A LA MÈRE MARIE-ADRIENNE FICHET
SUPÉRIEURE A RL'MILLY
Bannir de son esprit toule défiance. — Affaires diverses.
[Annecy, 16*26.]
Ma très-chère fille,
Vous tracassez trop votre esprit; ne lui laissez plus faire tant de choses inutiles; accoissez-leenDieu pour toutes choses. Certes, si je ne connaissais votre bon cœur, je me fâcherais de ses petites méfiances, car il a tort. Je n'ai sentiment d'amour ni de confiance pour aucune de celles que vous nommez, qui soit comparable à celui que Dieu m'a douné pour vous; mais [que] ceci demeure en vous, je vous en conjure, et arrête le cours de votre tentation; car je vous dis la vérité, n'en doutez jamais plus, parce que Dieu vous a donné un tel rang dans mon cœur; croyez-le, ma fille, je vous en conjure.
Faites avec vos filles selon que Dieu vous inspirera pour leur utilité ; mais ayez soin aussi de la nourriture de votre âme; que si vous ne la pouvez prendre en un temps, faites-le en un autre. Quand vous écrirez au Révérend Père Fichet, saluez-le chèrement, et me recommandez à ses prières. Ne vous travaillez point l'esprit de toutes ces conditions qu'il vous marque; arrêtez-vous à celles de votre Règle, et surtout que le saint zèle, accompagné d'extrême douceur et support, règne en votre gouvernement. Croyez que tout ce que Dieu m'a donné est vôtre, et que mon âme est fort unie à la vôtre qui m'est trèschère. Soyez attentive à la tranquillité, je vous en prie.
Redressez la petite Sœur Jacqueline, doucement, l'encourageant. SiN.Buttet s'humilie, elle fera bien, et si l'autre ne s'amende, il la faut renvoyer. J'ai écrit à mademoiselle de la Val
d'Isère. Nous arrêterons Je compte avec Al. Flocard, afln que nous vous donnions ce qui sera de surplus sur la dot de votre Sœur J. V.; sa mère écrit qu'elle fera tenir l'argent où l'on voudra. Je salue chèrement votre âme et toutes nos Sœurs, à part notre très-chère Sœur de la Fléchère.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy .
LETTRE DCXCVIII
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SITJËRIEURE AU TREMIER MONASTÈRE DE F.ÎRIS
Ferveur des Sœurs de Paris. — Craintes au sujet de la béatification du vénérable
Fondateur.
vive f jésus!
Annecy, 28 janvier 1626.
Je vois clairement, ma bonne et chère fille , que votre cœur ne se peut assouvir de me témoigner la sainte affection qu'il a pour le mien chétif, lequel réciproquement vous chérit d'une sorte inexplicable. Oh Dieu ! que sera-ce de s'aimer là-haut de ces amours toujours actuels que le grand Amoureux de nos âmes nous donnera! Tâchons, ma fille, de croître en ce divin amour de moment en moment. Hélas ! j'en ai le désir, et vous en possédez l'effet, dont je loue Dieu, et du bon ordre de votre chère maison, de laquelle notre cher Père M. Vincent m'écritchose digne de grande consolation et bénédiction. Croyez, ma fille, que ce sont bien mes délices de savoir nos Règles si fidèlement observées. Voilà comme il faut que les Supérieures fassent, que généreusement ellesprocurent auprès des Supérieurs l'effet de ce qui les touche, et que de leur côté elles observent fidèlement ce qui les regarde ; car ne faut-il pas que nous donnions la forme et fermeté par notre exemple à celles que Dieu nous a commises ?
Faites prier incessament, je vous supplie, pour notre cher Père dom Juste, et pour les affaires de la béatification de notre Bienheureux Père. Notre Saint-Père le Pape a fait un Décret pour les béatifications qui nous fait appréhender1. Mais en toutes choses, il faut que nos volontés soient conformes à celle de Dieu. Votre, etc.
LETTRE DCXCIX {Inédite)
SUPÉRIEURE A LYON
Corrections à faire au Couttimier avant que de le livrer à l'impression.
vive f JÉSUS !
[Annecy], 5 février [1626].
Dieu bénisse votre esprit, ma très-chère fille; je suis consolée que le mien chétif [en relisant l'épîlre dédicatoire] ait [comme le vôtre] trouvé à retoucher [le passage] de la congratulation, et de l'union qui doit être sans autorité; j'ajouterai et retrancherai le reste- le mieux que je pourrai. Mais, je vous prie, considérez encore le point des Jésuites, tant parce que c'est une simple marque de recommandation qui n'oblige à rien pour empêcher notre liberté, ni à les aller chercher où ils ne seront pas, que parce que notre Bienheureux Père me dit cela, qu'il le
1 La Suinte veut sans doule parler de deux Décrets rendus l'année précédente par le Pape Urbain VIII, au sujet des procédures pour la béatification des serviteurs de Dieu. Ces Décrets dits de non-culte exigeaient, comme condition préparatoire, que la sentence solennelle de l'Eglise n'eût point été prévenue par un culte public rendu au défunt dont on voulait introduire la cause. Les craintes de sainte de Chantai, au sujet de cette prudente décision, n'étaient que trop bien fondées : l'enthousiasme populaire, excité par les prodiges qui se multipliaient a la seule invocation du nom de François de Sales, couvrait d'ex-voto et d'inscriptions le tombeau de l'illustre défunt, sans se douter des difficultés que ces hommages intempestifs devaient susciter pour l'avenir*
fallait écrire quelque part. Je l'ôterai de là [du Coutumier], toutefois, et nous considérerons encore où il se pourra mettre pour obéir à ce saint Père, quand nous nous verrons, qui sera, Dieu aidant, l'été prochain. Nous le considérerons tout et m'aviserai alors de vous parler de ces préférences aux anciennes. Cependant je vous envoie notre Coutumier, lequel j'ai pris soin de faire copier le mieux que j'ai pu et non sans beaucoup de fautes encore , car les filles ne sauraient tant écrire sans cela, au moins les nôtres; mais aussi notre original est bien tellement brouillé à cause de la précipitation avec laquelle il fut écrit, que l'on a peine de le bien copier. Je l'ai lu et éclairci le mieux que j'ai pu, mais non avec tel loisir que je désirais.
Il y a tout plein de petites choses qui regardent le bon ordre; je désire que cela soit couché en sorte qu'il ne serve que de simple direction et non de sujétion. Il m'est avis qu'en plusieurs endroits il est déjà ainsi, et que nous accommoderons bien cela nous deux. Vous remarquerez aussi les défauts et superfluités de paroles; et, bref, vous en ferez écrire un par notre bon M. Rosset, avec l'ordre qui semblera meilleur, quoiqu'il me semble qu'il ne faudra guère changer celui qu'il a. Ne faites rien écrire sur le nôtre, ains vous en servez comme de celui qui est le plus entier, et puis nous le renvoyez. Voilà encore un petit écrit que j'avais fait, car je désire de ne rien changer que nos Sœurs premières, s'entend celles de Dijon, Riom, Péronne-Marie, et vous ne l'approuviez. — Le chapitre du Supérieur n'est pas écrit dans notre Coutumier, parce que dès le commencement je me doutais bien qu'il y faudrait retrancher ce Visiteur; la place est en blanc, mais je n'ai loisir de l'y faire écrire. — Maintenant je pense qu'il faudra bien considérer ce retranchement des prières pour les prélats défunts; pour la communion du sacre, l'on peut ajouter : ou autre jour de Vannée. — Vousne sauriez croire, ma très-chère fille, le bien qu*a apporté céans que les coutumes aient été écrites; ce monastère
va bien suavement à mon gré : il ne se peut voir des filles plus simples et égales; il n'y a nulle aversion, mais grande union. Dieu en soit glorifié !
J'écrirai à nos Sœurs d'Avignon. Je serais bien aise que vous fissiez imprimer les Règles, mais il les faut bien corriger. Pour le Coutumier il faut encore un peu attendre, et je vous en dirai la raison en nous voyant. Il faudra que le libraire soit bien fidèle pour donner tous les exemplaires. Nous avons reçu la caisse, mais sans mémoire de ce que coûte le tout, et il me semble que vous me faites mémoire d'une lettre que nous n'avons pas reçue. Bonsoir, ma très-chère fille, et mille bonsoirs à nos très -chères Sœurs. Je vous écris sans jour et sans loisir. Dieu soit-il au milieu de notre cœur, et soit béni!
Si nous retranchons le « tant qu'il se pourra » de ne pas nourrir le confesseur, outre que nous ne le mettrons pas comme notre Bienheureux Père l'a dit, nous nous condamnerons nous autres, qui, à notre grande mortification, ne nous pouvons exempter de le faire tant que M. Michel vivra, tant il est attaché à cette commodité-là; il y faudra derechef penser.
Conforme à '.'original garde au\ Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE DCC (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELIXE FAVRK
SlPÉRIKl'RE A DIJON'
Impossibilité de passer à Dijon en allant en Lorraine. — Choix d'une Supérieure pour Pont-à-Mousson. — Avantages des humiliations et des souffrances. — On prépare la seconde édition des Épures de saint François de Sales. — Nouvelles de l'archevêque de Bourges.
vive -|- issus!
[Annecy], 14 février [1626].
Ma trës-chèke fille
Non, nous ne passerons pas vers vous en allant [en Lorraine], mais oui infailliblement, Dieu aidant, en retournanl, v. 36
parce que nos amies du Comté nous font des conjurations si pressantes de passer [à Besançon], que nous sommes contraintes de le leur accorder; et je pense qu'il sera encore à propos pour confirmer ou divertir cette multitude de filles et de personnes qui s'amusent toujours à la poursuite de notre établissement là. Si ce n'était cela, vous auriez tort de penser que je ne misse autant de désir que vous de nous voir, quoique non pas pour réparer vos défauts, non plus que ce n'est pas la considération de notre Sœur Paule-Jéronyme [Favrol] qui nous en détourne; oh! non, de vrai, ma très-chère fille; car aussi ne sommes-nous pas encore résolue qui sera Supérieure. Xous avons tout plein de bonnes filles, mais encore peu expérimentées; nous attendons la Mère d'Aix pour nous aider à les choisir. Et faut que je vous dise franchement, que, selon mon sentiment, je n'en vois pas qui aient des conditions plus universelles et propres à ce pays-là [de la Lorraine] que noire Sœur [Paule-Jéronyme]; mais nos Sœurs ne la goûtèrent pas toutes (lorsque je les priai déconsidérer qui nous pourrions employer à cette fondation), et ne s'arrêtèrent toutefois que sur notre Sœur Claude-Agnès [Daloz]. Elle se comporte au reste parmi les Sœurs fort bien [plusieurs lignes effacées]... Mais sa douce Providence a voulu vous épurer dans le creuset, duquel, par sa grâce, vous êtes sortie plus claire et plus nette. Il est vrai, mon unique très-chère fille, si nous pouvions désirer quelque chose, il faudrait souhaiter les tribulations et persécutions les plus humiliantes et abjectes, car c'est où l'àme s'épure en vérité, et s'unit cœur à cœur à son Dieu : chacun ne mérite pas telle grâce. Certes, la disposition où Dieu vous tient est tout à fait à mon gré. Oh ! qu'heureuses sont les âmes qui vivent dans un saint abaissement et anéantissement ! C'est la voie royale par laquelle il n'y a rien à craindre. Dieu, par sa douce bonté, nous y maintienne !
L'on fera quelque petit retranchement aux Epitres pour la seconde édition. Il me fait grand bien d'avoir quelquefois de
ces petites mortifications; car je suis toujours trop sensible en tout ce qui touche notre Bienheureux Père. Ce livre est admirable et respire partout l'esprit de Dieu et la sainteté de son auteur. On poursuit sa béatification. — Ou n'a pas goûté à Rome le Visiteur; nous le retrancherons de notre Coutumier et accommoderons l'article du Supérieur. Je pense d'ajouter en la préface quelques points de recommandations pour les choses plus nécessaires à être conservées avec attention, comme aussi d'éclaircir au Coutumier ce qui était obscur, ainsi que de nos Sœurs m'ont écrit; et d'y retrancher que la Supérieure pourra être réélue, après avoir été déposée un an; car l'on en peut tirer de mauvaises conséquences : il nous suffit de le savoir. — Je voudrais que tout à fait on ne nourrit point les confesseurs, mais nous ne saurions faire joindre le nôtre à cela, car il aime fort de trouver sa portion faite, et il est si bon qu'il me fâche de le fâcher. Or bien, vous verrez le tout, et nous examinerons ensemble, avant que de faire imprimer le Coutumier, ce que l'on dit qu'il faudra faire pour le conserver.
Il me semble que Nôtre-Seigneur tient de sa bonne main notre vénérable et bon archevêque [de Bourges] ; mais je suis bien aise qu'il revienne : il m'écrit des lettres qui me ravissent et me donnent grand sujet de bénir Dieu. Ce me sera une consolation indicible de le revoir à notre retour. Je crois ne faire que deux ou trois mois au plus de séjour en Lorraine. Dieu accomplisse en tout son saint vouloir et comble votre très-chère âme des bénédictions de son très-pur amour. Ma fille, je suis uniquement toute vôtre et sans réserve.
[P. S. ] Je vous recommande de tout mon cœur l'affaire de notre chère Sœur de laFléchère; son procureur s'appelle M. Prinsteî. Je vous recommande bien fort ces lettres de Lorraine; donnezleur sûre adresse.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Ciiambi;i'y.
btVi LETTRES DE SAINTE CHANTAL.
LETTRE DCCI
A LA MÈRE JEANXE-CHARLOTTE DE BRÉCHARO
SUPERIEURE S RIOM
Elle l'encourage dans une perle temporelle. — IVe point admettre à la profession les novices qui ne travaillent pas à acquérir l'humilité et la simplicité. — Entretien de communauté.
VIVE -J- JÉSUS
Annecy, 14 février 1626.
Vraiment, ma très-chère fille, il est vrai que les perles des lettres sont fâcheuses. Croyez que jamais je ne manque à répondre, et le plus tôt que je peux. Mais, mon Dieu ! je ne plains que voire perte et celles de nos pauvres Sœurs de Bourges. Voilà une grande surprise à celle chère Sœur d'Orléans. Mais, ma pauvre très-chère fille, où prendrait-elle de quoi faire les remboursements? car son monastère ne doit pas réparer telle surprise et inadvertance. Or sus, Dieu réparera cette perle par quelque bénédiction ; car ce que vous avez fait, c'a été pour la charité.
Je loue Dieu de quoi vous êtes allégée par la sortie de celle dame. Pour Dieu, ma très-chère fille, ne soyez point tendre en ce qui regarde la réception des filles; n'en admettez aucune qui n'ait les conditions convenables, ainsi que la Règle marque. Voyez-vous, les manquements d'humilité et simplicité dans les âmes novices sont de grande importance ; mais si ces défauts ne se font que par des surprises, et que les âmes soient généreuses et haïssent ce mal, vous pouvez espérer que le temps les affranchira; mais si la chose n'en va pas ainsi, croyez qu'il y a très-grande apparence qu'elles ne se changeront point; et parlant, il faut bien considérer telles filles qui ruinent enfin les maisons religieuses. Pçu et bon, ma très-chère fille; choisissez bien les esprits, et croyez que pourvu que les filles goient bonnes et bien observantes, jamais ce qui sera né-
cessaire à leur entretien ne manquera. Notre-Seigneur s'y est obligé : Cherchons premièrement le royaume de Dieu, et tout le reste suivra.
Je n'entends pas quels entretiens fréquents vous ne goûtez pas. Partout où Dieu m'a mise, nos Sœurs parlent très-rarement dehors, et quasi point en particulier dedans, sinon les aides; car, pour l'ordinaire, je les entretiens toutes ensemble une fois le mois, quoique je ne voie rien en cette famille qui me fasse craindre, grâce à Dieu ; mais nous sommes toutes bien aises de nous entretenir en commun. Il ne se voit aucune particularité; il les faut ôter tant que vous pourrez, c'est la ruine de la charité commune.
J'écrirai pour madame de Chazeron ; mais la chose sera fort considérée à cause qu'elle est extraordinaire, et que l'on craint fort là les conséquences. Pour moi, je n'y résisterais nullement; car si l'on donne telle grâce pour de l'argent, moi, je la voudrais plutôt concéder pour l'or de la sainte charité. — Ma trèschère fille, je suis toujours toute vôtre et toujours plus, si je puis, vous souhaitant le comble des plus riches grâces de notre bon Dieu. Qu'il soit béni! Amen.
[P. S.] Envoyez une cédule, ou écrivez sur votre livre, comme vous voudrez; et n'ayez peur que nous vous pressions du payement. — Et quand écrirez-vous [l'histoire de] notre fondation d'Annecy?
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCII