A MADAME DE COULANGES
Témoignages d'affection et de respect.
vive -j- jésus!
[Annecy], 20 janvier [1626].
Madame, J'espère que Dieu me facililera quelque occasion pour me procurer le contentement de notre entrevue; je la désire grandement et avec raison, Madame, puisque M. votre mari et vous êtes les personnes du monde à qui je dois le plus d'honneur et d'affection, et auxquelles j'en veux le plus rendre; car les continuels témoignages de votre bienveillance envers mon fils m'obligent étroitement à cela ; votre soin sur lui m'est infiniment précieux et m'en affranchit entièrement. Dieu lui fasse la grâce de vous donner entier contentement, Madame, et vous rendre tous ses devoirs selon que je souhaite qu'il fasse, et qu'il y est certes étroitement obligé. Je le vois en ce désir et plein de ressentiment des continuelles faveurs qu'il reçoit de M. votre mari et de vous. J'espère de la bonté de Notre-Sei-
gneur qu'à mesure que l'âge lui croîtra, il augmentera notre consolation en lui seul, ce que je souhaite et désire, et en prie continuellement notre bon Dieu, et qu'il plaise aussi à sa divine Majesté conserver votre Irès-chère fille, et lui donner un heureux accouchement '. Mon Dieu! Madame, que cette petite femme-là m'est chère! Certes, encore que je ne l'aie point vue, je l'aime toutefois et la chéris insignement. Dieu répande ses bénédictions sur toute votre honorable famille !
Aimez-moi, ma très-chère dame, en la personne de mon fils, et croyez que je suis de cœur et d'affection invariablement vôtre, etc.
LETTRE DCXCVI (Inédite)
A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MOMTHOUX:
SUPÉRIEURE « BI.OIS
Restreindre les entrées des bienfaitrices séculières. — La Sainte est disposée à visiter les monastères qui le désirent. — Affaires de l'Institut,
vive -j- JÉSUS !
[Annecy, 1626.]
Oh ! quelle pitié, ma très-chère fille, que les lettres traînent si longtemps par chemin! Nous venons de recevoir celle que vous nous avez écrite du 17 novembre; j'y ai répondu ample-
1 Les vœux de la Sainte furent exaucés : peu de temps après, la jeune baronne de Chantai devint mère d'une petite fille qui devait être un jour la célèbre marquise de Sévigné. Quoique plusieurs historiens placent la naissance de celle-ci en 1627, l'acte suivant, copié dans les anciens registres de la paroisse Saint-Paul, à Paris, et reproduit ici dans son intégrité, fait foi du contraire : « Vendredi 6e jour (de février 1(32(3) fut baptisée Marie, fille de messire Celse-Bénigne de Rabutin baron de Chantai, et de dame Marie de Coulanges, place Royalle; parrain, messire Charles Le Normand, seigneur de Beaumont, maistre de camp d'un vieil régiment, gouverneur de La Fère et premier jnaistre d'hostel du Roy ; marraine, dame Marie de Baise (sic), femme de messire Philippe de Coulanges, conseiller du Roy en son conseil d'Estat et privé... »
AXNÉE 1(326. 555
ment en répondant aux vôtres précédentes, et ai écrit à madame la comtesse [de Limours] selon votre désir. Assurez-la de ma part, ma très-chère fille, que madame de Villeneuve ne peut faire entrer, en tout cas, que ses deux filles et sa nièce, les unes après les autres, et cela seulement tandis qu'elles seront filles.
Pour madame de Dampierre ', c'est la vérité qu'elle entre avec sa fille, et une femme pour les servir, en la place de l'une desquelles elle peut faire entrer tour à tour madame de H. , qui est une perle de dévotion, et l'une des plus chères filles de notre Bienheureux Père , ou une autre certaine amie du nom de laquelle je ne me souviens pas. Or j'espère en la honte de Dieu, et en la dextérité et adresse de votre tant aimable cœur, que vous saurez bien gagner doucement l'esprit de cette bonne dame, pour la faire amiablement condescendre au règlement raisonnable de ces entrées qu'elle désire ; car tout à fait vous ne devez souffrir celte grande diversité de personnes, ains elle se doit contenter de réduire cela à quelque petit nombre de personnes distinguées en leur esprit et en la piété , autrement votre monastère en recevrait des importunités grandes et du préjudice-, et cela sans profit de celles qui entreraient. Il faut qu'à l'aide du Révérend Père Aloreau , que j'honore si parfaitement, Mgr de Chartres refuse dextrement celte permission. Au reste, ma très-chère fille, je connais cette bonne dame ; elle est un peu tendre, il lui faut témoigner beaucoup d'amour et de respect, vous saurez bien faire cela; et certes il importe à la gloire de Dieu et même à votre tranquillité de lui donner de la suavité et du contentement en votre conversation; vous êtes prou adroite pour manier son esprit comme il faut. — Au reste, ma très-chère fille, votre cœur est si plein d'amour qu'il ne peut voir le moindre témoignage de la véritable sincérité de
1 Fondatrice du second monastère de Paris.
celui que Dieu m'a donné pour vous, sans avoir de tendres ressentiments. Certes, ma fille, le mien en est ainsi. Oh ! que de bonheur de s'aimer ainsi en Dieu ! les absences n'apportent nul déchet à telles affections. Persévérons ainsi, ma vraie trèschère fille.
Je ne sais que vous dire sur votre désir que je revoie nos monastères; je vois qu'il est quasi en toutes nos Sœurs les Supérieures. Si Dieu le veut, il se fera ; mais, ma fille, il ne me semble pas que cela fût d'utilité à nos monastères, qui, grâce à Dieu , sont pourvus de bon zèle à l'observance et [de] bien bonnes Supérieures. Ce n'est pas que je fuie le travail ; car la consolation le surpasserait de beaucoup. Je laisse cela à la Providence céleste et à mon Supérieur , lequel m'a commandé d'aller mener nos Sœurs à la fondation que nous devons faire en Lorraine, et espérons de partir incontinent après Pâques. — Je pense vous avoir déjà écrit que, grâce à Dieu, la perpétuité du saint petit Office nous est accordée. L'on traite de la confirmation des Constitutions. Le Visiteur n'a pas été approuvé , dont je suis bien aise. Xous ferons, Dieu aidant, imprimer notre Coutumier, et espérons que celui qui aura commission de l'examen pour la béatification de notre Bienheureux Père, l'aura aussi pour le Coutumier : voilà toutes nos principales nouvelles. Adieu , ma fille; à Dieu soyons-nous sans réserve! Je suis vôtre, d'une affection très-incomparable.
Toutes nos chères Sœurs, qui sont fort bonnes, vous saluent très-humblement, avec toute la sincérité de leur cœur, et toutes nos Sœurs, vos filles. Je fais le même, et prie Dieu qu'il comble de son très-pur amour votre chère âme que la mienne chérit parfaitement. Dieu soit béni! Je salue d'une singulière affection le bon Père recteur; je l'honore infiniment.
Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.
LETTRE DCXCVII