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LETTRE DCXLVI

A MONSEIGNEUR ANDRÉ FRÉMYOT

ANCIEN ARCHEVÊQUE DE BOURGES

Nos cœurs sont les temples du Coeur dk Jésus. — Prière d'obtenir du Pape une Bulle de confirmation de l'Institut; moyens d'union entre les monastères.

vive f JÉSUS !

[Annecy, 1625.]

Monseigneur , mon très-cher et très-honoré frère ,

Nous voici au jour où vous faisiez état d'arriver à Venise, et j'espère en la bonté de Notre-Seigneur qu'il vous y aura conduit heureusement, ainsi que sans cesse nous l'en avons supplié ; car enfin, mon esprit vous va suivant partout, et n'a guère de plus douce consolation qu'à repenser aux douces miséricordes que notre bon Dieu a exercées sur votre trèschère âme, dont éternellement je le bénirai avec le continuel désir de voir l'œuvre de sa grâce accomplie et parfaite en vous, par la sainte persévérance de l'union de votre cœur au sien très-adorable et très-amoureux. Oui, mon très-cher seigneur, cela se peut dire franchement que le Coeur de notre doux Sauveur est très-amoureux du vôtre, et qu'il l'a élu pour son temple et pour sa maison de délices , où 11 habitera sans fin par grâce en ce monde, et par gloire en son immortelle félicité, où j'espère qu'ensemble nous chanterons, avec tous les Bienheureux, le cantique de ses louanges et miséricordes infinies; certes, j'en ai un grand désir.

Je suis attendant de bon cœur de vos nouvelles; nos chers cousins et M. d'Aubenton qui m'en ont tant fait de promesses nous les tiendront, s'il leur plaît; et vous, mon très-cher seigneur, vous m'écrirez aussi trois petites lignes, mais non plus, afin de ne vous point surcharger d'affaires ; car vous aurez assez de peine à nous obtenir cette si nécessaire Bulle que nous v. 30

réclamons avec toute l'humilité et l'affection qui nous est possible, pour l'extrême besoin que nous en avons. J'ai la confiance que vous nous l'apporterez; au moins suis-je assurée que votre zèle et votre affection envers nous vous en feront faire toutes sortes d'efforts.

Je pense qu'il sera bon de témoigner à Mgr de Lyon que nous avons beaucoup de conGance en lui, comme, certes, je crois que nous devons l'avoir, et je ne pourrais faire autrement, quand je considère sa vertu ; vous saurez bien manier son esprit. Mon Dieu ! qu'il me semble qu'il a de sujets de s'employer cordialement pour nous! Votre présence fera tout vers lui et vers M. de Béthune, et avec votre permission je leur fais très -humble révérence à tous deux , vous laissant le soin de tous nos petits honneurs. Je me tiens grandement obligée à M. de Béthune, pour l'affection qu'il nous a déjà témoignée, laquelle me rend soigneuse de prier notre bon Dieu de le combler de ses saintes grâces. — Je vous ressouviens de bien caresser notre bon Père dom Juste *, et d'encourager le Révérend Père général des Feuillants à revoir et augmenter la Vie de notre Bienheureux Père, lorsqu'on lui aura donné les Mémoires, car c'est un très-digne ouvrier pour une si cligne besogne.

Il me vient en l'esprit de vous dire que, si vous ne pouvez apporter notre Bulle, vous en recommandiez chaudement la poursuite à M. Bobin ; car si bien le bon Père dom Juste est le principal agent, néanmoins il a besoin d'être secondé : voilà, mon très-cher seigneur, comme je vous dis tout. Il faut encore ajouter que, dès que vous fûtes parti d'Annecy, l'on nous envoya un messager exprès, que quantité de personnes de qualité de Paris m'écrivaient que j'allasse promplement à Paris, pour obtenir de Messeigneurs les prélats ce qui est requis

1 îl se trouvait aussi à Rome, pour solliciter la confirmation de l'Ordre de la Visitation et la dispense perpétuelle du grand Office.

pour l'union de nos monastères, et pour la béatification de notre Bienheureux Père. Mgr de Genève et moi, nous trouvâmes qu'il fallait demeurer en la résolution que nous avions prise avec vous, et que, quand nous aurons notre Bulle de confirmation, qui mettra à couvert tous les monastères, nous penserons au reste, selon les ouvertures et lumières qu'il me semble que Dieu vous en donna, lorsque nous en parlâmes. Enfin, il n'y a que trois points nécessaires : le premier, de tenir les monastères unis et uniformes entre eux, comme ils sont maintenant, et qu'ils l'ont été ci-devant ; le second, de pouvoir donner des Supérieures d'un monastère à un autre qui en aurait besoin, et faire changer de maison aux Religieuses, pour quelque grande nécessité ; le troisième, en cas que deux monastères eussent quelque difficulté ensemble, ou un Supérieur avec le couvent, qui jugera et accordera ces différents? Voilà les trois points que nous connaissons, par expérience, être nécessaire de bien -établir pour la conservation de notre Institut et le repos des monastères. Or, c'est de Messeigneurs les prélats qu'ils dépendent. Voyez, mon très-cher seigneur, si vous en pourrez conférer avec quelqu'un qui puisse donner de bons moyens pour cela; je l'espère et attends de la divine Providence, à laquelle notre Bienheureux Père nous a laissées, puisqu'il ne les a pas déclarés, comme il m'avait dit qu'il ferait, et je crois fermement que l'Esprit de Dieu conservera ce qu'il a si saintement établi, puisque même il fait voir son soin et assistance spéciale sur les familles, et les fait vivre avec tant de pureté, de simplicité, et d'exacte observance dans un esprit de candeur et tranquillité nonpareilles : voilà le sujet de ma confiance et repos. Ne suis-je pas bien fondée , mon très-cher seigneur?

Je supplie l'infinie Bonté de vous conserver dans le sein de sa douce Providence, comme l'un de ses enfants plus chers, et de vous ramener heureusement et en santé avec votre chère

troupe, que je salue très-humblement avec votre permission, et vous par-dessus tous, mon très-honoré et très-cher seigneur, étant de cœur et d'affection incomparable, etc.

Extraite du procès de canonisation de sainte Jeanne-Françoise de Chantai. Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCXLVII

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX

SUPÉRIEURE A NEVERS

Conseils au sujet de la fondation de Rlois; qualités nécessaires à une Supérieure. Vertus qui doivent briller à la Visitation.

VIVE f JESUS !

[Annecy, 1625.]

Ma chère fille,

Je désire savoir si vous avez reçu mon dernier billet, à cause des précieuses reliques que j'y avais enfermées. J'écris à madame de Liraours selon votre désir, en réponse de la sienne ; assurez bien vos affaires avec elle, et d'autant plus que le lieu est écarté, et, si j'ai mémoire, avec un grand nombre de maisons religieuses. Je crois bien que Mgr de Nevers fera grande difficulté de vous laisser aller [à Blois] avant la fin de vos six ans, et toutefois il serait fort à propos que vous allassiez; car, pour vous parler comme à mon propre cœur, selon mon sentiment, je craindrais fort que notre Sœur Françoise-Jacqueline [de Musy] n'eût grande difficulté de tirer avant une telle fondation, parmi un peuple bien fort spirituel, et où je pense qu'on aura des difficultés avant que'l'on ait bien reconnu la vertu des Religieuses, et vous savez que du côté de cette France il faut des esprits bien adroits et façonnés. Notre Bienheureux Père regardait fort à l'importance de telles occasions, pour conserver précieusement l'estime si grande qu'il plaît à la divine Bonté de

donner en toutes façons à nos maisons; car nous en avons une qui demeure fort en arrière pour cette raison que la Supérieure n'est pas goûtée, non pas faute de vertu, étant une sainte âme, mais qui n'a pas V entregent nécessaire à cette charge, ni l'intelligence convenable. Toutefois, ma très-chère fille, je m'en remets à votre jugement qui est plus capable de faire ce discernement que moi; il y a si longtemps que je n'ai vu notre chère Sœur Françoise-Jacqueline. Or, si vous résolvez de l'y envoyer, ou que Mgr de Nevers vous absolve de cette dernière année de votre charge, il faudra, ma très-chère fille, que vous écriviez à Mgr de Genève; car, comme vous savez, les filles de nos monastères dépendent de ceux où elles ont fait profession et des Supérieurs d'iceux.

Je tiens votre maison heureuse de n'avoir plus cette fille de M. N... Oh! que le monde est trompeur, ma fille! Dieu nous en préserve et accroisse ses saintes bénédictions sur vous et votre chère famille. Les bonnes nouvelles que vous m'en dites, et de votre chère âme, me donnent grand sujet de louer l'infinie bonté de Notre-Seigneur, et je le fais de tout mon cœur ; car vraiment, ma très-chère fille, il semble que l'esprit de ferveur et d'observance redouble en nos maisons. C'est notre très-heureux Père, sans doute, qui nous impètre ces bénédictions.

Oh! ma très-chère fille, que j'ai lu de bon cœur et avec grande consolation ce que vous me dites, que vous aimez la bassesse, et que c'est l'esprit qui vous pousse! Mon Dieu ! que c'est là le vrai esprit de Dieu et de notre Institut! L'humilité, la douce suavité et support, et l'aimable et cordiale simplicité : ce sont les vraies vertus qui doivent régner chez nous.

Oh ! vraiment, vous m'avez bien consolée de me montrer si bien votre cœur, où je vois reluire beaucoup de grâces et d'assistances de notre bon Dieu; et m'est avis que vous avez fait un grand avancement, puisque, Dieu merci, vous trouvez la paix et la tranquillité dans vos travaux, par la conformité au saint bon

plaisir de Dieu ; notre perfection et notre unique bonheur consistent en cela. Dieu vous accroisse journellement celte grâce,

ma très-chère fille.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE DCXLVIII

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOMAY

SUPÉRIEURE A LYON

Sur le livre des Ëpîtres de saint François de Sales. — Comment diriger une Ame très-gratifiée de Dieu. — Election de la Sœur d'Avisé à Chambéry.

VIVE y JÉSUS !

[Chambéry, septembre 1625.]

Ma très-chère fille, Nous voici à Chambéry dès quinze jours ; j'ai toujours été malade; mais, grâce à Dieu, dès hier il me semble que me voilà quitte pour ce coup. J'ai reçu toutes vos lettres; mais à cause de mon incommodité, je n'ai point encore vu le Révérend Père Fourier; j'espère que ce sera pour demain, et non sans parler de vous et de votre maison.

Je suis bien aise que les Epîtres s'avancent; je trouve l'œuvre bonne, quoiqu'il y ait toujours quelques petits manquements; je crois que celavientde ce que les copies sont mal orthographiées ; mais recommandez que l'on y prenne garde. Je vous renvoie les trente et une feuilles que vous m'avez envoyées; il manque deux feuillets qui empêchent la suite entre le feuillet 392 et celui de 401 ; or, ils n'ont pas été égarés ici, car personne ne les a maniés que moi, et d'abord j'ai reconnu ce manquement. Il ne tiendra pas à moi que ce bon personnage, puisqu'il est si vertueux et chargé d'enfants, n'ait encore les Entretiens pour imprimer.

Il est vrai que l'on me dit merveille de votre bâtiment; Dieu nous veuille préparer pour la maison de son éternité ! L'on

m'a défendu d'écrire de ma main, mais ce petit mot n'est pas écrire. — Une âme comme la vôtre, de Paris s'entend, qui va par cette voie, en vaut cent; mais il n'en faut pas faire grand semblant à qui que ce soit, surtout à elle; car ce trésor doit être caché, et il faut dextrement l'en tenir ignorante, et faire qu'elle se persuade que c'est la voie quasi, ordinaire des filles de la Visitation, comme il est vrai, plusieurs y sont attirées. Le moyen d'avancer en celte voie, c'est de se tenir fidèlement proche de IVotre-Seigneur en cette simplicité, et d'employer avec même fidélité les occasions qui se présentent, sans exception, de pratiquer l'indifférence, et qu'en tout le reste, elle tâche de se rendre une règle vivante.

Nous avons fait ici notre Sœur Marie- Gasparde [d'Avisé] Supérieure. Toutes l'ont élue avec témoignage de grand amour et satisfaction; elle est toute mortifiée, ayant répugnance aux charges; mais j'espère en Dieu qu'elle fera fort bien. — Enquérez-vous des Pères Jésuites, où il faut remettre cette lettre de Lorraine; c'est pour la faire porter par l'ordinaire de Nancy qui part tous les quinze jours. Je vous la recommande fort, ma très chère fille, elle est importante. — Faites bien prier pour nos affaires de Rome, elles se traitent maintenant.

Nous irons, Dieu aidant, dans quinze jours à Rumilly. Notre Sœur Marie-Adrienne [Fichet] y sera Supérieure; elle a fort bien fait ici. Toutes ces filles s'avancent, grâce à Dieu. J'ai eu la singulière consolation de voir votre très-cher Père Maillan; il ne manquera pas de faire tout ce qu'il pourra pour nos Sœurs d'Avignon, mais il faut un peu de patience. Voilà une lettre de Mgr le prince-cardinal pour Mgr leur archevêque ; faites-vous-la expliquer, et leur faites tenir.

Adieu, ma très-chère fille; priez bien Dieu qu'il nous fasse la grâce de nous voir en son paradis.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé anx Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCXLIX (Inédite)

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