A LA MÈRE FRANÇOISE-JACQUELINE DE MUSV
SUPÉRIEURE A NBVERS '
Conseils pour le gouvernement de sa communauté.
vive f jésus!
[Annecy, décembre 1625.]
Ma très-chère fille,
Vous désirez que je vous donne quelques instructions pour la charge où Dieu vous a mise. Que vous dirai-je? sinon d'ob-
1 La Mère Françoise-Jacqueline de Musy, fille d'un gentilhomme savoisien, reçut le voile à Annecy des mains de saint François de Sales, et fut, trois ans après, envoyée à la fondation de Nevers. Dans ce monastère, où elle succéda comme Supérieure à la Mère Paule-Jéronyme de Monlhoux, à Montargis, à Moulins (où en 1641 elle eut la douloureuse consolation de recevoir le dernier soupir de sainte de Chantai), à Dijon, à Bourges, partout on vit se réaliser la parole que le B. Fondateur avait dite de cette fervente Religieuse pendant son noviciat : « L'observance sera bien maintenue dans
« les maisons où notre Sœur Françoise-Jacqueline gouvernera. » Rappelée a Nevers par l'élection de 1659, elle y combla la mesure de ses mérites, et, peu de mois après, alla en recevoir au ciel l'éternelle récompense.
(Année Sainte, Ier volume.)
server vous-même et faire observer aux autres tout ee qui nous est prescrit. L'avis que la Règle et les Constitutions donnent à la Supérieure, de se faire plus aimer que redouter, doit toujours être devant vos yeux. Quand vous aurez le cœur de vos filles, vous les gouvernerez comme vous voudrez, et les tiendrez facilement unies avec vous et entre elles, qui est la bénédiction des bénédictions pour les monastères. Il faut toujours quelque soulagement et contentement à cette pauvre nature ! Quand vos filles le trouveront au dedans, elles ne le chercheront pas au dehors, ce qui sera leur très-grand bien. Ne multipliez pas les obéissances ; procurez seulement que vos filles soient fidèles à Dieu ; encouragez-les à porter gaiement la loi de Dieu avant toutes choses, puis la sainte Règle et les observances dont elles se sont amoureusement chargées pour Jésus-Christ. Souvenezvous de ce que tant de fois je vous ai dit, d'enseigner aux âmes à regarder ce divin Sauveur dans ses travaux, afin que par ce moyen elles soient éclairées, fortifiées et encouragées à une sainte, imitation : l'âme aura peu ou point d'amour qui ne trouvera sa charge légère en comparaison de celle que son Sauveur a portée. Je trouve ce moyen puissant, incomparable, doux et suave. Persévérez plutôt d'user de prières que de commandement, sinon quand la nécessité le requerra. Gardez de témoigner de l'ennui et du mécontentement de vos filles, ni n'en parlez que par la nécessité et avec quelques bonnes âmes, en toute confiance et secret. Ma fille, je vais finir par où j'ai commencé, en vous disant que vous n'avez à faire, pour faire une bonne conduite, qu'à vous tenir unie à Dieu et à vos observances.
C'est le souhait que vous fait celle qui est vôtre.
Extraite de l'histoire de la fondation de IVevers.
LETTRE DCLXXXVIII
A LA MÈRE MARIE-JACQUELIXE FAVRE
SIPÉKIKIRE A DIJO.V
Condoléances. — Perpétuité du petit Office. — Annonce d'un voyage en Lorraine. Réflexions sur le Recueil des Épitres de saint François de Sales.
.vive f ;ésls!
[Annecy] 2 jantier [1626].
Béni soit Dieu éternellement en tout ce qu'il lui plaît nous envoyer, et à jamais sa très-sainte volonté soit adorée, suivie et accomplie en nous! Certes, ma très-chère fille, à la nouvelle du décès de cette très-chère amie, j'ai bien senti que je l'aimais parfaitement, mais je me réjouis de sa félicité et du bonheur qu'a votre maison d'avoir son pur et chaste corps. Vous faites avec grande prudence et humilité de bien peser tout ce que vous faites et de prendre bon conseil; mais, ma vraie très-chère fille, il n'y avait rien à craindre à ensépulturer chez vous ce cher corps qui, avec sa bénite àme, avait fait tant de bien à votre maison, et qui en était de cœur sans réserve; je suis consolée [de ce] que nous avons ce dépôt, et aussi que vous ayez reçu la chère consolation de l'heureux retour de notre très-bon archevêque de Bourges et de sa douce conversation ; je le crois à Paris.
Grâce à Dieu, ma fille uniquement aimée, nous avons obtenu la perpétuité de notre sacré petit Office1; remerciez-en bien
1 L'original de celte lettre portant la date du 2 janvier prouve que le privilège de la perpétuité du petit Office a été concédé sur la fin de 1625, bien que la Bulle qui le confirme n'ait été délivrée que le 9 juillet 1G26.
Notre-Seigneur, sa sainte Mère et notre glorieux Père, et priez pour le reste des affaires où l'on espère avoir très-bon succès; béni soit Dieu! — Je suis marrie qu'il faille mettre dehors cette fille; toutefois, il ne faut pas refuser ce calice d'amertume que sa Bonté vous présente; c'est un effort nécessaire, et il vaut mieux jeter le mal dehors que le garder dedans, comme aussi j'aimerais mieux laisser fumer notre Sœur N*** que de la laisser gâter une charge.
Voilà le fils de madame de la Fléchère, lequel j'aime tendrement pour sa vertu et pour l'amour de sa bonne mère; je vous le recommande, mais de tout mon cœur, c'est-à-dire au vôtre qui est si uniquement mien, comme réciproquement je suis vôtre avec une affection plus que maternelle.
[P. S.] Quand Mgr de Bourges était ici, je ne pensais nullement d'aller en Lorraine; mais les dernières lettres que vous m'en avez envoyées parlent d'une sorte qu'elles témoignent du mécontentement de ce que je m'en étais excusée, de sorte que, avec quelques autres considérations que Mgr de Genève a [faites] , il m'a dit qu'il fallait encore faire ce voyage, quoiqu'il lui fâche, et pour moi je suis prête d'obéir, étant consolée de n'avoir qu'à obéir. Nous n'irons qu'au printemps : je crois que trois mois de séjour suffiront; nous repasserons vers vous', car en allant cela ferait trop de tracas; toutefois cela n'est [pas] encore bien résolu. Je vous supplie d'y faire tenir sûrement et promptement mes réponses. Adieu, ma fille plus qu'uniquement chère; Dieu vous comble des grâces et mérites de sa sainte naissance, et soit béni !
J'ai reçu une consolation entière delà lettre de notre très-cher Père» Mgr de Langres. Mon Dieu ! que je chéris sincèrement ce digne prélat et avec grande estime ! Dieu le rende tout sien et tout saint ! Je le salue avec tout l'honneur et affection qu'il m'est possible.
Je prie Dieu qu'il fortifie voire cher corps si nécessaire à son saint service. Il me lardera que je sache de vos nouvelles. Oh ! Dieu soit béni de la sortie de cette fille, et de ce que l'on vous a si bien dit votre fait ! II soit béni encore de ce qu'il y a à redire aux Épîtres ' ! J'en suis en douleur, car il y a de ma faute; mais rien de cela ne me touche pour ce qui me regarde. Je ne répéterai pas ce que j'en dis au cher cousin; vous le verrez. Pourquoi ne m'en eussiez-vous pas dit votre pensée? J'en ai fort peu vu d'impression, et devant je m'en reposais [sur les] examinateurs, auxquels je me confiais. J'espère toutefois que quiconque prendra loisir de lire ce livre, il y trouvera l'esprit de Dieu et l'assurance de la sainteté de l'auteur.
Ce paquet m'est demeuré par faute de messager. Vos lettres me sont arrivées cependant. Celles de Lorraine sont un peu pressées; je vous les recommande. — Je pense que M. de la Fléchère n'ira pas à Dijon. Bonjour et bonsoir à ma très-chère lille, et surtout la très-sainte éternité en laquelle toutes nos petites mortifications seront évanouies.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCLXXXIX (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LVOV
Souhaits de bonne année. — Il faut suivre la Règle sans gène ni étroitesse d'esprit. — Envoi de livres.
VIVE f JÉSUS !
[Annecy], 3 janvier [1626].
Ma très* chère fille, Prenez garde à ne pas laisser perdre les reliques que j'ai mises dans l'une de mes lettres. Déjà j'en avais mis en deux
1 A l'édition des Epitres spirituelles de saint François de Sales.
lettres que j'envoyais à Paris; elles se sont trouvées perdues. Or sus, ma très-chère fille, que cette année nous soit un temps acceptable pour l'avancement de nos âmes au saint et pur amour de notre doux Sauveur. Mon Dieu! ma très-chère fille, que je le désire ! mais le poids de mes misères est si pesant qu'il m'entraîne dans mille imperfections. Dites-moi si j'ai répondu à votre gré à la Supérieure de Paris; au moins est-ce selon l'esprit de notre saint Père, excepté que je le devais faire plus courtement et doucement; mais je suis toujours âpre quand je vois qu'on ne suit pas simplement la Règle, et suis ennemie de ces rétrécissures et gênes d'esprit. Or, je sais que cela ne se fait qu'avec pure intention, et croyant qu il le faut. Je lui condescends en ces trois mots que je lui ai dits de moi, plus pour elle qu'autrement. Voyez si je ne voudrais pas que ce billet fût brûlé.
Le libraire nous doit donner soixante livres de cette première impression. Il en a fourni trente-trois, savoir : vingttrois aux monastères, et les dix qu'on a adressés à Mgr. [Il en] reste vingt-sept qui nous sont tout à fait nécessaires, et je vous prie, ma très-chère fille, de les retirer pour les distribuer selon que je vous vais dire : premièrement, envoyez-en un à Paris, pour Mgr de Bourges; un pour madame de Port-Royal, un pour M. de licmaison, et écrivez leurs noms au commencement des livres. Je leur écrirai que je [les] leur envoie. Envoyez-en un ou deux de notre part au Père Bertrand, Jésuite, qui prêche à Salins; leurs Pères le lui feront tenir. Envoyez-en trois à nos Sœurs de Grenoble, et qu'elles les donnent de notre part à M. d'Aosle, au Révérend Père de la Rivière, et l'autre à madame de Granieu. Envoyez-en, s'il vous plait aussi, quatre à nos Sœurs de Chambéry, savoir : deux pour le Révérend Père recteur de là, un pour M. le président de Challes, l'autre pour M. et madame d'Avisé, et qu'elles les leur envoient de notre part. Reste quinze dont je vous prie, ma chère fille, d'en
envoyer un à ma fille de Toulonjon; le reste, envoyez-les ici et nous les adressez, car nous sommes obligées d'en donner beaucoup. Voilà, ma très-chère fille, de quoi je charge Votre Charité et vous supplie de le faire.
Je donne ce paquet à M. Arpaud de cette ville, qui va à Paris; donnez-lui les lettres qui s'y adressent. Voilà les quatre-vingtquatre florins qui nous étaient toujours demeurés dans le coffre pour notre tabernacle. J'attends la réponse de M. Balbian pour savoir ce qu'il faut de plus pour notre tabernacle. Adieu, ma très-chère fille.
Faites tenir sûrement ces lettres de Lorraine.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCXC (Inédite)