‹ Lettres (volume 3)Chapitre 308 sur 351 · ASSISTANTE A LYON · texte numérisé non relu

ASSISTANTE A LYON

Elle lui recommande la patience et le support du prochain.

VIVE y JÉSUS !

[Annecy, 1625.]

Ma très-chère fille, Je prie notre Sœur Anne-Marie de répondre à vos questions, et j'ajoute que vous ne devez rien refuser aux Sœurs promplement, ains considérer s'il est à propos ou non, et incliner du côté de la condescendance plutôt que de celui de la rigueur; car si quelque Sœur se rend importune à demander des congés, vous en pouvez conférer avec la Supérieure et suivre son conseil. Il faut dissimuler ces petites tricheries que les anciennes font, et faire avec grande humilité et douceur ce qui est de

1 Sœur Catherine-Charlotte de d'émaux de la Grange, novice et amie de la Mère de Blonay, fut une des grandes Supérieures de la Visitation. Elle succéda à la Vénérable Mère Marie-Aimèe dans le gouvernement du monastère de Lyon, et fit éclater une charité, un dévouement admirables lors de la terrible peste qui désola cette ville en 1628. Les mêmes vertus brillèrent pendant ses six ans de supériorité à Condrieu et dans la fondation des maisons de Bordeaux et d'Agen, dont elle fut la première Supérieure. Peu lui importait la disposition que l'on faisait de sa personne, elle ne cherchait partout que le bon plaisir et la croix du Seigneur. Cette dernière lui tint fidèle compagnie jusqu'au 19 juillet 1651, qu'elle l'échangea contre les palmes de la victoire. [Année Sainte, VIIe volume.)

votre charge, conversant avec elles respectueusement, ainsi que dit la Règle, et ces petites contrariétés vous seront utiles si vous les ménagez bien, si vous les portez avec patience et humilité, excusant charitablement celles qui les font. Ayez un grand courage, ma très-chère fille, et l'employez fidèlement au service de l'obéissance et à mortifier en vous tout ce qui est de l'humain et de la nature, afin que le seul esprit de Dieu vive en vous. Je le supplie vous combler de ses saintes grâces. Je suis en son saint amour toute vôtre.

Il soit béni! Mille saluts à toutes nos chères Sœurs.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCXXX {Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

• SUPÉRIEURE A DIJON

Recommandation en faveur d'un curé de Gex. — Changements d'emplois à Annecy. Quels honneurs sont dus à la Sœur assistante.

VIVE f JÉSUS !

Annecy, [1625].

Ma TRÈS-CHÈRE FILLE,

Je n'oserais dénier à ce pauvre curé de Gex ma recommandation à vos amis, par votre entremise, car notre Bienheureux Père les aimait et avait pitié d'eux. Et certes, le peuple de ces quartiers-là est digne de compassion, je veux dire les pauvres catholiques, parce qu'on leur veut tout ôter. Dieu les assiste, s'il lui plaît. Je le vous recommande.

Je vous écrivis assez au long l'autre jour par la voie de Belley. Je vais tout remuer céans, à cause qu'il nous faut des filles pour les fondations; celle qui a été sous vous ' a bien maintenu le train de céans, sinon qu'elle est toujours un peu

1 La Vénérable Sœur Anne-Marie Rosset.

serrée; mais les Sœurs s'accommodaient. Nous la laisserons reposer et mettrons à sa place notre Sœur [une ligne biffée\, que nous voulons faire Mère, et mettre en sa place noire Sœur N***, laquelle m'a contentée en la confession qu'elle a faite de ses manquements; désormais, je pense qu'à l'aide de Dieu elle fera prou. Notre Sœur M.-Adrienne [Fichet] est assistante à Chambéry, où elle maintient bien le train et donne beaucoup d'édification à tous : elle est destinée pour Evian, et notre Sœur M. -Françoise [Humberl] pour Rumilly, si Dieu ne dispose autrement, car les affaires font tout changer bien souvent. Nous avons ici [si] grande multitude de bonnes filles qui désirent la retraite, que nous sommes contraintes de faire des maisons pour les recueillir, et je suis bien aise d'en faire ici autour, car les esprits m'y plaisent. Mgr de Genève se rend tous les jours meilleur. Je salue cordialement nos Sœurs et prie Dieu leur départir abondamment son esprit, et surtout à vous, ma trèschère unique grande fille. Dieu vous bénisse et soit béni!

Ma fille, dites-moi, jevous prie, quel honneur les Sœurs vous rendaient-elles quand vous avez été en charge d'assistante uprès demoi?Lorsque j'étaisau monastère et simplement absente des assemblées, lorsque vous y veniez ou que vous en sortiez, toutes les Sœurs se levaient[-elles] et vous rendaient[-elles] le même honneur qu'à la Supérieure, ou que lorsque la Supérieure était tout à fait absente du monastère, ou tellement malade qu'elle n'exerçait pas sa charge, ains que c'était vous qui l'exerciez? Moi je ne sais point cela, et cependant ma Sœur la Supérieure de Riom me le demande, parce qu'elle vit, il y a un an, que céans l'on rendait à l'assistante les mêmes honneurs qu'à la Supérieure, et elle médit qu'il lui semble que cela ne se doit qu'es cas d'absence de la Supérieure, ou quand elle n'exerce pas sa supériorité pendant des maladies ou autres occasions semblables, qu'elle a remis son pouvoir et sa charge à l'assistante ; que la Supérieure ne doit pas être estimée absente

tandis qu'elle fait ses fonctions ; que si bien elle est dans le parloir ou ailleurs, on l'y va chercher pour les choses nécessaires, et rien ne se fait sans son ordre, et l'on ne va pas à l'assistante. Cela a été cause que je me suis enquise [de ce] que l'on faisait autrefois. On m'a dit que tous ces honneurs ne se rendaient ainsi à l'assistante sinon quand elle exerçait la charge absolue de Supérieure, et que ce que l'on fait maintenant s'est introduit lorsque je revins de la fondation de Grenoble, que l'on continua à faire les mêmes cérémonies à l'assistante que quand j'étais absente; et qu'à cause de mes grandes absences, elles pensent que cela ainsi continue. Dites-moi, je vous prie, ce qui en est, et comme vous jugez que telle chose se doive passer, car il m'est avis que la Règle, qui se peut entendre des deux façons, se doit éclairer par l'ancienne coutume.

Ceci ne vaut pas le parler, et j'ai aversion d'employer mon temps à cela ; mais il faut que je réponde des petites et grandes choses, droitement. Selon mon sens, l'assistante ne tient pas le pouvoir et l'autorité de la Supérieure tandis qu'elle ne lui a pas remis sa charge; mais, néanmoins, je crois que les Sœurs et la Supérieure même lui doivent rendre un particulier respect plus qu'aux autres Sœurs, mais non pas tel qu'à la Supérieure, sinon quand elle exerce la supériorité. Dis-je bien? car, comme vous savez, je ne vois pas ce que l'on fait quand je n'y suis pas. Je le demandai au Père recteur de Chambéry, qui me dit que celui qui présidait en son absence était tenu comme un autre Père tandis que le recteur n'est ni malade ni absent. C'est trop.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Gliambdry.

446 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

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