A GRENOBLE
Désir d'avoir des nouvelles de la Sœur Claude-Agnès Daloz ; elle doit supporter et aimer la croix de la maladie. — Retour de la Sainte à Annecy.
[Rumilly, 1625.]
Ma très-chère fille,
Croyez que je n'ai pas moins de désir de vous voir et notre ■très-chère fille Claude-Agnès, que vous en sauriez avoir; mais, à ce que j'apprends, elle est malade de sa défluxion ; cela me tient en peine. Toutefois, j'espère que notre bon Dieu la guérira bientôt, car II sait que nous avons grand besoin de nos bonnes filles. Je vous prie que j'en sache des nouvelles au plus tôt ; quand elle se portera bien, je serai bien aise que notre très-chère Sœur la Supérieure vous renvoie. Je n'ai loisir de lui écrire maintenant, n'ayant aussi sujet de le faire; mais je vous prie de la saluer très-chèrement de ma part et comme l'une des plus aimées et très-chères filles de mon cœur.
1 Sœur Claude-Catherine Joly de Vallon, dont la famille fut arrachée à l'hérésie par saint François de Sales, se distingua au premier monastère d'Annecy par sa régularité et sa ferveur. Envoyée à la fondation de Marseille, puis au monastère de Grenoble, Supérieure à Thonon et à Fribourg, partout elle expérimenta, pendant ses soixante-dix ans de vie religieuse, que « le joug de Jésus-Christ, pour celui qui le porte avec amour, est un
ornement et non pas un fardeau » .
Je salue aussi toutes nos très-chères Sœurs, à part ma chère Sœur Claude-Agnès, que je supplie d'être toute brave à supporter sa petite croix, et de la bien aimer pour l'amour de Celui qui en a porté une si pesante pour son amour. Je m'assure qu'elle sera toute douce et soumise aux remèdes. Que j'en sache au plus tôt des nouvelles, je vous en prie. Saluez aussi de ma part M. d'Aoste, que j'honore avec tout le respect et la dilection qui m'est possible, et le bon M. Antoine, sans jamais oublier madame notre très-chère et vraie amie de Granieu.
Je retournerai samedi à Nessy, où quasi toutes nos Sœurs sont malades, de sorte que je me hâte tant que je puis. Grâce à Dieu, ces afflictions me donnent bon courage et espérance de profit spirituel et de nouvelles bénédictions. Croissez tous les jours, ma chère fille, en la vraie piété par la sainte observance en esprit de douceur, humilité et simplicité. Je suis toute vôtre en Noire-Seigneur. Qu'il soit béni et nous bénisse!
Si cette demoiselle persévère, on la recevra.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Montpellier.
LETTRE DCLVII