‹ Lettres (volume 3)Chapitre 312 sur 351 · A LA MÈRE FRANÇOISE-GARRIELLE BALLY · texte numérisé non relu

A LA MÈRE FRANÇOISE-GARRIELLE BALLY

SUPÉRIEURE A BOURGES

Sentiments rie compassion et de charité au sujet de la pauvreté des Sœurs de Bourses. — Recevoir les jeunes filles propres à la uie religieuse, quoiqu'elles ne soient pas riches, et se confier en la Providence.

vive f JÉSUS !

[Annecy] 21 juillet [1625].

Je vous assure, ma très-chère fille, que vous me faites grande compassion. Et plût à Dieu que nous eussions le pouvoir de subvenir à tous vos besoins, croyez que nous le ferions de bon cœur; mais certes nous ne le pouvons, étant engagées fort avant dans les nécessités de nos Sœurs de Belley et de Chambéry. Je prie le bon M. Crichantde vous faire tenir cinquante écus quand il sera à Paris. A mesure que Dieu nous donnera moyen, nous vous aiderons toujours de tout ce que nous pourrons, et de bon cœur; mais j'espère que Dieu vous enverra du secours. Ayez toujours votre entière confiance en sa miséricorde et providence; assurez-vous qu'elle ne vous manquera pas; ayez une douce patience, et vous verrez bientôt le secours du ciel.

Si les filles qui se présentent sont bien faites pour notre vocation, j'en voudrais recevoir quelques unes des plus propres, encore qu'elles n'aient que deux mille francs, car cela attirerait la miséricorde de Dieu sur votre maison. Je ne doute point, ma très-chère fille, que si nos Sœurs de Lyon et de Paris savent votre besoin et qu'elles puissent vous secourir, elles ne le fassent de bon cœur. Je vous conjure de redoubler voire confiance, car c'est ce que notre bon Dieu demande de vous par celte nécessité où II vous laisse un peu tremper. Enfoncez-vous donc dans cette Providence, ma très-chère fille, et Dieu vous visitera bientôt ; j'en supplie sa douce Majesté de toutes mes forces.

Vous trouverez le Directoire des jeunes filles avec celui des officières. 0 ma fille très-chère, il est vrai, si nous étions parfaitement mortifiées, nous n'aurions point de mélancolie, quoique Dieu en ait envoyé à quelques Saints; mais celle dont vous m'écrivez n'est pas de cette nature. Que voulez-vous, il faut avoir des croix ! Il y a sujet de bénédiction, puisque le gros de la famille va s' avançant en la perfection de l'observance; tout notre bonheur dépend de là. Ma très-chère fille, pour Dieu, inculquez continuellement cette vérité, et demeurez toujours en votre tranquillité, nonobstant votre pauvreté. Dieu accourra à voire secours, je l'en supplie de toute mon âme qui vous chérit de toutes ses affections et toute votre bénite maison. — Je fais très-humble révérence à Mgr de Bourges et aux bons Pères Jésuites. Je vous écris sans aucun loisir, pendant Matines; car le départ du messager m'a surpris. Hé ! Dieu soit notre tout en ce monde et en l'autre, ma très-chère fille, et soit à jamais béni !

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Poitiers.

LETTRE DCXXXVIII [Inédite) A LA SOEUR MARIE-ADRIENNE EIGHET

ASSISTANTE A CHAMI1BRV

Difficultés pour une bâtisse.

vive -J- jesus!

[Annecy, 1625.]

Ma très-chère Soeur, Je ne puis encore résoudre du temps que nous irons à Chambéry, je crois que ce sera ce mois d'août ; dans peu de jours je l'écrirai au Révérend Père recteur. Certes, qui pourrait suivre le premier dessein de la muraille, ce serait le meilleur. 11 me semble que ces Messieurs delà ville devraient bien plus craindre le corps de logis que nous ferons dans la vigne que ces murailles-là, et cependantMgrle prince Thomas, ayant bien considéré ce qu'on lui représenta de cela, conclut que nous y bâtirions. J'attends M. d'Avisé à qui je dirai le reste; selon que vous m'avez écrit de N. et de Crémieux, je pense qu'elles ne sont pas pour nous. Dieu soit béni! Sans loisir.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Reims.

LETTRE DCXXXIX

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOU\

SUPÉRIEURE A NEVERS

La sainte amitié demeure éternellement. — La prudence hnmaine est entièrement opposée à l'esprit de la Visitation. — Nouvelles de l'archevêque de Bourges.

vive f JÉSUS.'

[Annecy, 1625.]

Ma très-chère fille, De l'abondance du cœur la bouche parle : il est vrai, mon âme chérit la vôtre de toutes ses forces, et je reçois une grande consolation de la correspondance de votre chère dileclion.

Demeurons ainsi, ma très-chère fille, en notre grande et ancienne amitié et totale confiance, de laquelle j'espère que nous jouirons en l'éternité. Oh! qu'elle est désirable, cette vie bienheureuse, ma très-chère petite ! Je ne puis m'empècher de la souhaiter de tout mon cœur. Priez Dieu pour moi, afin que je ne sois privée de celte miséricorde.

Je crois que nos Sœurs vous écrivent, car je n'ai le loisir de vous dire nos nouvelles, ni certes de voir leurs lettres, étant contrainte de commettre une Sœur pour cela, tant je suis occupée. — Je ne sais que dire sur l'avis qu'on vous donne touchant la prélendance [prétention] de notre Sœur J. C. j car elle ne me l'a dit en façon quelconque, et j'ai peine à croire qu'elle y ait pensé. Mais, mon Dieu, ma toute chère fille, que je suis touchée des paroles qui marquent qu'elle devrait marcher plus simplement et plus innocemment; car encore bien que je ne veuille pas croire qu'elle ait donné juste sujet à cette opinion, néanmoins la seule ombre de telle manière de procéder me fait peur. J'ai en horreur cet esprit de finesse et prudence humaine. Dieu, par sa bonté, ne veuille jamais permettre qu'il paraisse dans les filles de celui qui en a été si éloigné et si grand ennemi.

Ce que je vous ai mandé quelquefois de madame de Limours-, c'est parce que j'avais fort ouï dire à Paris que ses affaires étaient en mauvais état; mais tout va bien, pourvu qu'elle soit autorisée de M. son mari au traité qu'elle a fait. — Ma trèschère fille, avant de partir deNevers, vous ferez un grand coup de mettre en observance ces principales et si importantes Règles, celle de la visite et celle de l'élection de la Supérieure; car vous laissez par ce moyen l'exemple vif de ce qu'elles doivent faire après vous. Pour vous dire ce que je pense, il y a beaucoup d'apparence que Mgr de Genève ne vous permettra pas de vous engager davantage à Ne vers.

[P. S.] Depuis que j'ai écrit ceci, il y a plusieurs jours, j'ai

vu avec beaucoup de sujets de consolation Mgr de Bourges tout à fait réduit au service de Notre-Seigneur. Il va à Rome; je le recommande à vos prières et nos affaires.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE DCXL (Inédite)

A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON

A BVIAN

Annonce du départ pour Evian.

[Annecy, 1625.]

Mon très-cher frère,

Vous ne me répondez point si nous irons; car nous prétendons de partir sans remise le 4 d'août l. Vous viendrez nous quérir? Nous donnerez-vous commodité d'envoyer ce peu d'ornements pour l'autel? Nousenverrez-vous quelques chevaux, ou si nous prendrons tout ici? Emmènerons-nous notre Sœur

1 Les deux demoiselles Dufour et leur belle-sœur, jeune veuve trèspieuse, touchées de l'attrait divin, résolurent, d'un commun accord, de consacrer leurs personnes et leurs biens à la fondation d'un monastère de la Visitation dans la ville d'Evian. La Vénérable Mère de Chantai ayant accédé à leur désir, les trois postulantes allèrent commencer leur noviciat à Annecy, d'où elles partirent le 5 août 1625, avec les autres Religieuses destinées à être les pierres fondamentales du nouvel établissement; ce furent les Sœurs .Marie-Françoise Humbert, Françoise-Agathe de Sales, Anne-Louise Desportes, Marie-Madeleine de Musy, Françoise-Marguerite Richard et Jeanne-Françoise Barandier. « Conduites par la Bienheureuse Fondatrice, elles arrivèrent à Evian le jour de la Transfiguration de Notre- Seigneur. Ce fut un jour de joie; presque tout le peuple de la ville leur accourut au-devant; on sonna le carillon avec grande réjouissance, et le lendemain M. le prieur de Blonay fit la prédication et l'installation. » (Histoire inédite delà fondation de Thonon.)

Marie-Nicole , car M. de Blonay m'a mandé que non? mais je ne vois pas le pourquoi; c'est une fille où il n'y a rien à douter.

J'espère bien des tailles extraordinaires. Je désirerais fort de ne pas aller là, parce que je suis pressée d'aller ailleurs; mais Mgr et nos Sœurs le veulent pour quinze jours. Dieu nous soit en aide parmi tant d'affaires! J'attendrai de vos nouvelles.1 Dieu soit béni ! Ces gens nous pressent. Je vous prie, faites remettre sûrement celte lettre à M. de Charmoisy. Je suis toute vôtre en Noire-Seigneur.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy,

LETTRE DCXLI

A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX

SUPÉRIEURE A «UTUN

Dieu choisir la place pour bâtir le monastère. — Chercher le royaume de Dion par l'exacte observance.

vive -j- JÉSUS.'

[Annecy] 29 juillet [1625].

Ma très-bonne et très-chère fille,

Il fallait renvoyer cette novice à notre maison de Moulins, et là on lui eût ôté l'habit et [on l'eut] donnée à ses parents. Je prie Dieu que vous ayez fait ainsi, sinon demeurez en paix.

Je suis fort aise que vous ayez madame de Chisy. Oui, ma fille, adressez-vous toujours à moi selon votre ancienne confiance; Dieu aidant, je ne manquerai jamais de vous répondre et servir de bon cœur. Il est vrai que, pour ces deux ou trois mois suivants, vous ne devez attendre de moi des réponses, sinon qu'il y ait sujet important ou nécessaire; car en ce cas je ne manquerai pas, Dieu aidant. Ce sera votre mieux d'acheter une place pour bàlir; mais, en attendant, il faudrait avoir un logis bien commode et suffisant pour vous loger. Prenez un peu l'avis de notre très-bon ami, M. de la Curne, quand il vous ira voir, et

ayez un grand courage et très-humble et invariable confiance au soin paternel de Notre-Seigneur. Cherchez premièrement le royaume de Dieu par l'exacte observance dans l'esprit de douceur, humilité et simplicité, et toutes les choses nécessaires ne vous manqueront [pas]; mais soyez invariablement appuyée sur cette vérité, et sur ce fondement persévérez à vivre en cette union cordiale et tranquille douceur; c'est la grande bénédiction des maisons. J'aime bien nos Sœurs qui vous aiment bien; aimez-les tendrement et surtout cette pauvre infirme ' que j'aime cordialement. Oh! qu'elle est heureuse de souffrir!

Nous allons lundi àEvian, Dieu aidant. — Mgr de Bourges est parti ce matin pour son voyage de Lorette et de Rome. Faites, je vous prie, prier Dieu pour lui instamment, et pour nos affaires de la béatification de notre saint Père et celles de notre Institut; mais chaudement et persévéramment faites prier pour nous. Vous savez de quel cœur je suis vôtre; cela est sans

réserve. Priez pour nous.

Jour de sainle Marthe.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCXLII {Inédite)

A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON

A ÉVIAN

Derniers préparatifs pour la fondation d'Evian. — Charitable admission des fille . naturelles à la Visitation.

VIVE f JÉSUS !

[Annecy, juillet 1625.]

Mon cher frère, Cela va mal que vous ne puissiez nous envoyer quelques chevaux ; mais bieii nous ferons ce que nous pourrons avec

1 Sœur Claude-Marie Duguest avait été mariée contre son gré à luge de treize ans. Devenue veuve l'année suivante, elle se donna toute à Dieu et partagea son temps entre la prière et les honnes œuvres, jusqu'à sa trente-

l'aide de Dieu, et enverrons ce que nous avons. Mais faites provision d'un calice, attendant que le nôtre soit fait. Nous partirons, Dieu aidant, sans remise le 4 août, et j'irai donc conduire nos Sœurs. Il sera bon que vous demeuriez pour tout préparer, mais surtout le festin, à quoi vous êtes si entendu; mais nous ne mangeons point de dragées ' !

Oui, nous pouvons recevoir des filles naturelles, mais il les faut bien examiner. — Quand nous serons là, nous verrons ce que l'on dira au Révérend Père de la Mare. — Cherchez de quoi faire votre autel, car notre tableau n'est pas à votre mesure. Je me repens quasi d'avoir envoyé ce dernier à Evian. Oh I si j'eusse su que vous n'y pensiez plus, vous ne l'auriez pas ! Adieu, mon très-cher frère; toutes nos Sœurs vous saluent et vous souhaitent, avec moi, toutes saintes bénédictions de Notre-Seigneur. Qu'il soit béni !

Qui nous confessera là? — Nous parlerons de Rumilly en présence.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

troisième année, qu'elle entra à la Visitation de Moulins, d'où elle fut plus tard envoyée à la fondation d'Autun. La main du Seigneur s'appesantit alors sur elle : deux cancers à la poitrine et un affreux ulcère dans les entrailles la dévorèrent toute vivante. Comme un autre Job, celle innocente victime n'ouvrit jamais la bouche, au milieu de ses tortures, que pour bénir le Seigneur, «qui lui avait été, disait-elle, et lui était encore trop doux». Le 10 juillet 1629, Il mit fin à son long martyre et la fit passer dans le lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. (Année Sainte, VIIe volume.) 1 Nouvelle allusion à l'économie de M. Piolon.

LETTRE DCXLIII {Inédite)

A LA MÈRE ANNE-CÀTHERINE DE BEAUMOXT

SUPÉRIEURE ftU PREMIER MONASTÈRE DE TIIIIS

Désir de voir commencer le procès de bcalificalion de saint François de Sales. Affaires du monastère d'Avignon.

VIVE -j- JÉSUS !

Annecy, 2 août l(r25.

Je vois votre cœur dans voire lettre , et la grandeur de son affection certes toute incomparable, ma très-chère fille; mais croyez que votre Mère vous correspond fidèlement. Oh! faites doue, ma très-chère fille, ce que vous pourrez, afin que tant qu'il se pourra, plusieurs personnes de qualité concourent à l'avancement de la béatification de notre saint Père. C'est la vérité que l'on tient, que quand le Pape verra que plusieurs lui demanderont une même chose et lui rendront témoignage de l'excellente vertu de notre Bienheureux, que cela facilitera et avancera la commission de celui que l'on désire, pour examiner sa vie et ses miracles.

Mgr de Genève ne trouve pas que je puisse , eu sorle quelconque, entreprendre maintenant ce voyage à Paris, car il me semble impossible pour les affaires de deçà. Si Dieu veut que je revoie nos maisons , Il m'en donnera quelque autre ouverture. Il est vrai, il serait requis qu'une trèspertinente Supérieure fut en Avignon ; si l'on nous mande qu'il y ail apparence que j'y puisse servir, Mgr de Genève a sentiment de m'y envoyer après la Toussaint; nous attendons la réponse. Mais, mon Dieu, si madame la marquise de Meignelay voulait, elle ferait bien un bon office à celle pauvre maison-là, et à tout notre Ordre, puisque M. Berger m'écrit qu'elle a tant de crédit vers Mgr le Légat. Il faudrait qu'elle obtint une lettre de bonne encre de lui, pour Mgr Par-

chevêque d'Avignon. En recommandation de ces pauvres filles, j'avais écrit la ci-jointe. C'est sans loisir que je salue nos trèschères Sœurs et votre bon cœur, que Dieu remplisse de toutes grâces. Pourquoi, ma chère fille, ne nous dites-vous rien de notre Sœur Marie-Constance ?

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.

LETTRE DCXLIV {Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPERIEURE A LYOV

Réception d'une personne pénitente.

Évian , l(j-25.

Ma très-chère fille,

Tout accablée d'affaires à cause du peu de séjour que nous faisons ici, je vous dis courtement que puisque la Sœur Magdelainè est si bien disposée, et que tant de dignes Pères vous pressent, vous ne pouvez faillir en lui donnant l'habit ; mais que ce soit à portes fermées. Je ne dirai pas à Mgr de Genève qu'elle l'a reçu ; mais, Dieu aidant, je lui ferai approuver qu'on le lui donne, et cela suffira pour le respect qu'on a du lui rendre, prenant son avis à cause de la grande connaissance qu'il a de la vie passée de celte pauvre créature ; car autrement il eût pu s'étonner, oyant qu'elle fût reçue chez vous.

Je vous prie de faire tenir par la première poste celte lettre de Paris. Adieu, ma vraie fille; faites que l'on prie pour moi, et vous tout particulièrement; car il me semble que je désire de servir Dieu purement. Il soit béni !

Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCXLV (Inédite)

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