère fille, permettez-moi d'être un peu marrie de la demande que vous me faites, s'il faudra attendre qu'elles aient quinze ans complets pour leur donner l'habit de la sainte Religion , car notre Règle ne le dit-elle pas clairement et absolument? Et pour Dieu, suivons-la, et ne permettons jamais à nos esprits de désirer rien au contraire, ni de nous faire accroire que nous puissions nous en détourner ni à dextre ni à sénestre,puisqu'en vérité et bonne conscience nous ne le saurions faire. Plantez cette vérité dans le cœur de vos filles.
Pour madame de Chisy, si le Révérend Père Jésuite juge qu'elle puisse sortir de sa Religion [Ordre] pour entrer dans la nôtre, et que vos Supérieurs le trouvent bon, qu'enfin cela se
puisse faire, je ne vois rien qui ne nous convie à lui donner ce contentement; car, outre la charité qu'elle rendra, votre maison en aura l'utilité, puisque c'est une fille de mise et de bon esprit. Certes, quand l'on en trouve de semblables, il ne faut pas regarder si elles ont de l'argent; les commodités temporelles viennent avec le temps, mais les bonnes et capables filles se trouvent rarement, et elles sont toutefois très-utiles et plus nécessaires et profitables es monastères que tous les biens du inonde; et Dieu récompense bien telles charités. Il se faut bien garder de mettre madame de Chisy Sœur domestique, puisqu'elle a tant de bons talents.
Je loue Dieu de la convalescence de nos Sœurs et les salue chèrement; c'est une marque de grande bénédiction que celte affliction. Vous ferez bien de vous loger; mais choisissez une belle place, et bien assise pour faire le couvent. II faut environ six vingts pieds de carré sans les places pour les jardins et vergers; mais on accommode le plan elles bâtiments selon la place que l'on a, suivant, au plus près que l'on peut, le plan. — Pour votre novice incapable, je ne vous puis dire autre chose, sinon que vous regardiez notre Règle, et preniez conseil de nos Sœurs et des bons Pères Jésuites; puis après avoir bien considéré la chose devant Dieu, et la lui avoir recommandée, faites ce qui sera jugé le plus à sa gloire.
Le peintre qui peignait noire Bienheureux Père est mort; nous n'en avons point ici, et n'avons de ses portraits céans que courtement. S'il se présente occasion de vous en faire faire une copie, nous le ferons; mais les bons peintres ne viennent guère
Ma très-chère fille, tenez votre esprit en courage, en douceur et humilité, et le plus proche de Dieu que vous pourrez; c'est d'où vous tirerez la lumière et la force nécessaires, ainsi que dit notre sainte Règle. Adieu, ma très-chère fille; je prierai une de uos Sœurs de vous écrire de nos nouvelles; moi, je n'en ai
nul loisir, mais oui bien de vous chérir incessamment de tout mon cœur. Ma fille, avançons chemin toutes en la sainte dilection de notre bon Dieu, par une exacte observance, avec ce tant aimable esprit d'humilité, simplicité et douce charité qui nous fasse supporter notre cher prochain. Adieu encore une fois, ma très-chère fille, et à toutes nos chères Sœurs; que Dieu les bénisse, et qu'il soit à jamais béni! Amen.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCXXVIII
A LA SOEUR MARIE-AVOYE HUMBERT
A MOULINS
Eviter avec soin lout soupçon. — Il faut porter la clochette devant les séculiers qui entrent au monastère.
VIVE f JÉSUS !
[Annecy, 1625.]
Ma très-chère fille,
C'est la vérité qu'il faut vivre avec confiance et se reposer en Dieu et en la conscience de cette pauvre Sœur [Marie-Aiméej, car les soupçons blessent souvent la charité et ne profitent rien qu'à nous inquiéter. Pourvu que cette Sœur ne fasse pas des choses tant mauvaises, il faut patienter; Dieu y mettra remède, avec un peu de temps, s'il lui plaît. Certes, il est bien écrit qu'il faut porter la clochette devant les hommes qui entrent. Jamais on n'a manqué en cela en tous les monastères, et ce que la Constitution en dit doit suffire; mais outre cela, je sais bien que la coutume en est écrite; il faut que dans votre Coutumier on ait omis ce qu'ont tous les autres.
Vivez en paix, ma très-chère fille, et observez fidèlement la Règle ; c'est le seul moyen de vous rendre agréable à Dieu et de profiter aux autres, à quoi nous sommes fort obligées. Saluez
notre bonne Sœur N. et toutes nos Sœurs, et croyez que je vous chéris toujours très-maternellement, comme ma chère fille à qui je souhaite tout bonheur.
Dieu soit béni !
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.
LETTRE DCXXIX