A LA MÈRE MARIE-CONSTANCE DE BRESSAND
SUPÉRIEURE A MOULIXS
11 faut retrancher insensiblement les abus. — La Sainte lui permet deux communions extraordinaires chaque semaine. — Gagner par indulgence la Sœur de Morville. — Quelles permissions avoir pour l'entrée du médecin, des ouvriers et des provisions.
vive f jésus!
[Annecy, 1625.]
Ma très-aimée et très-chère fille,
Il me semble que la lettre que je vous écrivis de Chambéry répond à une partie de la vôtre dernière ; je ne répéterai donc pas ce que je vous ai déjà dit ; outre que j'ai peu de loisir, ce serait superflu.
Je loue Dieu, mais de tout mon cœur, de la bonne espérance qu'il lui plaît vous donner, de voir cette pauvre maison et ces chères âmes prendre nouveau courage pour cheminer à Dieu, par l'exacte observance de notre saint Institut.
Ayez un grand courage et de longue haleine, et vous verrez la gloire de Dieu s'avancer comme une belle aube dans votre maison; c'est mon grand désir. Tenez les esprits fort au large en joie et générosité, et fort assurés de votre bienveillance, et encore que tout n'aille pas avec telle perfection que vous pourriez désirer à ce commencement, pour Dieu, ma très-chère fille, gardez-vous d'en témoigner du dégoût, ni de l'ennui; car tout à fait cela leur abattrait le courage, où au contraire il leur croîtra, voyant que vous êtes contente d'elles.
Ne retranchez pas encore les caresses, mais dans peu de mois lâchez de le faire petit à petit , quoique non pas toutes, car j'entends qu'il ne faut retrancher que les superflues. — Prenez les soulagements selon que vous sentirez en avoir besoin, et ne rebutez pas celles qui vous pressent pour cela.
Puisque vous sentez tant de besoin de la sainte communion, et qu'elle vous fortifie à supporter la pesanteur de votre charge, jusqu'à ce que Notre-Seigneur vous donne d'autres secours intérieurs, et que vos travaux soient amoindris, prenez-la deux fois la semaine de plus, avec cette affection de vous remettre au train de la communauté, quand il plaira à Dieu, et de la préférer toujours à tout ce qui ne sera pas d'obéissance particulière.
Vous avez bien fait de mettre la table de la communauté selon nos coutumes ; certes, tout en va mieux quand l'on suit ce train-là. Il n'est pas croyable combien est utile le soin que les Supérieures témoignent avoir de la santé et soulagement des Sœurs. Ayez un grand support, et persévérez à gagner les cœurs, car c'est l'unique moyen de leur profiter. Vous gouvernez notre Sœur Marie-Aimée [de Morville] tout à fait selon mon gré, et comme il faut. Vous verrez cette âme-là bientôt s'avancer moyennant la divine grâce, et que d'elle-même elle se portera aux retranchements nécessaires; mais [il faut] que vous continuiez à lui donner du contentement dedans la maison et de l'occupation 5 surtout aidez-la à l'oraison, car c'est le grand ressort, et la laissez conseillère. Oui, vous la pouvez prendre pour coadjutrice, et lui témoigner en toutes occasions grande confiance. Certes, vous devez doucement lui faire affectionner la retraite des conversations séculières, et petit à petit les lui retrancher, quoiqu'il serait mieux que cela vînt d'elle ; le Saint- Esprit vous suggérera ce qui sera mieux. — Il ne sera que fort bon de mettre directrice notre Sœur A. -Thérèse, sousle prétexte des continuelles maladies de l'autre. Je vous ai déjà écrit pour l'assistante. J'ai répondu aussi, il me semble, que vous devez
faire trouver bon le retardement de cette bonne fille au Révérend Père recteur, quand ce ne serait que pour conserver le respect qui est dû aux résolutions qui se prennent judicieusement dans le monastère. Je vous ai déjà écrit qu'il faut gouverner vos filles, car nul ne les peut si bien connaître que vous, et conservez toutefois, comme vous savez que nous faisons et devons, le respect et la confiance envers ces bons Pères. — Pourvu que l'incommodité decette fille d'Auvergnene soit point dangereuse, ou trop affreuse, je n'en ferais point de difficulté, et le Révérend Père recteur vous conseille bien en cela.
Non, je vous assure, ma très-chère fille, je ne trouve pas bon que les Sœurs aient tant d'écrits à la fois en leur particulier. Nous permettons le Directoire à celles qui le désirent ; pour les Entretiens, on les prend dans la chambre des assemblées, mais il les y faut rapporter le jour même. Il faut retrancher cette démangeaison de savoir aux filles, car il faut peu parler, peu penser, peu désirer, et beaucoup faire pour acquérir la vraie perfection. — Il n'est point requis que les licences soient signées ; il faut suivre le Coulumier, s'entend il faut avoir une licence générale pour les entrées des provisions, des Sœurs tourières et occasions pressantes et imprévues; et pour les autres entrées, la demander : par exemple, si une Sœur tombe malade, il la faut pour la première entrée du médecin, et c'est pour toute la maladie. De même pour les ouvriers, lesquels travaillent dans la maison, par l'ordonnance de la Supérieure, il n'est pas requis d'aller toujours demander si on leur ouvrira. Non, de par Dieu, ma très-chère fille, il ne faut point s'assujettir à demander l'avis du Révérend Père en ces petites occasions ; gouvernez selon votre Règle et Institut, et comme vous avez vu faire en esprit de sainte liberté, et prenez aussi conseil en choses importantes.
Je connais bien la pauvre Sœur travaillée; certes, elle est digne de grande compassion ; elle a le courage petit, si j'ai mé-
moire, et cela lui nuit fort. Donnez-lui un Directoire où soient aussi écrits le Pater, Ave et Credo, et lui ordonnez de le lire tous les jours, et de lâcher de faire ses exercices. Il la faut grandement conforter, occuper et tenir en assurance d'être aimée de Dieu. Faites-lui faire force oraisons jaculatoires, quoique sans goût et avec violence, et que l'on prie fort pour elle. Dieu la soulagera au jour que sa Providence a marqué pour sa consolation ; donnez-lui tout le courage que vous pourrez. La Sœur N*** me déplaît bien plus dans son opiniâtreté ; je n'y ai rien su gagner.
Certes , ma très-chère fille , j'appréhende fort la conversation de madame de Chazeron avec notre Sœur M. -Aimée ; je prie notre Sœur la Supérieure de Riom de détourner ce coup, s'il se peut ; et vous devez tâcher de faire connaître à notre Sœur M. A. le préjudice qui lui arrivera de cela. Surtout, au moins, qu'elle [madame de Chazeron] ne couche point dans le monastère. Oh ! ma très-chère fille, Dieu vous donnera lumière pour tout. Demeurez bien dans le sein de sa Providence, et toute nue et dénuée de tout ce qui n'est point Dieu. Conservez précieusement la tendresse de cœur envers vos filles, c'est un nouveau don de Dieu. Conservez aussi l'assurance de cette vérité, que mon âme chérit la vôtre très-parfaitement, et que Dieu vous a placée bien intimement dans mon cœur qui est tout vôtre. Je n'ai loisir d'écrire davantage, mais assurez-vous que je ne me lasserai point de vous servir. Ne faites pas encore savoir à nos Sœurs de Grenoble et de Rumilly ce que vous vîtes à Moulins.
Adieu, ma vraie très-chère fille. Jésus soit notre tout, et soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Voiron.
LETTRE DCLXV
A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE MORVILLE
A MOULINS
Il est impossible de goûter à la fois les joies du monde et les consolations célestes.
vive f Jésus!
[Annecy, 1625.]
Je ne puis m'empêcher, ma chère fille, de vous témoigner la grande consolation que je ressens des nouvelles que notre chère Sœur de Bressand, votre bonne Mère, m'écrit de votre cœur, qui, en vérité, est fait pour Dieu et non pour le monde. Persévérez fidèlement en votre sainte entreprise; ne perdez point l'occasion que sa Providence vous met en main. Si vous me croyez, vous vous retirerez de celles qui vous en peuvent détourner, comme sont les conversations fréquentes avec les séculiers : c'est chose impossible de jouir des contentements du inonde et des solides consolations du ciel. Oh! ma fille, je vous conjure, au nom de Dieu, d'avancer votre âme à la recherche des souveraines délices, et de quitter tout pour cela, ou, pourmieux dire, quitter le vrai néant pour posséder Celui qui seul est l'Etre souverain. Gardez-vous bien de retourner en arrière, je vous en conjure, et prie Dieu de vous tenir en sa sainte main, et vous maintenir dans la ferveur où vous paraissez être.
Conforme à une copie gardée à la Visitation de Ncvers.
LETTRE DCLXVI
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A DIJOX
La tiédeur est la peste des commuuautés; comment la combattre.
t Annecy, 1625 ]
Mon Dieu! oh! que de consolation je reçois de vous voir si zélée au bien et avancement spirituel de votre chère maison ! Ne vous fâchez point de voir vos filles un peu lâches, quoique ce soit un des plus dangereux maux qui puissent arriver à une âme qui vit en Religion; je dis toujours que c'est la peste des monastères. Si vous me croyez pourtant, vous ne leur témoignerez guère que ce mal vous déplaît en elles; mais je pense qu'il profitera plus de leur témoigner du contentement en les encourageant, et les pousser avec amour et témoignage de la bonne espérance que vous avez de leur avancement; car, si elles vous voient ennuyée de leur petit et lâche train, et que vous leur en parliez souvent, sans doute elles tomberont en découragement et en des ennuis qui les rendraient encore plus lâches. Enfin, comme vous dites, ma très-chère fille, si Dieu n'excite lui-même, votre travail ne servira de guère, et il faut que, faisant doucement ce que nous pouvons, nous ayons patience, et tenions les esprits le plus gais et contents que nous pourrons. J'espère que les filles du Comté apporteront de la ferveur aux autres.
Conforme à une copie gardée aux Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE DCLXVII (Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MOXASTÈRE DE PARIS
Ne point chercher d'autres moyens d'union que ceux établis par saint François de
Sales.
VIVE •{- JÉSUS
Annecy, 25 octobre 1625.
Voilà donc votre fondation de Chartres arrêtée ". Je crois, certes, que vous ferez très-bien d'y envoyer notre Sœur F. -Marguerite [Patin]; les autres se feront. Cependant, si vous jugez que ces bonnes Sœurs qui désirent d'y aller y puissent profiter à elles-mêmes, et ne pas nuire aux autres, il sera bon d'y envoyer l'une seulement , et en cela je ne puis dire autre chose. Je crois que si vous parlez à cœur ouvert de la petite Sœur H. M. au Révérend Père Binet , qu'il n'en sera que mieux, et croyez que ce serait le profit de cette fille-là; je l'estime très-humblement.
Ma Sœur la Supérieure de Dijon m'écrit que ce bon Père est résolu de recommencer de me poursuivre pour ces moyens d'union; certes, je voudrais bien qu'il ne m'en parlât plus; car enfin c'est peine perdue. Dieu nous fasse la grâce de bien conserver celui que notre Bienheureux Père nous a recommandé; pour moi, je le trouve unique et seul suffisant pour conserver l'union entre nous et avec Dieu. Je supplie sa douce Bonté que nous ne pensions plus qu'à faire ce qu'il nous a laissé et conservé, surtout notre esprit de simplicité, de douceur et d'amour à la bassesse, à l'abjection et petitesse. Quand l'on voudra imprimer le Coulumier, j'éclaircirai ce qui est obscur, selon notre mémoire.
1 Cette fondation n'eut lieu qu'après la mort de sainte de Chantai.
Noire pauvre Sœur M. M. a raison; et il est vrai, ma très-chère fille, si elle ne profite avec vous, elle ne fera pas avec une autre; qu'elle demeure en paix.
Si je croyais encore Mgr de Langres à Paris, je lui écrirais. Mon Dieu ! que j'honore ce digne prélat ! La dernière lettre dont il m'a honorée m'entra bien avant dans le cœur; à l'aventure, s'il est là, je lui fais humble révérence, avec sincère dilection et respect d'une vraie fille envers un très-bon et très-honoré père. J'ai ardent désir de le voir, et aussi Mgr de Châlon; s'il est là, je le salue aussi très-humblement. Nous sommes ici en attente de notre bon Mgr de Bourges, que Dieu, par sa bonté, veuille ramener heureusement. Après nos renouvellements, vous aurez plus amplement de nos nouvelles; maintenant je suis fort pressée. Bonjour, ma fille, ma très-chèrement et très-aimée fille; [soyons] unies toujours dans le saint abaissement et anéantissement de nous-mêmes. Je salue nos chers amis et amies que je voudrais tous nommer, mais il ne se peut, au moins M. Vincent, madame de Villeneuve, nos chères Sœurs et notre petite Sœur H. avec toutes les autres.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
LETTRE DCLXVIII
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPERIEURE A LYON
Elle doit retrancher toute curiosité et désir de voir sa communauté exceller pardessus les autres. — Conseils pour l'âme attirée à la simplicité. — Corriger les esprits indociles. — Il est bon de recevoir des postulantes dans la prévision de nouvelles fondations.
vive f jésus!
[Annecy], 23 octobre 1625.
Vous aurez, je m'en assure, ma très-chère fille, reçu maintenant plusieurs de nos lettres, même par un homme que nous
croyions qui allait exprès ; mais je pense qu'il nous a un peu déçues; au fort, il n'avait pas six florins de notre argent.
Le désir d'être tout à Dieu comprend toutes sortes de biens, s'il est entier et véritable, comme je sais qu'est le vôtre, ma très-chère fille, et par ainsi vous n'êtes pas si destituée que vous le dites. Vous n'êtes nullement aussi privée des lumières nécessaires; car vous avez fort bien vu vos imperfections, et les marquez excellemment. Mais ne voulez-vous pas bien que je vous dise ce qui m'est venu en vue sur ce sujet? c'est qu'il me semble que, sous l'ardeur que vous avez au bien, vous vous rendez trop curieuse de savoir beaucoup de choses de ce qui se passe aux maisons, aux Sœurs; vous vous enquérez trop jusqu'à être pressante; ce sont les propres termes d'une personne que vous avez examinée sur ce sujet. Oh! ma très-chère fille, il y a longtemps que j'avais remarqué cela, et crois vous l'avoir dit souvent, mais non pas sérieusement pour vous en faire corriger : voilà ce que j'ajoute à votre examen que je trouve quasi semblable au mien, hors que j'ai plus grand nombre de manquements.
Or sus, ma très-chère fille, il nous faut avoir un grand courage pournous amender, et contenter Notre-Seigneur; car c'est la vérité que la grâce en tout opère suavement, quoique efficacement. C'est elle qui vous anime et donne les premiers mouvements, mais sans doute votre nature s'y mêle, laquelle est ardente, pressante et assez âpre; c'est un bon exercice que de diviniser tout cela. — Ne remarquez-vous point encore en vous un certain petit appétit que votre famille excelle par-dessus les autres? examinez, et s'il est vrai, mortifiez-le, car il est de la nature : voilà, ma très-chère fille, ce qui m'est venu en vue, et que vous devez faire votre gouvernement avec un surcroit de douceur et suavité nonpareille. Je ne sais, ma très-chère fille, comment accorder ce que vous me dites, que vous êtes sans goût, sans lumière ni
sentiment, avec cette douceur et facile abord que vous avez avec Notre-Seigneur, accompagné d'une confiance tout enfantine, et avec cela tant de purs désirs pour Dieu, et ressentiments de ses bénéfices et de votre vocation, accompagnés d'un amour et estime si grands; car il est impossible, ma fille, d'avoir cela sans lumière très-grande et sans un goût qui n'a point de goût, mais qui surpasse en sa suavité, efficacité, et en ses effets, toutes sortes de goûts sensibles ; et c'est un don précieux, et une grâce que la divine Bonté a répandue en la partie intellectuelle ou suprême de votre àme; jouissez-en avec humilité, sans l'examiner. Dites-moi, ma fille, n'avez-vous point ces mêmes grâces au temps de l'oraison, je veux dire cet accès facile et doux auprès de Noire-Seigneur, et cette confiance enfantine? et les paroles que vous me marquez dans votre lettre, les dites-vous attirée de Dieu, ou si vous les excitez et prononcez sans goût et comme par force? ce que je ne voudrais pas; car cela ne se ferait que pour se donner quelque satisfaction à soi-même. Que si vous les dites, au moins que ce soit fort suavement et doucement, comme les distillant dans le Coeur de Noire-Seigneur, ainsi que le disait notre Bienheureux Père.
Ce m'est une consolation de parler avec vous, je le fais longuement comme si rien ne me pressait; encore que je sois en ma solitude, je n'y manque pas d'affaires. Dieu convertisse tout à sa gloire ! Vos filles qui m'écrivent sont bonnes, etlaSœur A F» [Bourgeat] est une àme rare ; il lui faut donner une grande générosité. Si elle a bon jugement et discrétion, elle fera un jour une excellente Supérieure. Je leur réponds courtement , car enfin, ma fille, je n'ai pas le loisir de bien rendre mon devoir à nos pauvres Sœurs de céans, ni à ma propre âme. Croyez que j'attends de bon cœur le secours de notre Sœur Péronne- Marie [de Chàlel].
J'admire la suffisante réponse de cette bonne Sœur et son audace en la désobéissance. Bon Dieu ! ma fiiie, que je suis
aise de ce que vous fûtes si retenue et si avisée en cette actionlà! J'en bénis Dieu et approuve infiniment votre conduite en tout cela. Oui, bon Dieu ! cette pauvre chère Sœur veut-elle ainsi persévérer et nourrir son orgueil? véritablement, elle est digne de grande compassion. Je veux espérer de la bonté de Notre-Seigneur qu'elle aura reconnu sa faute et demandé pardon; si elle ne l'a pas fait, parce que c'est une désobéissance formelle, vous êtes obligée à lui donner pénitence. De l'envoyer à Saint-Etienne, vraiment, ma fille, ce n'est pas nullement mon sentiment, pour la raison qu'elle avance, que notre Bienheureux Père a dit qu'elle ressemblait à la Supérieure de là; il ne faut pas assembler de tels esprits. Quand vous enverrez prendre la petite Sœur M. -Françoise, envoyez quelque fille solide , s'il est requis. — J'e suis fort aise que notre chère Sœur [Marie-Elisabeth] Guérard prenne à cœur l'exercice des vraies vertus. Si elle parvient à la sainte humilité, elle sera une brave fille.
Vu le grand nombre de fondations que je prévois qu'il nous faudra faire, je trouve fort bon que votre famille grossisse, surtout pendant votre régence, et cela fait grand bien qu'elles aient du loisir pour se bien former avant que de les mettre dehors du monastère. A qui tient que la fondation de Belleville ne se fait pas? — Nous envoyâmes tout plein de bonnes filles à Rumilly, et avons toujours prou de prétendantes; nos Sœurs sont grandement bonnes, suaves et gracieuses, et certes toutes désireuses du vrai bien. — Je ne sais si vous avez reçu celle que je vous écrivis parlant de Chambéry, où je vous priais de ne pas mettre dans les Epîtres ce point qui regarde les Révérends Pères Jésuites, car enfin il a trouvé bon qu'il fût aux Entretiens. J'ai bien répondu à toutes vos lettres. Noire Sœur retournée de Dijon sera une sage et utile fille, si elle entreprend tout de bon sa perfection. J'écris trop; voyez quelle solitude! Priez pour celle que Dieu a rendue votre très-unique. Qu'il soit béni!
[P. S.] Je suis en peine de notre très-cher Mgr de Bourges. Faites plier et cacheter dans du papier en forme de paquet la lettre que j'écris à madame de Nemours. N'avez-vous pas reçu un billet avec notre dernier paquet, qui vous parlait de couvertes et de futaine ? Envoyez les lettres de Paris par la poste. Ma très-chère fille, sans la commodité de notre solitude, je n'eusse tant su écrire, car il faut rendre mon devoir à nos Sœurs d'ici.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.