‹ Lettres (volume 3)Chapitre 311 sur 351 · MOX TRÈS-CHER FRÈRE · texte numérisé non relu

MOX TRÈS-CHER FRÈRE

J'oubliai de vous dire en ma dernière lettre que je ne sais pas pourquoi vous faites trois tours, d'autant qu'il n'en faut que deux. Quant à ce qui est des meubles, nos Sœurs Dufour disent qu'il y a là quelques linges et meubles de cuisine, de sorte qu'il n'est besoin à présent que de quelques plats, écuelles et pots de terre. Nous faisons venir de la futaine de Lyon pour des tours de lit et des couvertes. Néanmoins, vous pouvez bien acheter les trois que vous dites, et davantage s'il s'en trouve; car nous ne pensons pas lesavoirici, ni à Lyon, pour vingt-deux florins la pièce ; c'est bon marché, ce me semble, pourvu qu'elles soient bonnes. Nous faisons aussi venir du camelot pour faire des chasubles, et accommodons quelques petits parements pour l'église. S'il vous plaît, mon très-cher frère, de nous envoyer la mesure de la hauteur depuis le plancher jusqu'en bas, parce que nous avons un tableau de Notre-Dame assez grand que nous pourrions mander pour s'en servir. Pour la hauteur des châlits, il faut qu'elle soit de cinq pieds et demi.

Il ne faut pas beaucoup presser M. le baron de Lucingej nous nous contenterons pour maintenant de ses cent ducatons, pourvu qu'il assure bien le reste de ce qu'il lui donnera [à sa fille] et qu'il se rende un peu.

Pour le regard des Sœurs tourières, ce serait une chose bien à désirer et fort commode qu'elles pussent pétrir et faire les lessives sans entrer dans le monastère; mais nous laissons touj à votre jugement et disposition, pourvu que vous ayez un peu

d'égard à noire pauvreté. Quant au temps que nous partirons, nous ne le pouvons pas bonnement dire à présent, comme nous vous avons déjà mandé; mais nous vous le ferons savoir lorsqu'il sera résolu, et à l'avantage, s'il plaît à Dieu. Mon cher frère, mandez-nous s'il vous plaît, s'il faut nécessairement avoir l'exemption des tailles avant que d'aller; pour la licence, Mgr juge qu'il n'est pas nécessaire de l'avoir.

Ma Sœur qui écrit sait bien que vous avez force intelligence pour deviner ce qu'elle veut dire du tableau. Enfin, c'est que nous en avons un fort grand qui pourrait servir à l'autel, si votre place en est capable. Mon très-cher frère, Dieu soit votre force, voire joie et récompense éternelle! Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCXXXVI {Inédite)

AU MÊME

Même sujet. — Fondation de Rumilly.

vive f JÉSUS !

Annecy, 1625.

Gardez-vous-en bien, mon très-cher frère, de nous redemander de l'argent, car nous n'en avons plus pour vous; et puis je crains grandement que vous n'ayez dépensé en festin tout celui que nous vous avons envoyé1, carie Père Bertrand m'a dit que le temps qu'ils furent là, vous les molestiez d'aller faire bonne chère avec vous, ne négligeant pas le moyen de vous tenir auprès de vos ouvriers, mais que toutefois ils obtinrent cette grâce de vous, mon très-cher frère, de vous avoir un jour de fête en leur compagnie, et qu'à un autre vous les menâtes voir votre beau jardin avec une ample preuve de votre libéra-

1 Plaisanterie de la Sainte au sujet de l'économie de M. Pioton et du soin avec lequel il ménageait les intérêts du nouveau monastère.

lité et magnificence à festiner, et ce qu'ils trouvèrent d'excellent, ce fut la bonne eau de la fontaine. Et moi, ce que je tiendrais le meilleur, mon très-cher frère, serait que, quand vous aurez fini là, vous vinssiez ici pour préparer à Rumilly le petit colombier de madame de la Fléchère, afin d'y mener des colombes. Mais cela soit dit sans préjudicier à notre chère petite maison d'Evian, en laquelle nous ne saurons encore dire précisément quand nous pourrons aller. Si nous pouvons, nous porterons ou enverrons quelques tableaux, mais non en si grand nombre qu'il en soit assez du compte, et des ornements pour l'autel, quand ils seront faits. S'il vient quelqu'un par ces quartiers qui puisse vous porter quelque chose, adressez-le-nous, nous ne le chargerons pas tant qu'il s'en puisse plaindre.

Vous voyez bien, mon cher frère, que nous ne prétendons pas de vous faire de grands biens, et que cette lettre écrite au milieu de notre récréation s'en sent un peu. Quand on sera là, on s'accommodera du mieux que l'on pourra. Je vous ressouviens qu'il faut un petit tabernacle. — Nous ne vous enverrons point de couvertes, car il n'y en a que ce qu'il faut céans. Entre ci et là, on en pourvoira, et je ne sais pas quels meubles il sera nécessaire de porter; car nous ne pensons qu'à ce qu'il faut pour parer l'autel. — Mgrl'évêque dit qu'il n'est nul besoin d'avoir la licence de Son Altesse puisque nous sommes établies dans la première ville de ses Etats, et que nous l'eûmes dès le commencement pour l'établissement de ce monastère. M. le chevalier [Balbian] m'amandé qu'il obtiendrait l'exemption des tailles extraordinaires , mais je crois que l'absence de Son Altesse et les guerres sont cause du retardement. Il faudra laisser à M. de Vallon sa maison de procure; qu'il nous donne de l'argent. — Bonsoir, mon très-cher frère, je m'endors si fort, j'ai peine à ouvrir mes yeux, lesquels je voudrais souvenle fois [élever vers] la divine Bonté afin qu'il lui plaise vous donner le

comble de ses plus chères grâces. Je suis pour toujours et à jamais, mon très-cher frère,

Votre très-humble.

[P. S.] Mon très-cher frère, je ne sais que dire à cette dame de N., qui m'écrit tant que je suis accablée d'écritures, et m'imagine qu'elle pensera que vous ne me faites pas tenir ses lettres, et partant je vous laisse toute la charge de nous en excuser. Elle m'écrit de tant de filles; mais je pense qu'il sera assez temps quand les Religieuses seront à Évian.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCXXXVII

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