‹ Lettres (volume 3)Chapitre 325 sur 351 · SUPÉRIEURE A SAINT-ETIENNE · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE A SAINT-ETIENNE

Prière de modérer son zèle trop austère et de gouverner selon l'esprit de l'Institut.

vive -f- JÉSUS !

Annecy, 1625.

Ma très-chère fille,

Au nom de ce divin Sauveur, nous vous supplions et conjurons de faire votre gouvernement selon l'esprit du Sauveur et de notre vocation, qui est humble, doux, supportant, bienfaisant à tous; et pour faire cela, ma très-chère fille, il ne faut pas agir selon la force de votre esprit naturel, ni selon vos inclinations qui sont portées à l'austérité. Nous désirons donc de vous, ma très-chère fille, et sans plus de remise s'il vous plaît, que vous abondiez en douceur d'esprit, de paroles et d'actions, et que vous traitiez votre corps et ceux de vos Sœurs mieux que vous n'avez accoutumé. Quand vous aurez mis du pain à la maison, et qu'elles n'auront point de dents pour le mâcher ni d'estomac pour le digérer, de quoi leur seruira-t-il? Enfin, ma fille, sans plus de remise, je vous conjure derechef que nous n'entendions plus ces discours que l'on fait de votre rudesse et v. 33

sévérité envers vos Sœurs et envers vous-même, qui certes vous gâteraient et l'esprit et le corps, si tout absolument vous ne faites avec une humble soumission ce que nous vous disons et prions au nom de Dieu, et de notre Bienheureux Père qui a tant craint telle rigueur en son Institut qu'il a fait pour les infirmes, et où il a désiré et recommandé partout que l'esprit d'humilité et douceur y règne.

Ma fille, l'amour tout cordial que je vous porte me fait parler à vous de cette sorte, me confiant que vous ne mépriserez point nos prières et humbles remontrances, qui vous sont faites devant Dieu et de sa part. Je le supplie qu'il vous fasse à toutes accomplir ce que je vous dis, étant de cœur toute vôtre, et saluant toutes nos Sœurs je me recommande à leurs prières, mais je les en prie!

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Voirou.

LETTRE DCLXXIII (Inédile)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A DIJON

Rappel de la Mère P. M. de Cliàtel à Annecy. — Avantages des souffrances. — Le support des faiblesses d'autrui est la vertu des Saints. — Eloge de la Sœur F. A. Brung. — Nouvelles de l'archevêque de Bourges.

VUE -j- JÉSUS.'

[Annecy], 27 octobre [1625].

11 est vrai, ma pauvre très-chère fille, au moins il me le semble, que je suis surchargée ; aussi avons-nous résolu de tirer ma Sœur Péronne-Marie ' pour nous aider à porter le faix, puisqu'elle se trouve justement dégagée; car, pour vous dire, ma

! La Mère Péronne-Marie de Châtel, qui depuis son départ de Grenoble avait été occupée aux fondations d'Aix en Provence et d'Embrun.

vraie fille, je n'ai pas le loisir de rendre mon devoir à nos pauvres Sœurs de céans, qui sont si bonnes filles, tant je suis tirée d'ailleurs ; mais je m'y veux employer sérieusement, Dieu aidant, afin qu'elles fassent bienleurs revues. Elles s'y prennent de bon biais, et j'espère de les voir fort s'avancer, moyennant la grâce divine. Oh Dieu! que je le désire, ma très-chère fille! C'est en ma solitude où je vous écris, et n'y ai quasi cessé d'écrire, afin qu'après je sois libre pour nos Sœurs.

Oh I ma fille, de quel malheur n'est point capable une âme qui se tient à couvert ! mais, Dieu soit loué ! que l'apostème soit crevé et purgé. Ce bon Père dit vrai, ma fille, il ne faut regarder qu'à ce qu'elle fera dorénavant. Dieu, par sa douce bonté, la fortifie au bien* et vous, ma vraie très-chère fille, à persévérer à tenir votre âme très-chère et très-aimable en cette nudité de tout ce qui n'est point Dieu. Oh ! que cet état est désirable et précieux devant Dieu, et que les occasions de souffrances, quelles qu'elles soient, nous doivent être chères! C'a toujours été votre voie, ma très-chère fille, et en cela on voit la marque assurée de la spéciale [protection] de la Providence sur vous. Tenons-nous toujours sans aucune réserve abandonnées à son soin, et à cet amour éternel qu'il a pour nous. Ma très-chère fille, que mon âme chérit très-uniquement et incomparablement , croissez, croissez chaque jour en vraie humilité, douceur, patience et support de la faiblesse de ces pauvres petites âmes toutes tendres ; ce support infini, ma trèschère fille, est la vraie vertu des Saints. Et plût à Dieu que notre Sœur N. fût au nombre de ces petites ; mais elle l'est seulement en esprit. Certes, ma très-chère fille, je ne sais que vous dire d'elle; car, si l'on condescend à lui laisser la sacristie, elle s'enflera, pensant qu'on le fait par crainte d'elle. Autrefois, elle aimait la lingerie; car, d'être assistante, il ne le faut nullement. Que faire donc? certes, ma fille, ce que Dieu vous inspirera, avec le sentiment de vos coadjutrices.

Oh ! que vous avez de sujet de louer Dieu d'avoir de si bonnes filles ! Récréez bien votre esprit et le délassez avec elles de ces travaux que ces esprits mal faits vous donnent. Notre Sœur N. est un exemplaire de vertu , mais sans talent de gouvernement. Mais pourquoi donc, me direz-vous, la mettez-vous en charge? Parce qu'il faut que je fasse ainsi. Non-seulement je trouve bon que vous mettiez ma Sœur F.-Augustine [Brung] directrice ' , mais je le juge utile et nécessaire , et ne doute nullement que Dieu ne bénisse son travail, et qu'elle ne fasse très-bien, surtout y étant conduite de vous. C'est une âme, laquelle, en la première connaissance que Dieu m'en donna, sa Bonté la mit au milieu de mon cœur, et je ne saurais me la représenter sans tendresse, car j'aimais fort sa présence. C'est un intérieur des plus aimables et désirables que j'aie connus ; je prie Dieu de lui accroître ses grâces, je crois qu'elle y a beaucoup de dispositions.

Je salue très-chèrement ma très-chère Sœur de Vigny, M. et madame de Villars, le cher cousin, et toutes nos très-aimées et chères Sœurs. Nous avons eu lettre de Mgr de Bourges dès Rome, où il a fait merveille de parler au Pape pour nous. Il y était arrivé en pleine santé, et m'écrivait qu'il avait obtenu du Saint-Père de retourner dans ses galères qui venaient prendre Mgr le légat, et qu'il [me] trouverait à Lyon où je serais, afin que s'il se pouvait, il me vit. Il croyait y être dès le 15 ou le 16; mais je n'en ai rien appris encore, cela me tient en peine ; je prie Dieu qu'il le tienne de sa sainte main. Il ne désire

1 Sœur Françoise-Augustine Brung, professe d'Annecy en 1621, fut employée d'abord à la fondation de Dijon, puis elle établit elle-même le monastère de Saint-Amour, que les guerres du Comté obligèrent de transférer à Bourg et ensuite à Montluel. « Cette fille (disait saint François de Sales) est tout à fait à mon gré, et, si je ne me trompe, entièrement irrépréhensible en l'intérieur comme en l'extérieur. » (Année Saint*, Ier volume.)

nullement de retourner à la cour; mais je le crains, quoique je le voie toujours plein des sentiments de Dieu. Prions fort pour lui.

Je vous dis en la présence de cette divine Bonté, qu'il me semble que vous ne fûtes jamais plus ni avec tant de sentiment la vraie très-unique fille de mon cœur, qui a, autant qu'il lui est permis, le désir de passer le reste de ses jours avec vous, afin de se fondre et anéantir tout avec le vôtre en son Dieu. Qu'il soit béni! — Dédire ce que je sens pour votre trèsbon Père Mgr de Langres, et ce que je lui suis en Dieu, c'est chose impossible. Jésus, notre Sauveur très-doux, comble son âme de son très-pur amour! Je lui fais très-humble révérence.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

LETTRE DCLXXIV {Inédite)

A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON

A ÉVIAN

Préparatifs pour le logement de deux Pères Jésuites. — Affaires.

vive -j- jésus!

[Annecy, octobre 1625.]

Mon très-cher frère,

Je vous supplie de louer une chambre pour les deux Révérends Pères qui doivent aller à Evian '. Ils y seront pour le plus tard le 12 de novembre ; s'il vous plaît de leur préparer deux châlits à leur façon , deux matelas , deux couvertes et quatre linceuls. Mgr enverra par la première commodité ce qu'il faudra pour payer fout cela. — Je voudrais bien savoir, mon cher frère, si vous avez reçu une lettre que je vous ai écrite, par laquelle je vous mandais le désir que ma Sœur la

1 Pour y fonder une maison de leur Compagnie.

518 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

Supérieure de Chambéry a d'être aidée de vous en leurs affaires. M. Maurice a bien envie que vous veniez demeurer avec lui en la petite maison de Saint-Clair.

M. le chevalier Balbian nous a envoyé les parties du tabernacle de nos Sœurs de Lyon ; il compte quatre ducatons pour l'emballage de votre tabernacle, et huit pour le port du nôtre. 1] me semble que vous les payâtes l'année passée. Je vous prie de vous en ressouvenir et nous faire savoir si vous les lui envoyâtes; et, si cela est, si nous lui devons mander que cela est payé. Tenez main aussi, je vous en prie, à notre affaire de M. de Vallon et aux autres, s'il vous plaît. M. d'Hôtel m'a promis de faire jeter sur tout le pays les extraordinaires tailles du bien de M. Dufour, pourvu qu'on lui envoie bien au long le mémoire de ce que ce bien doit de tailles ordinaires, les paroisses, les biens et pièces sur quoi elles sont.

Vous savez que nous voici de retour de Chambéry, où nous avons été fort désirées, et de Rumilly, où nos Sœurs sont fort bien. Toutes vous saluent; mais moi par-dessus toutes, qui suis de tout mon cœur toute vôtre et servante plus humble en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni ! .

Monseigneur m'a dit qu'il vous écrirait pour vous prier de faire tenir prêt de quoi loger et coucher nos deux bons Pères de la mission d'Evian. Vous les aurez ce mois prochain, environ le 12. — Je désire bien que M. de Vallon nous paye. L'on nous veut bailler encore son autre sœur, qui est brave fille.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCLXXV

A LA MÈRE MARIE-ADRIEXXE FIGHET

SUPÉRIFLUR A HUMILIA'

Consolations et encouragements dans ses peines intérieures.

vivk 7 jésus!

[Annecy, 1625 ]

Plut à Dieu, ma très-chère fille, que j'eusse autant de moyen de vous consoler, comme j'y ai de l'affection ! mais notre bon Dieu le saura bien faire, et fortifiera votre cœur parmi toutes ses tribulations. Pour Dieu, n'ouvrez point la porte à toutes ces suggestions; enfin, c'est le diable qui du moins veut tirer le trouble de votre cœur par toutes les tricheries qu'il vous suggère, et veut y amuser votre esprit. Ne répondez rien à tout cela, et demeurez ferme en la confiance de Celui qui très-assurément vous veut toute sienne, et [qui] ne manquerait de vous donner lumière si vous étiez en mauvais état; mais, grâce à sa Bonté, vous êtes à couvert de ce côté-là, et une âme qui sent qu'elle aimerait mieux mourir que d'offenser Dieu mortellement, à son escient, doit vivre en paix et consolation, car les fondements de son salut sont très-solides. Vous vous regardez trop, ma fille, vous faites trop de réflexions et trop de considérations sur vous; retranchez-moi tout cela, je vous prie, et vous occupez simplement à Dieu et à cultiver l'esprit de vos filles. Or sus, voilà mon avis, et que vous fassiez spéciale attention pour l'exercice de la douceur et support, sans vous aigrir, ni chagriner pour de petites choses qui ne servent de rien pour l'éternité.

Mon Dieu ! que j'aime votre petite troupe ; mais conduisezla dans la voie de l'observance avec une totale douceur, bonté et suavité. Remarquez bien ces mots, ma très-chère fille, car je vous en souhaite la pratique de tout mon cœur, et il vous

faut cela pour l'accomplissement et perfection de la volonté de Dieu en vous. Or il est vrai, vous avez bien tout dit, et la fin de votre lettre me contente du tout. Oui, ma fille, tenez ferme et soyez invariable en votre confiance, et en l'assurance de cette vérité que je suis votre Mère, incomparable en affection et fidélité. Il n'y a point de mal de dire avec humilité à Dieu qu'on veut que l'observance soit entière chez nous. Adieu, ma trèschère fille; je suis toute vôtre, et je chéris aussi cordialement toutes nos Sœurs.

Dieu soit béni!

[P. S.] De la main d'une secrétaire. — Ma très-chère Mère, voilà le livre du Père Dupont, de madame de la Fléchère, qu'on lui renvoie. Elle a celui de la Vie des Pères du désert. Notre digne Mère dit qu'on ne vous en peut point mander, car nous n'en avons qu'un céans ; mais elle vous en enverra d'autres à la première commodité. S'il vous plaît de lui faire savoir si vous en voudriez un de la Vie de sainte Catherine de Gênes, et un de sainte Catherine de Sienne. Elle dit aussi que madame de la Fléchère a la Vie du Père Borgia, que vous lui demandiez pour la lire, et que vous nous la renvoyiez, car nous n'avons que celle-là céans.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCLXXVI {Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINIE FAVRE

SUPÉRIEURE A I)IJo\

Heureux retour de l'archevêque de Bourges; ses progrès dans la vertu. vive -j- jésus!

[Annecy], 12 novembre [1625].

Notre-Seigneur vous donne toujours quelque exercice, ma très-chère fille; mais bénie soit sa douce Bonté de ce que vous

vous remettez. — Nous voici dans la consolation que l'heureux retour de notre très-cherMgr l'archevêque et son aimable présence nous donnent; je remets à lui et à sa chère compagnie de vous dire toutes nos nouvelles. Certes, j'ai grand sujet de bénir Dieu en la bonté de ce cher prélat ; son cœur s'affermit toujours davantage en sa sainte entreprise , et je crois , moyennant la divine miséricorde, que rien ne le saurait ébranler en ses résolutions véritables. La grâce est très-grande et très-abondante en cette chère âme. Je prie Dieu qu'il lui accroisse jusqu'au comble de la félicité très-heureuse.

Mgr de Genève est toujours plein de son ancienne affection pour vous; et quant à moi, ma vraie très-chère fille, vous êtes toujours et serez à jamais au milieu de mon cœur, croyez-le bien. — Je ne puis écrire à la chère Sœur de Vigny, laquelle j'aime de toute mon affection, et loue Dieu de la sainte consolation en laquelle je la vois vivre maintenant, et le cher cousin. J'aime bien ces deux âmes-là, ma très-chère fille, et les ressalue de toute mon affection, avec M. et madame de Villars, qui est aussi bien avant dans mon cœur, et n'y a moyen d'en dire plus sur cet empressement.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

LETTRE DCLXXVII

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUK

SUPÉRIEURE A BLOIS

Éloge de la Mère C. A. de la Roche. — L'esprit de saint François de Sales est un esprit de douce cordialité.

VIVE -{• JÉSUS.'

[Annecy], 4 décembre [1625]

Ma très-chère fille, Vous ne sauriez croire le contentement que j'ai reçu de votre

communication avec noire chère Sœur la Supérieure d'Orléans '. Je me doutais bien que vos chères âmes recevraient satisfaction et consolation indicibles de cette entrevue. Certes, il faut avouer, n'est-ce pas, ma très-chère, que cette pauvre grande fille-là est tout aimable, humble et bonne. Vous m'avez fait grand plaisir d'ordonner un peu sur son soulagement; je lui ai écrit qu'elle fasse ce que vous lui avez dit. Mon Dieu nous la veuille conserver ; c'est un des meilleurs piliers de notre Congrégation.

Je vois que vous n'avez pas encore reçu ma dernière lettre ; il me tardera, certes, ma toute chère fille, de savoir votre établissement [à Blois] 2 que j'espère que Dieu bénira, et suis très-particulièrement consolée de voir votre très-chère âme avec ce désir d'une parfaite cordialité. Oh! ma fille, sans cela , nous ne pouvons avoir l'esprit de notre saint Père, lequel était tout d'amour cordial. Avec cela, soyons très-humbles, trèssimples et très-fidèles à l'exacte observance , ma très-chère et cordiale fille; je vous puis nommer ainsi, car je sais que vous

1 En allant faire la fondation de Blois, la Mère Paule-Jéronyme s'était arrêtée à Orléans, près de la Mère C. A. Joly de la Roche, déjà atteinte de la maladie de poitrine qui devait la ravir à la vénération de son Ordre.

2 On lit dans YHistoire inédite de la fondation de Blois : « Le Révérend Père Louis Le Comte, très-digne Jésuite, étant à Nevers et voyant quelquefois notre très-chère Sœur Paule-Jéronyme de Monthoux, prit en trèsgrande affection notre Congrégation, « où il voyait, disait-il, un esprit de » vraie droiture et de très-solides vertus » . Ayant été appelé à Blois, il résolut de procurer l'établissement d'une maison de la Visitation. Après quelque petit séjour, madame la comtesse de Limours, sœur de M. le cardinal de Sourdis, le prit pour confesseur et directeur, et lui proposa le dessein qu'elle avait d'établir un de nos monastères à Blois, dont il fut parfaitement consolé. Ils en écrivirent à notre très-digne Mère de Chantai, qui accepta leur charité et bonne volonté, et trouva bon que notre très-chère Sœur la Supérieure de Nevers all;U faire cet établissement. Elle partit donc, emmenant avec elle les Sœurs Marie-Marthe Bachelier , Anne-Marie Pougnan, Jeanne-Agnès Provenchère, Marie-Françoise de Bestaille et Marie-Louise de Champ, » L'établissement eut lieu le 4 novembre 1625 .

êtes toute de cœur, et je sens pareillement une affection toute cordiale en moi pour votre chère personne que j'aime parfaitement. Je vous ferai écrire parmi les fêtes de Noël toutes nos nouvelles; car moi, ma très-chère fille, je ne le puis faire, étant si fort chargée d'affaires, que j'ai peine d'en chevir. Dieu réduise tout à sa gloire ! Je vous dirai seulement que j'ai une grande satisfaction de nos Sœurs de céans, car elles marchent un bon train, et ne se peut voir une famille plus unie, plus cordiale, sincère et affectionnée à l'observance et à leur avancement, car toutes travaillent allègrement et courageusement. Ne me voilà[-t-il] pas un grand sujet de bénir Dieu, ma toute très-chère fille ? Faites-le donc avec moi, qui suis très-unie avec vous en l'amour de Celui qui est notre unique et indissoluble lien. Il soit béni éternellement ! Amen.

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE DCLXXVIII

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LYON

Du saint abandon entre les mains de Dieu. — Charité pour le monastère de Riom. — Remercîments des aumônes faites à cette communauté.

VIVE -J- JÉSUS

Annecy, 4 décembre 1625.

Si vous relisez ma lettre [du 25 octobre], je crois que vous verrez que je n'ai pas voulu vous accuser ni de mensonge ni d'exagération; car je me souviens clairement qu'en répétant vos paroles, je voulais dire qu'il était impossible qu'avec telle grâce vos ténèbres, impuissances et défaut de sentiment fussent en votre partie supérieure, ains seulement en l'inférieure. Oh! vraiment, ma très-chère fille, je ne pense jamais telle chose de vous, ni rien d'approchant. Ohl laissons cela, car Dieu nous a

donné une trop claire connaissance de votre cœur. Si vous l'aviez telle du mien, vous n'en eussiez pas pensé cela. Certes, vous avez très-grand sujet de bénir Dieu, ma très-chère fille, et de vous tenir très-humblement abandonnée à sa bonté, puisqu'il vous a donné un état intérieur si assuré, si désirable, et tout à fait à mon gré. Persévérez ainsi, ne vivant que de l'amoureuse confiance en Dieu, et de l'accomplissement de sa sainte volonté, sans autre chose que la simple observance. Oh! que cet état est précieux; le grand Dieu vous le continue! Il le fera d'autant plus que vous n'y faites pas fondement, ains en Lui seul et en la pratique des solides vertus.

Non, vous n'avez pas mal fait de brûler les lettres que l'on m'écrit, ni de les voir. Enfin je ne puis finir avec vous, tant Notre-Seigneur m'a donné de snavité à vous entretenir. Qu'il soit béni! — Je salue toutes nos chères Sœurs; certes, je n'ai encore eu le loisir d'ouvrir leurs lettres; mais je leur répondrai avec un peu de temps.

Celte lettre écrite jusqu'ici fut envoyée au Père recteur de Chambéry, lequel s'apercevant à l'entrée de l'équivoque me l'a renvoyée fort sûrement. Sans mentir, j'en fus mortifiée quand je m'en aperçus. Or, je suis si extrêmement accablée d'affaires, que j'ai peine d'en chevir; mais pourtant, Dieu merci, je parle tous les mois à tout ce qui est dans le monastère.

Oh ! que la charité que vous avez faite à nos Sœurs de Riom me touche! Plût à Dieu que nous eussions le moyen de la leur faire! mais nos maisons d'ici autour nous en ôtent tellement le moyen maintenant, que nous voilà à penser d'emprunter à M. Michel, pour aider à faire nos provisions; mais j'espère que Dieu nous aidera. C'est pourquoi, encore que nous n'ayons aucun argent ici, ne laissez de prier le sieur Guichard de vous faire donner cent écus pour leur envoyer, espérant, sans apparence toutefois, que d'ici au retour de ce voiturier, Dieu nous enverra de quoi le rembourser. Je vous dis encore qu'il est

vrai qu'une famille ordinaire serait une suffisante charge pour une Supérieure de Lyon ; mais, à ce commencement, il est difficile de tenir règle à cause des fondations. Je suis vôtre.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCLXXIX

Page 1