LETTRE DCL
AUX SOEURS DE h\ VISITATION DE MOULINS
Confiance et respect dus à la Supérieure.
yiyE f jésus!
[Chambéry, septembre 1625. ]
Mrs TpÈs-cpÈRES filles,
Puisqu'il a plu à la divine Providence vous donner pour guide, pour Mère, et pour voire bonheur, ma Sœur votre Supérieure, je vous supplie et conjure de regarder Dieu en elle, de l'y honorer, obéir et aimer chèrement. N'ayez point d'autre cœur, jugement, ni volonté que la sienne, car je vous assure que Dieu lui a donné une direction droite et un zèle très-grand pour le bien de tout l'Ordre, et une très-sincère affection pour vous toutes, mes chères Sœurs. C'est pourquoi vous aurez bien du sujet d'être contentes del'élection que vous avez faite, et d'avoir des cœurs entièrement ouverts en son endroit, sans jamais vous départir de la sincérité et droiture que vous lui devez. Que s'il se trouvait quelque esprit si malheureux que de vous vouloir persuader le contraire, je vous supplie, nel'écoutez point; mais suivez votre train, et vous tenez toujours parfaitement avec votre bonne Mère, en laquelle Dieu a mis de grandes dispositions pour rendre de bons services à votre maison.
Je prie Dieu, mes très-chères Sœurs, qu'il vous rende fidèles à la pratique de ce que je vous dis; car je vous assure que si vous le faites, vous recevrez de grandes grâces de sa Bonté, que je supplie vous les départir abondamment. — Et à vous, ma très-chère Sœur l'assistante, qui êtes en tête de toute la troupe, je vous conjure de montrer exemple aux autres, et de vivre avec une telle humilité, soumission et dépendance de ma Sœur la Supérieure, et avec tant d'amour, droiture et sincérité en son endroit, qu'il y ait sujet de'consolation à toute la commit-
nauté, et qu'elle vous imite en ces pratiques, lesquelles je vous
recommande, et vous salue toutes chèrement.
LETTRE DCLI
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
Affaires de la communauté de Moulins. — Choix d'une Supérieure pour la fondation de Chartres. — Embarras suscités aux Sœurs d'Avignon. — Comment conduire un esprit difficile.
Chambéry, 12 septembre 1625.
Ma très-chère fille,
Nous avons reçu les trois lettres en faveur de la béatification de notre Bienheureux Père; elles sont assez bonnes. Au reste, je suis très-aise que vous ayez été à Moulins ' ; votre présence y aura beaucoup profité. J'espère que Dieu restaurera cette pauvre maison, laquelle avait un extrême besoin du secours de cette nouvelle Supérieure. Il me semble que si l'assistante et la directrice modernes sont candides et franches envers la Mère, qu'il ne les faudra pas changer jusqu'au jour de l'an.
Je serai fort aise que votre fondation de Chartres se fasse. Sans doute, notre Sœur Anne-Marie [Bollain] fera très-bien partout où elle sera; mais n'en avez-vous point qui soit encore plus propre pour charge de Supérieure ? Ce que je ne dis pas pour vous divertir de celle-ci, de laquelle j'ai toujours grandement estimé la vertu, et crois qu'en toutes charges, elle fera fort bien. Vous connaissez leur état présent, et saurez bien faire le choix.
Il est vrai que nos pauvres Sœurs d'Aviguon sont grande -
1 La Mère Anne-Catherine de Beaumont avait elle-même conduit à Moulins Sœur Marie-Constance de Bressand.
ment à plaindre , mais leurs affaires ne sont pas en état de pouvoir être aidées de ma présence. Vous le pourrez juger par la copie de l'ordonnance de Mgr leur archevêque, lequel s'est lié les mains pour ne pouvoir leur donner la liberté qui leur est requise, et faut qu'elles aient recours à la Congrégation ; et enfin, il faut avoir un peu de patience que nos affaires soient faites à Rome. Mais cependant il sera très-bon que Mgr le légat écrive en leur faveur, et qu'on lui fasse entendre que les Religieuses de France ne peuvent pas subir ces grandes rigueurs. On nous a dit que, retournant de France , il devait passer par Avignon et y séjourner quelques mois; ce serait alors que les recommandations seraient utiles. Je vous supplie de vous en ressouvenir quand vous saurez qu'il devra partir de Paris,
Vous n'eussiez pu vous mieux conduire en l'affaire deNevers que vous avez fait. — Je vois, ma très-chère fille?, que l'apostème de la pauvre Sœur M. M. s'est crevé. Il s'en faut bien garder de la mettre en charge, puisqu'elle est en celte disposition. Puisqu'elle agrée ma Sœur Hélène-Angélique , faites qu'elle la conforte et lui parle quelquefois, car il faut soulager cet esprit pour prévenir un plus grand mal. Certes, pour vous dire franchement, je craindrais un peu de mettre cet esprit-là parmi nos pauvres simples colombes d'Annecy; toutefois, il faudra voir ce qui se pourra bonnement. Je trouverais aussi une grande difficulté à la faire venir de si loin ; il faut toutefois la tenir en espérance. — Nous sommes ici dès dix-huit jours; j'y ai toujours été malade; maintenant, je ne porte qu'une bonne douleur de tête qui m'empêche d'écrire. Oh ! ma fille, combien vraiment êtes-vous chère à mon cœur! Nous sommes ici à Chambéry ; nous avons fait élection d'une Supérieure. Toutes nos Sœurs ont choisi notre Sœur Marie-Gasparde , avec grand témoignage d'amour et de satisfaction. Nous irons, Dieu aidant, dans ces jours à Rumilly, et *y mènerons de fort bonnes filles : notre Sœur Marie-Adrienne y sera Supérieure ;
elle a un très-bon cœur et un très-grand zèle pour l'observance. Dieu soit béni! Je suis en peine de notre Sœur M. -Marguerite, mais je dis fort grande à cause des qualités de son esprit; si elle ne peut s'accommoder, à l'extrémité il faudrait lui faire espérer de venir ici; et si cela n'est suffisant, plutôt que de la laisser en péril, il la faudra faire venir, mais avec quelque bonne occasion qui se pourra présenter, et auparavant il faut avertir, car il faudra disposer Mgr de Genève à sa réception.
[P. S.] Ma très-chère fille, toute précieuse à mon cœur, une autre fois j'écrirai à ma très-chère Sœur de Port-Royal, qui m'écrit qu'elle vous avait vue avec une très-grande satisfaction pour le grand avancement qu'elle voit que vous faites, et notre chère Sœur Angélique [LhuillierJ que je salue trèschèrement avec notre très-vertueuse Sœur N.
Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.
LETTRE DCLII (Inédite)
A LA SOEUR ANNE -MARIE ROSS ET
ASSISTANTE A AXXliCÏ
Diverses recommandations.
vive -J- jésus!
[Chambéry, 1625.]
Ma très-chère Soeur,
Le bon Père recteur d'ici passera bientôt par Nessyj sur la lin de la semaine prochaine. Sachez s'il y a quelques Sœurs qui lui désirent parler, afin qu'elles se tiennent prêtes ; sinon vous le prierez de les confesser toutes et de dîner chez M. Michel, où vous ferez porter le dîner que nos Sœurs savent ; mais que l'on achète du bon vin pour lui et le Père qui l'accompagne. Je lui ai parlé de notre Sœur N. ; c'est un très-bon Père, trèscapable de tout, qui nous affectionne entièrement. Je n'ai
jamais, je pense, fait manger que deux ou trois fois dans notre parloir, et crois que je n'eusse pas pensé à y faire manger M. de N. -y car il faut faire cela rarement et pour des amies ou occasions signalées.
Vous avez bien fait de laisser aller notre Sœur N. par son chemin ordinaire de l'oraison. Je lui avais dit qu'elle ne vous devait appréhender, que vous ne lui changeriez pas. Il faut supporter suavement l'esprit de notre Sœur N., et lui condescendre en ses petites inclinations dévotes, pourvu qu'elle suive toujours la communauté extérieurement, comme elle le fera, car elle est bonne. — Je vous donne mille bonjours, ma trèschère fille, et à toutes mes Sœurs, que je conjure d'être fidèlement exactes à l'observance et à leurs résolutions.
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCLIII
SITÉHIELRE A LYO\
Détails sur la fondation d'Eviau. — Eloge de la famille de Blonay. — La liberté de conscience est nécessaire aux Religieuses. — Offrandes au tombeau de saint François de Sales. — Prière d'intervenir en faveur des Sœurs d'Avignon.
VIVE f JKSUSÎ
[Chambéry], 14 septembre 1625,
Ma très-chère fille,
J'ai très-bonne espérance de la fondation d'Eviau , et crois que Dieu en sera glorifié. Messieurs vos frères sont de très-bons et vertueux personnages1 : M. le prieur est notre Père spirituel et notre confesseur 5 et M. votre frère qui est marié, notre père temporel, lequel a pris celte charge avec une affection non-
1 La famille de Blonay habitait les environs d'Eviau.
pareille. Madame votre belle-sœur est une très-sage et trèsvertueuse femme, et tout cela ne respire que la piété et dévotion.
La bonne Sœur Gabrielle ' est une très-bonne enfant ; nous nous sommes entretenues à cœur ouvert et en particulier. Il ne manque à cette maison de Sainte-Claire qu'un peu de liberté de conscience. On m'a dit que le Père qui les visite tous les ans demeure à Lyon, et qu'il vous va voir souvent. Pour l'amour de Dieu, persuadez-le qu'il permette que les Pères Jésuites qui vont demeurer à [la] mission d'Evian, et autres personnes ecclésiastiques qui y passeront, puissent leur parler au moins deux ou trois fois l'année, et non-seulement qu'il le leur permette, mais qu'il le commande à la Supérieure. Je vous assure qu'il fera en cela chose agréable à Dieu , et de grande utilité pour ces pauvres âmes.
C'est une bonne dame de Paris qui offre ce cœur au tombeau de notre Bienheureux et très-saint Père; de sorte, ma fille, que votre appétit ne sera pas contenté pour ce coup , car nous n'oserons divertir celte offrande. Vous pouvez donner les trois cents écus à M. Berger, bien empaquetés et cachetés, comme aussi le cœur d'argent. Ne cessez de poursuivre vos bâtiments jusqu'à ce qu'ils soient achevés , quand bien vous devriez vous engager ; car Dieu remplacera bientôt ce que vous emprunterez.
11 est vrai que nos bonnes Sœurs d'Avignon sont grandement tourmentées, et il me semble que M. votre grand vicaire devrait écrire à Mgr leur archevêque, aGn qu'il les laisse vivre selon leur Institut, ainsi que la Bulle de leur établissement le porte. Véritablement, ma chère fille, je trouve cela bien dur d'envoyer ainsi des filles, et puis, que les Supérieurs les laissent là sans secours. Je vous prie de faire tenir les lettres d'Or-
1 Sœur de la Mère de Blonay, Religieuse Clarisse à Evian.
léans etde Bourges àNevers. — II faut que nos Sœurs d'Avignon patientent un peu ; cela ne durera pas, et puis l'on travaillera pour les aider. — Adieu, ma très-chère fille; que Jésus vous possède et toutes nos chères filles, surtout les malades !
Dieu soit béni!