‹ Lettres (volume 3)Chapitre 326 sur 351 · A LA MÈKE MARIE-ADRIENNE FICHET · texte numérisé non relu

A LA MÈKE MARIE-ADRIENNE FICHET

SUPÉRIEURE A RUMILLV

Comment triompher d'une tentation de jalousie.

vive 4- jésus!

[Annecy] , 14 décembre 1625.

Ma très-chère fille,

Vous aurez eu la consolation de voir notre bon Père Bertrand !, que je trouve tous les jours meilleur. Je lui ai dit tout plein de choses pour vous dire, étant accablée d'affaires, ce qui m'empêche d'écrire à ma très-chère Sœur de la Fléchère que je salue de cœur. Vous la trouverez capable de vos petits avis, les lui faisant avec franchise cordiale.

Oh Dieu ! ma très-chère fille, quand sera-ce que l'esprit de mensonge ne vous soufflera plus les extravagances qu'il nous siffle autour de l'esprit, pour vous divertir de l'attention à Dieu, et de la confiance parfaite qu'avec tant de sujet vous devez avoir en moi, si je ne me trompe fort? Mais, ô Dieu ! quand sera-ce que vous n'ouvrirez plus la porte de votre cœur à tout cela? Voyez-vous, ma très-chère fille, je vous en conjure de tout mon cœur, car certes vous avez tort en cela, et de vousmême qui en êtes intéressée en votre repos, et de moi qui ne désire rien tant que de servir sincèrement, droitement et éga-

1 Vice-recteur du collège de Chambéry.

lement toutes nos Sœurs et nos maisons, et qui ai une spéciale inclination à vous chérir. Or sus, Dieu vous en délivrera, s'il lui plait; je l'en supplie de toute mon àme, et de vous combler de ses saintes grâces et toutes nos chères Sœurs que je chéris très-cordialement. Travaillez amoureusement et fidèlement

autour d'elles.

Dieu soit béni!

[Note de la Mère Fic/iet, écrite de sa main sur l'original même de cette lettre. ]

C'est que j'avais la tentation que notre Bienheureuse Mère n'aimait pas tant le monastère deRumilly que deux autres : nos Sœurs de Chambéry et Belley ; et je lui en disais les pensées que j'avais là-dessus, et voilà ce qu'elle me répond ci-dessus; et aussi de moi qui croyais qu'elle aimait mieux les deux Supérieures.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCLXXX

A LA MÈRE MARIE-AIMÉË DE 1SLONAY

SUPÉRIEURE » LÏO.V

Entrée de madame de Clievrières. — Projet de fondation à Arles. — Dans les affections même les plus légitimes, retrancher tout ce qui serait trop naturel. — Décision donnée pour l'élection d'une nouvelle Supérieure à Annecy. — Quand on dit l'Office des morts. — Veiller les Sœurs défuntes. — Office des fêtes solennelles.

vive -]- jésus!

[Annecy], 19 décembre 1625.

Ma très -chère fille, Je vous assure que je vous écris tant que je puisj car j'y prends bien plaisir. Oh Dieu ! que ces âmes véritablement humbles sont de grands trésors dans nos maisons ! Je prie son infinie Bonté d'en accroître le nombre. Certes , ma très-chère fille, ce m'est une grande consolation de savoir dans notre

Institut tant d'âmes véritablement bonnes et vertueuses. J'écrivis hier à une qui est des plus rares que je connaisse.

Madame de Chevrières est si vertueusement bonne qu'il ne faut attendre que du profit spirituel de toutes parts de son entrée chez vous. Je voudrais qu'elle donnât en fonds plutôt qu'une pension, et je crois que deux mille écus suffiraient; toutefois, il se faut accommoder doucement avec elle, pourvu que les Supérieurs approuvent et soient contents. — Me voilà soulagée de vous savoir affranchie de mademoiselle Cotin, qui est vraiment une bonne femme, mais non propre pour nous. — Votre réponse pour Arles est très-bonne ; le mieux est que les filles de là viennent faire leur probation à Lyon, pour des raisons infaillibles et utiles au spirituel et temporel; un couvent sera bien là.

lime tarde que les Epîtres soient venues; retenez-en trois ou quatre livres , dont il y en ait deux bien reliés ; à loisir, je vous dirai où il faut les envoyer. — Oh! ma fille, aux occasions j'ai toujours vu que l'amour que vous me portez est ardent et pressant ; je veux que le solide demeure ; mais alentissez, voire, tranchez ce qui est de la nature.

Je n'ai eu du loisir d'envoyer mes réponses des paquets derniers, mais oui de vous dire, croyant que vous serez bien aise de savoir les réponses plus au long de nos deux évêques ' sur votre billet. Premièrement, il fut dit par Mgr de Genève que la confiance et croyance que nos monastères ont en moi, ne procédaient pas de la charge que j'avais d'être Supérieure céans. Par ainsi, qu'il fallait suivre la Règle et en faire une autre 2.

Je répondis au second point en l'anéantissant; car, ma fille,

1 L'évèque de Genève et l'archevêque de Bourges. Ce dernier, en revenant d'Italie, avait passé à Annecy.

2 C'est-à-dire qu'à la fin de son second triennal sainte de Chantai devrait déposer sa charge el faire élire une autre Supérieure.

qu'écrirais-je, que des misères? — Ils dirent au troisième que , si la divine Providence donnait quelque ouverture par laquelle on pût juger que ce serait son vouloir que je revisse nos monastères, on la suivrait; mais, qu'à dessein de visiter, il ne fallait sortir pour cela, et il est vrai aussi que cela se devait faire par rencontre et occasion.

Le quatrième, ils réglèrent qu'au plus l'on ne dirait que deux fois l'Office des morts par mois, quelque nombre de [billets] mortuaires qu'il puisse arriver; et que notre Bienheureux Père, en donnant ce service, n'avait pas prévu le grand nombre des monastères qui seraient à l'avenir.

Mais ils nous condamnèrent à tenir ce qu'il avait toujours fait observer pour veiller les mortes, ce qui est juste. Et que les anciennes assistassent la Supérieure aux Offices solennels ; que cela n'était nullement contre la Règle, et que le Bienheureux Père avait formé cette cérémonie sur celles de son église de Saint-Pierre, ce qui est vrai. — Pour fin, que ce qui ne serait pas écrit dans le Coutumier ne se conserverait pas.

Voilà tout, ma fille, mais je dis de tout mon cœur, ma trèschère fille, vraiment la fille de mon cœur; je salue, mais chèrement, toutes nos Sœurs, et les nôtres font de même.

[P. S.] Ma fille, il se faut bien garder de réimprimer les Epîlres sans qu'elles soient corrigées; il y a mille fautes, et je pense que personne ne les saurait corriger que moi. Il me faudrait les feuilles de M. Michel, et qu'on les complétât et qu'on lui donnât un autre livre. Je m'oubliais de vous dire que c'est bien fait de mortifier cette bonne Sœur M. C. ; mais toutefois il la faut occuper, à cause de sa mélancolie , à des choses de tracas qui se rencontrent à faire au monastère.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCLXXXI (Inédite)

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