A LA MÈRE MARIE-ADRIENNE FIGHET
SUPERIEURE A Iil.MII.I.Y
Comment une Supérieure doit se comporter à l'égard de ses Sœurs. — La douceur est la base do l'esprit de la Visitation. — Annonce de plusieurs prétendantes.
vive -J- JÉSUS !
[Annecy, 1626.]
Ma très-chère fille,
J'ai élé consolée des lettres que m'ont écrites vos chères Sœurs conseillères, lesquelles me témoignent qu'elles vivent en grande union et contentement avec vous. Ma très-chère fille, il leur faut bien donner sujet de persévérer ainsi et d'y accroître, ce qui arrivera si vous faites vous-même ce que vous enseignez. Surtout, ma très-chère fille, traitez avec les anciennes avec un amour cordial, respectueux, content et confident, et tâchez qu'elles n'aient avec vous qu'un seul cœur par une union toute suave, et comme elle doit être entre de vraies sœurs; car, quoiqu'elles vous doivent honorer et obéir comme leur mère, si, devez-vous traiter avec elles comme sœur et compagne; et, avec les jeunes, comme mère débonnaire envers ses filles, sans les trop presser, sinon fort amiablement, par manière d'encouragement. Ce que je vous dis ici, c'est sur votre dernière lettre que vous m'écrivîtes, que vous disiez souvent qu'il fallait marcher droit avec vous. Ma chère fille, [il faut] conduire droit par [bonté] et encouragement... Enfin, l'esprit de la Visitation est l'esprit de douceur; il le faut conserver au péril de tout; car, qui n'agira par cet esprit, quoique tout le reste fût observé, ce ne serait pas une Visitation; le principal y manquerait. Surtout donc, ma très-chère fille, je vous recommande celte sainte douceur avec tous, la modestie et tranquillité en toutes vos actions, lesquelles je vous supplie de conduire sagement, afin
que Dieu soit glorifié par votre conversation avec les séculiers, et par la douceur de votre gouvernement au dedans.
Vous connaissez votre naturel qui a besoin de bride, et que vous le veilliez. Faites-le pour Dieu, ma Irès-cbère fille, et vous en recevrez toute sorte de grâces. Tenez-vous proche de sa Bonté; lisez soigneusement votre règle, car Dieu veut que vous deveniez une règle vivante, pour sa souveraine gloire, en la charge qu'il vous a commise. Je ne pensais nullement vous dire tout ceci, mais Dieu me l'a donné en vous écrivant. Faitesen profit, ma très-chère fiHe, et que cette lettre vous serve pour longtemps et pour toujours; car, à mon avis, mon bon Ange et le vôtre me l'ont dictée pour vous. Si vous voyiez les sentiments de mon cœur et l'ardente affection que j'ai de votre bien, vous m'aimeriez bien.
Au reste, Mgr m'a commandé de mener nos Sœurs en Lorraine; si je puis et qu'il le trouve bon, nous vous irons voir un petit tour. — Voilà de saintes reliques de notre saint Père. — Madame Garbillon se dispose de vous mener sa fille après Pâques. Il y a encore tout plein d'autres filles; nous tâcherons de vous conduire celles qui auront d'honnêtes commodités. Mais il sera nécessaire que vous fassiez planchéier votre dortoir pour loger tant de filles. Prévoyez à cela de bonne heure, afin d'avoir les ais et bois nécessaires, et aussi de faire un peu hausser votre muraille du jardin. Voilà, à mon avis, tout ce qui vous est nécessaire, avec le puits.
Ma très-chère fille, il ne se peut dire combien j'aime votre petite maison. Dieu vous y rende digne de l'y servir parfaitement, et toutes vos chères filles, et la bonne et chère Sœur de la Fléchère qui nous a si bien logées; aimez-la bien, et la confortez bien, ma très-chère fille, avec toute franchise et confiance; la pauvre femme en a besoin pour les grands embarrassemenls d'affaires où elle est. Bonjour, ma très-chère fille; je suis vôtre
de cœur et d'affection. Priez pour moi, afin que j'accomplisse la sainte volonté de mon Dieu. Amen.
[P. S.] Il faut que j'ajoute ce mot; mettez-vous un peu sous la douce et humble gravité, je vous en prie; le chapitre de la Modestie bien pratiqué donnera cela.
Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visilalion d'Annecy.
LETTRE DCCIII
A I A MÈRE MARIE-AIMÉE DE RLOXTAY
SUPÉRIEURE A LYON
Prière de lui renvoyer la copie du Coulumier. — La commémoraison des fêles ordinaires est prescrite par le saint Fondateur.
VIVK -f JÉSUS !
[Annecy], 15 février flti^GJ.
Ma très-chlke fille,
Me voici bien en peine de notre Coutumicr que je vous ai envoyé, il y a déjà deux ou trois semaines, et vos lettres ne me l'accusent point, Dieu soit béni ! car nous n'avons que cette copie-là, et il y a bien de la peine d'en tirer de dessus l'original; j'attendrai le plus patiemment que je pourrai de vos nouvelles.
J'écrirai par le premier courrier à Mgr le cardinal de Marquemont; il me fait grand bien de l'appeler ainsi; nous savions déjà la bonne nouvelle avec grande joie '. — J'envoie la lettre de Blois à Nevers, et la recommande à cause de l'argent. Au reste, je pense que nous perdons nos peines à demander à ce bon seigneur; je le ferai pourtant de bon cœur, car je voudrais acheter cela par quelques bons travaux.
1 Le 19 janvier de celte année, Mgr de Marquemont avait été promu au cardinalat.
Mais ne vous pensez pas excuser pour cela des commémoraisons des fêtes ordinaires; car noire Bienheureux Père, plus d'un an devant son décès, m'ordonna de les faire faire et d'en mettre l'usage dans nos maisons, retournant de Paris. — Adieu, ma très-chère fille, à Dieu soyons-nous uniquement et sans nulle réserve! Je vous prie que j'aie des nouvelles du Coutumier par le retour de ce porteur, car il revient promptement. Dieu soit notre toutl Amen, et soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Anujcy.
LETTRE DCCIV
A LA MÈRE MAME-ADRIENNE FIGHiiT
SUPÉRIEURE A RUUILLV
Promesse d'un voyage à Rumilly. — Recommandation d'aimer les Sœurs Bernardines. — Tenir son c-œur ferme contre toute affection humaine.
vive -{• Jésus!
[Annecy, 16"2(i.]
Ma très- chère fille,
Je vous écrivis la semaine dernière fort amplement, et m'est avis fort utilement, de sorte que je ne dois rien ajouter pour vous, sinon, ma très-chère fille, faites bien ainsi que je vous ai écrit. Cela suffit pour d'ici à ce que nous vous voyions, qui sera quand le beau temps sera un peu affermi, car je désire de faire passer le contrat de votre maison avant notre voyage de Lorraine, et vous voir un peu; n'en serez-vous pas toute bien aise ? J'écris aussi à vos Sœurs conseillères.
Hélas ! noire chère Sœur de la Fléchère fait avec tant de simplicité toutes choses, qu'il le faut recevoir comme cela. Mon Dieu ! ma fille, soyez bien aise qu'on vous allègue les autres, cela est humilité , et aimez bien ces pauvres Sœurs Bernardines que notre Bienheureux Père aimait tant. Tenez votre cœur bien
ferme contre toutes ces pensées tracassantes, et surtout contre toute affection humaine, car rien ne nous divertit tant de Dieu. Certes, les nouvelles que l'on m'a écrites de votre maison me consolent bien, et priez Dieu qu'il y accroisse ses bénédictions. J'espère que si vous faites votre gouvernement avec grande douceur, vous en recevrez toujours plus de consolation, et Notre-Seigneur plus de gloire, ainsi je l'en prie, Notre Sœur Marie-Madeleine [de Mouxy] vous écrit le reste, n'ayant pas le loisir de plus.
Je salue très-chèrement madame la comtesse, je l'honore fort j je salue nos très-chères Sœurs, je les aime tendrement et prie Dieu qu'il les bénisse, et leur chère Mère que j'aime de tout mon cœur. Adieu à toutes: J'écrivis l'autre jour à ma trèschère Sœur de la Fléchère; je ne le puis maintenant, mais je vous prie de la saluer chèrement de notre part, et M. de la Fiéchère que j'attends toujours. Adieu, ma tille.
Je salue aussi mademoiselle de la Fléchère.
Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCV
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYON
Voyage à Cliambéry. — Correction de la Préface du Coutumier. — Choix de la future Supérieure de Pont-à-Mousson.
VIVE -J- JÉSUS
Annecy, 21 février [1G-25].
Ma très-chère fille,
Nous attendons toujours de savoir ce qu'il y avait dans le dernier paquet qui se trouve égaré, pour en faire la recherche à bon escient, car il y a quelque apparence, à ce que l'on nous dit, que celui auquel il fut remis n'a point été volé, mais qu'il
le fait accroire; et par ce qui se trouve en diverses paroles, et que d'autres fois il a fait des friponneries, l'on se doute fort que c'est lui-même qui les veut perdre. Nous attendons ce que vous nous en manderez.
J'attends toujours de vos nouvelles et le retour du Coutumier, pour le faire copier à nos Sœurs qui iront en Lorraine. Cepen« dant nous partons pour Rumilly, et de là, comme je pense, à Chambéry; car il est survenu une tracasserie entre les bons Pères Jésuites et nos chères Sœurs, pour une pierrière qui est à nous et de laquelle nous avons besoin pour le monastère; et il se trouve aussi que les bons Pères en ont une extrême nécessité pour leur église, et que mille ou douze cents voitures qu'on leur a données ne suffisent pas, de sorte que cela donne de la tentation de part et d'autre. Recommandez le tout à Notre- Seigneur, afin que les choses se passent à leur satisfaction, sans trop de perle pour nous. Il me semble que nous avons accommodé la préface assez à mon gré; je l'ai retouchée et faite plus courle sans rien ôter de l'essentiel; car la première fois, je l'avais écrite en grande sécheresse, et n'avait moyen. Cette fois Mgr de Genève la trouve bien et le Chapitre aussi.
Vous verrez dans ces lettres nos nouvelles. Nous mènerons de bonnes filles en Lorraine; nous ne sommes pas encore résolue qui sera Supérieure; toutefois, je crois que ce sera notre Sœur Paule-Jéronyme [Favrol] , parce qu'elle est de plus grand courage que les autres que nous avons ici, et, selon mon sentiment, plus universelle et propre à ce lieu-là, où l'on aura une grande quantité de personnes de qualité à manier. Elle est ici directrice avec grand fruit : je n'avais point vu notre noviciat si à mon gré qu'il est, dès la Mère qui est à Aix. Quelques Sœurs d'ici choisiraient plutôt notre Sœur Claude- Agnès [Daloz] qui est une âme bien faite ; mais je ne la trouve pas assez robuste pour cette charge qui sera grande. Ditesm'en votre sentiment, et priez fort pour les affaires de Rome,
et pour moi qui en ai certes besoin, et qui suis uniquement
toute vôtre d'une manière incomparable.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la \ isilation d'Annecy.
LETTRE DCCVI
AUX SOEURS DE LA VISITATION
Authenticité du Coutumier. — Toute perfection est comprise dans l'observance des Règles. — De l'obéissance due au pré'at. — Se garder de la prudence humaine dans le chois des Supérieures et la réception des sujets. — Recours confiant aux Pères Jésuites. — C'est l'intention de saint François de Sales que tous les monastères soient étroitement unis à celui d'Annecy; devoir de ce monastère à l'égard de tout l'Ordre.
vue -j- jésus!
Annecy, l(i-26.
Mes très-chères Soeurs,
Je vous présente en toute sincérité les directions et coutumes qui ont été établies en ce monastère par feu notre saint Père et Fondateur. Je les ai rangées et assemblées en un corps le plus convenablement qu'il m'a été possible, afin que le tout se conserve mieux. J'ai ajouté, suivant son commandement, quelques cboses qu'il avait écrites de sa propre main, et d'autres qu'il avait fait marquer et qui n'avaient pas encore été écrites.
Or, parce que je sais (et la plupart de nous autres qui avons vu ce très-saint Père le savent comme moi) que c'était sa volonté que ces Directoires, Cérémonies et Coutumes fussent à l'avenir toujours suivies et observées en tous nos monastères
1 Cette admirable lettre était destinée à servir de Préface au Coutumier que l'on se disposait à faire imprimer; mais sainte Jeanne-Françoise, qui n'acceptait parmi ses Sœurs d'autre titre que celui d'aînée de la famille, craignit d'avoir parlé avec trop d'autorité. Par modestie d'abord, et aussi pour ne pas donner prise à la calomnie de ceux qui l'accusaient de vouloir se faire passer pour la générale de son Ordre, la Bienheureuse Fondatrice retint cet écrit qui ne futjamais de son vivant adressé à l'Institut.
de la Visilalion, afin de conserver et continuer l'union et conformité avec ce monastère premier, comme elles ont été par ci-devant; pour celte raison, j'ai désiré (parce qu'elles n'étaient pas signées de notre Bienheureux Père d'autant qu'il les a données à diverses fois), j'ai désiré, dis-je, de les faire reconnaître par les premières Sœurs qui ont été reçues en notre saint Ordre, et par tout le Chapitre de ce monastère, afin qu'avec moi elles rendent témoignage de cette vérité à celles qui nous suivront, que ce sont les mêmes Directoires, Cérémonial, Coutumes et Ordonnances établies en ce monastère d'Annecy par nolredit saint Fondateur, et que toutes ont observées et fait observer aux monastères de leur charge, à mesure qu'elles leur ont été communiquées. Or, parce qu'il a plu à la divine Providence me faire l'honneur et la grâce, quoique trèsindigne, d'avoir été Tune des premières Sœurs qui furent si heureuses que d'être employées pour commencer celte tant aimable et sainte manière de vie, et d'avoir élé pour celle fin dressée avec elles très-soigneusement de la main de notre saint Père et Fondateur, j'ai pensé, mes très-chères Sœurs, que vous n'auriez point à dégoût que je vous recommandasse la fidèle et très-sainte observance des choses qui nous ont été si saintement recommandées avec un amour si tendre et si ardent au bien et profit de nos âmes, et que je vous rappelasse ici quelques points notables que j'ai connus qu'il a surtout désiré qui fussent conservés. Je le fais donc avec toute l'ardeur et l'affection qu'il m'est possible, me semblant que nous n'avons besoin que de cela, et que nous ne devons rien désirer de plus.
Notre Bienheureux Père disait que ce qu'il craignait, c'était que l'on ne s'attachât pas assez à la Règle, et moi, c'est tout ce que je crains aussi, et je prie Dieu que nous ayons toutes si fort cette sainte appréhension, qu'elle produise en nous une très-fidèle observance. Oh ! mes très-chères Sœurs, combien est-il vrai ce qu'il nous a dit, que « les préceptes de toute vertu
et perfection sont enclos en nos Règles cl Constitutions ». Ôar. n'est-il pas vrai, mes très-chères Sœurs, que si nous n'avons qu'un seul cœur en Dieu, si nous honorons Dieu en la personne les unes des autres, si nous sommes humbles, simples, chastes, pauvres, modestes, et le resle qui nous est prescrit, nous aurons une perfection très-accomplie? Aussi notre Bienheureux Père disait, qu'il y a dans notre Institut bien assez de besogne pour nous, qu'il fallait seulement nous appliquer à faire. Sus donc, mes très-chères Sœurs, travaillons, je vous supplie, de toute l'affection de nos cœurs, à nous Rendre des règles vivantes par une exacte et ponctuelle observance : marchons fidèlement et très-humblement par cette voie, soit en obéissant, soit en commandant, et non selon notre prudence et sagesse humaine. Observons au pied de la lettre sans glose ni interprétation ce que nous avons reçu; mourons plutôt, mes Sœurs, que de nous départir jamais de ce sacre chemin sous quelque prétexte que ce soit.
L'obéissance particulière que nous devons rendre à Messeigneurs nos prélats est une vertu de notre Institut; ils doivent être les conservateurs de cet Institut, et ils ne peuvent en conséquence rien nous commander qui soit contraire à cela. Ne prétendons faire ni plus ni moins que ce qui nous est prescrit, ainsi que tant de fois notre Bienheureux Père nous l'a recommandé, disant que nous nous gardassions bien d'ouvrir la porte à aucun changement; que si nous le faisions tout se dissiperait et s'éparpillerait, non pas même en chose de peu d'importance, parce que les petits changements donnent ouverture aux plus grands, ef qu'il fallait être invariable à conserver ce que l'on avait reçu et qui avait été sagement institué; que les coutumes anciennes médiocrement bonnes valent mieux que les nouvelles, quelque meilleures [qu'elles nous paraissent]. Il chargeait surtoutles Supérieures de ceci et disait encore : «que le bien et le mal de leur monastère étaient entre leurs mains, et que partant
elles devaient être très-soigneuses et attentives à leur devoir, sans laisser rien négliger, pour "petit qu'il fût, et que leur amour et support cordial, et leur zèle pour la perfection des Sœurs en l'exacte observance, seraient le bonheur des monastères et la conservation de l'Institut. »
Toutes ces paroles de noire très-saint Père, mes très-chères Sœurs, ne doivent-elles pas être gravées au fond de nos cœurs et pratiquées au pied de la lettre? Oui, certes. Or, toutefois, il pourrait arriver que le temps et les lieux montreraient la nécessité d'accommoder quelque chose. En ce cas, pourvu qu'il ne touchât en rien de ce qui est des Règles, Constitutions et Coutumes essentielles et nécessaires à la conformité des couvents, on pourrait le faire avec l'avis des Supérieurs et de quelques personnes très-pieuses et capables, après toutefois en avoir communiqué avec les monastères anciens, surtout avec celui d'Annecy, lequel, après avoir mûrement considéré la proposition, en pourra conférer avec le monastère de Lyon, afin que les introductions nouvelles ne se fassent pas légèrement et sans une visible nécessité, ou grande utilité pour le bien des monastères.
Vous savez aussi que ce Bienheureux Père craignait infiniment que l'esprit de prudence et de sagesse humaine ne se glissât parmi nous. Gardons-nous de lui, je vous supplie; il nous détruirait, et particulièrement en ce qui regarde l'élection des Supérieures, et celle des Sœurs pour les charges princi-* pales des monastères. Que les Sœurs et les Supérieures soient soigneuses et consciencieuses en ceci; ne recevons jamais aucune Supérieure que de la seule élection des Sœurs, ainsi que la Règle le commande; ne faisons point état en ces occasions de certains talents naturels ou acquis, du bien parler, du beau maintien, de certaines qualités attrayantes, de joliveté d'esprit, de la noblesse, de l'ancienneté d'âge ou de Religion, et semblables qualités, lesquelles, si elles ne sont aecompa-
gnces du solide, ne doivent être d'aucune considération parmi nous; mais choisissons celles qui auront de la discrétion, le jugement bon, qui seront simples, sincères et humbles; qui auront le zèle pour l'observance et qui n'abondent point en leur propre sens, d'autant que celles qui sont atteintes de celte maladie détruisent ordinairement l'esprit de la Religion pour introduire le leur; et enfin employons celles qui ne prétendent point aux premières charges, ains s'en jugent indignes; car telles Sœurs feront très-bien tout ce que l'obéissance leur ordonnera, l'Esprit de Dieu gouvernera en elles; et, croyezmoi, ce point est de grande importance, mes très-chères Sœurs; soyez-y bien attachées, je vous en prie.
De même, gardons-nous bien de celte prudence et ces respects humains pour la réception des filles (le bon choix desquelles est si absolument nécessaire à la conservation de l'Institut), et spécialement en ce qui regarde la réception des infirmes et défectueuses de corps. Vous me direz que cela nous est recommandé en tant d'endroils qu'il n'est pas besoin que j'en parle ici ; certes, il est vrai, mais je ne m'en puis tenir, parce que je vois que cet article de la retraite de celles qui ont quelque tare en leur personne est fort combattu de plusieurs sages, et fort contraire à la prudence nalurelle qui fournit quelquefois tant de raisons que la pauvre charilé a prou peine à tenir le dessus; c'est pourquoi nous avons besoin d'un grand courage pour observer ce point inviolablement. A quoi nous servira de considérer souvent que c'est la fin de notre Institution et les désirs infinis de notre saint Instituteur, comme il l'a témoigné par la menace qu'il a faite à celles qui y contreviendraient; et remarquons qu'en cette loi, il nous a donné un moyen de pratiquer les deux précieuses vertus de notre Congrégation : la douce charité envers le prochain et l'amour de notre abjection, vertus que tant de fois et si continuellement il nous a inculquées. Mes très-chères Sœurs, ce qui nous peut aider à cela nous
doit êlre précieux ; car c'est la base et le soutien de tout l'édifice spirituel de la Visitation. Tenons-nous donc fermes en cela, et, de plus en plus, abaissons-nous par une trèshumble, très-basse et très-profonde humilité, qui nous fasse aimer et accepter cordialement ce qui peut nous rendre abjectes aux yeux du monde et aux nôtres; que celte sainte humilité nous fasse tenir très-petites et basses dans l'estime de nous-mêmes en comparaison des autres. Ne désirons aucune excellence que d'être sans excellence et de dépendre totalement du bon plaisir de Dieu, ne recherchant en toutes choses que sa seule gloire ; car c'est, comme vous le savez, le caractère des filles de la Visitation. Oh ! mes très-chères filles, le grand trésor que celui-ci ! il nous doit êlre uniquement précieux et sans prétention d'aucun autre. Pour Dieu! conservons-le en son entier, et prenons bien garde que les désirs d'excellence et de propre estime ne nous le dérobent; ayons continuelle mémoire de ce que notre Bienheureux Père nous a dit et laissé par écrit sur ce sujet, afin que toutes les actions de notre vie soient ornées de cette sainte vertu.
Certes, en écrivant ceci, le cœur me frémit, et je ne puis contenir mes larmes pour l'appréhension que j'ai qu'un jour cet esprit ne vienne à périr ou à diminuer en nos monastères ; ô mon Dieu! ne le permettez pas; mais que plutôt nous périssions nous-mêmes ! Mes Sœurs, je vous conjure que nous soyons attentives à ceci. Oh ! quand je me souviens des travaux, des soins, et des peines de notre saint Fondateur pour nous tirer où nous sommes, et des ardeurs et infinis désirs qu'il avait que cet esprit fût conservé en nos monastères , je voudrais consumer ma vie pour cela. Oh! donc, mes trèschères Sœurs, ayons-en une sainte jalousie, je vous en conjure de toutes les forces de mon âme ; c'est le grand moyen pour attirer le secours de Dieu auquel notre Bienheureux Père nous a remises et laissées, nous assurant que sa souveraine Provi-
dence aurait un soin Irès-paternel et spécial de nous. Je vous dis derechef que nous y soyons fidèles , assurées que nous devons être que nous ne manquerons pas de la grâce suffisante pour cela, ni pour la conservation de tout l'Institut, notre saint Fondateur nous ayant laissées entre les bras très-précieux et paternels de la souveraine Providence, nous assurant qu'elle aurait soin de nous maintenir si nous lui correspondions avec fidélité. Et lorsqu'il me dit à Lyon les saintes et solides raisons sur lesquelles il établit sa finale résolution de nous laisser sous l'autorité de Mgrs les prélats, il ajouta avec une très-humble et profonde confiance : « Jésus-Christ sera votre chef et pro- » tecteur. Le bonheur de notre Congrégation ne dépend pas » d'être rangée sous le gouvernement d'un seul Supérieur , » mais de la fidélité que chaque Sœur aura en son particulier , » et que toutes auront en général de s'unir à Dieu par l'exacte » et ponctuelle observance. »
Toutes ces paroles sont de grande consolation, pleines d'esprit de foi, et tout à fait admirables. Je sais bien qu'elles sont au Coutumier, mais je n'ai su m'empêcher de les rapporter ici, et je voudrais les écrire en cent lieux, mais surtout au fond de nos cœurs ; nous les devons tenir comme le testament et les dernières volontés de notre saint Fondateur, et les conserver inviolablement par une fidèle pratique; nous y trouverons notre bonheur et l'unique moyen de conserver notre Institut en l'intégrité de son esprit, qui est fort délicat ; nous y trouverons aussi un juste sujet de demeurer en paix dans le sein paternel de notre bon Dieu, nous tenant à recoi au lieu le plus secret de ses tabernacles, espérant avec une très-humble assurance et confiance que ses paroles seront œuvres. Et partant, ne nous mettons en peine, quelque chose que nous ayons ; au contraire, demeurons en paix , nous appliquant à faire et non à philosopher sur ce qui [ne] nous arrivera jamais, moyennant la divine grâce. Car, comme disait ce saint Père : « L'on aura
» beau chercher des moyens humains, rien ne maintiendra la » Congrégation que cela. » Ce Bienheureux Père me dit aussi qu'il mettrait encore tout plein de choses pour tenir les monastères unis et joints ensemble, et pour conserver la conformité entre eux ; car il avait une incomparable affection à ce que nous continuassions en la sainte et charitable union que nous avons toujours eue entre nous. « Ce que nous avons à désirer, me disait- » il, c'est que les monastères persévèrent en l'esprit d'humilité » et d'unité que Dieu a répandu entre eux. » Il m'ordonna que je fisse ajouter, dans [les permissions] d'établissement [données par] les prélats, ce qui est dans le Coutumier, à l'article des fondations. Le principal moyen extérieur qu'il a jugé propre pour conserver notre union, c'est celui de la continuation de la conformité et correspondance que tous les monastères ont toujours eues à celui d'Annecy, en ce qui regarde l'entière observance de ce qu'il a reçu de son saint Fondateur. Je vous assure, mes très-chères Sœurs, mais avec une vérité toute sincère, que c'était sa volonté ; car, disait-il encore d'une manière toute suave et judicieuse : « Bien qu'il soit établi dans une petite » ville, néanmoins la divine Providence a voulu que le germe » de la Congrégation de la Visitation y fût, et qu'en ce lieu » elle ait reçu sa loi et ses fondements ; et, partant, les autres » monastères (sans toutefois aucune dépendance d'autorité) le » doivent toujours reconnaître comme leur mère et matrice , et 55 avoir une très-particulière communication avec lui, y ayant » volontiers recours dans les doutes et difficultés qui pourraient y> arriver en la pratique des Règles et Coutumes, pour savoir 55 comme elles doivent être entendues et observées. » Je m'assure que la conformité à celte volonté, déclarée par notre saint Fondateur, et le bonheur qu'a ce monastère d'avoir le dépôt de son saint corps , rendront toujours les autres maisons très-affectionnées à se tenir unies à- celle-ci.
Or, comme ce Bienheureux Père désirait que tous les monas-
lères eussent un amour et une correspondance très-particulière et cordiale à ce premier monastère, aussi a-t-il toujours voulu qu'il eût un zèle spécial et un cœur fort étendu et cordial pour les servir tous et assister, sans réserve de biens ni de personnes, en tout ce qui lui serait possible, et que l'observance y fût consciencieusement et exactement conservée jusqu'aux moindres petits règlements, en sorte que toujours l'on y trouvât tout ce qui est de l'Institut pratiqué en sa parfaite vigueur et intégrité. Je ne veux point omettre ce qu'il me dit aussi à Lyon parlant des Pères Jésuites : « C'est par une spéciale providence •>•> de Dieu sur notre Ordre , que les Pères Jésuites ont une » affection de si grande charité pour nous; il faut la conserver » chèrement, et leur correspondre avec un singulier respect et » beaucoup de confiance, car ce nous sera un grand appui. Il ii ne faut pas toutefois s'y attacher en telle sorte, que l'on en ii perde sa liberté, laquelle il faut conserver précieusement , ii ainsi que l'union avec les autres Ordres, dans laquelle il se ii faut entretenir ; car il faut avoir en notre Congrégation ii l'esprit universel. » Une autre fois, il me dit : « Je n'entends ii pas que ceux qui conseilleront nos Sœurs leur fassent chan- » ger les exercices extérieurs, ni fa manière de les pratiquer ; ii mais que l'on demeure ferme en la manière de procéder, afin ii que tout soit invariablement gardé. » Voilà , mes très-chères tilles, véritablement et sincèrement les intentions de notre saint Fondateur sur ce sujet, lesquelles je vous rapporte ici quasi mot à mot, comme je les ai apprises et entendues de sa sainte bouche; je sais qu'il suffit à la bonté de vos cœurs de savoir quelle a été sa volonté pour vous y rendre dociles. Reste seulement qu'avec les plus tendres affections de mon âme je vous conjure de vous y rendre attentives et d'être fidèles à les pratiquer, non-seulement en ce qui regarde l'extérieur, ce qui serait peu; mais beaucoup plus en l'esprit intérieur d'une trèsdouce et cordiale charité, d'une très-humble humilité, d'une
sincère et naïve simplicité , et d'une pauvreté qui nous tienne dans une sainte médiocrité en toutes choses, évitant les superfluités et grandeurs en quoi que ce soit ; c'est pour cela, mes très-chères Sœurs, que je vous fais les plus tendres conjurations que je puis.
Certes, je ne puis finir sans congratuler ce cher couvent d'Annecy, pour les prérogatives et grâces dont il a plu à l'éternelle Providence de le favoriser, pour le rendre aimable et respectable à tous les autres; car, où seront les vraies filles de cet Ordre qui ne l'honorent d'un honneur spécial et ne lui porteront une sainte envie, considérant tous ses avantages, et celui en particulier de la chère garde qu'il a du sacré corps de son saint Fondateur, grâce certes toute précieuse, et dont il doit rendre le sacrifice d'une éternelle louange à la divine Majesté? Mais, ô mes très-chères Sœurs, que pensez-vous que doivent être les sacrifices de ses louanges, pour la reconnaissance d'un si grand bienfait? Rien autre, certes, que la constante et persévérante offrande d'une très-exacte et sainte observance de tout ce que contient l'Institut; en sorte que toujours on l'y trouve en pratique et en sa parfaite vigueur et intégrité. Voilà, mes très-chères Sœurs, à quoi nous oblige notre droit d'aînesse. Demeurons donc très-humbles, basses et craintives devant Dieu, honorant nous-mêmes la dignité qu'il a mise en nous, non pour nous en faire estimer plus que les autres, ce qui serait faire tourner à notre perte le plus riche trésor que nous ayons; mais pour nous rendre les plus humbles, les plus petites et les plus fidèles de toutes. Dieu nous en fasse la grâce ! Amen.
Oserais-je ajouter une très-humble prière à nos très-chères Sœurs les Supérieures? Qu'elles pensent à celte parole que la Règle nous dit « que nous soyons, devant Dieu, sous les pieds de toutes nos Sœurs». Oh Dieu! si nous les traitions avec ce sentiment, si nous aimions nos Sœurs d'un amour parfaitement
maternel, lequel est soigneux, vigilant et ardent au bien de ses enfants ; si nous gouvernions selon l'esprit de la Règle , et non selon la prudence et sagesse particulières, nous attirerions sur nos familles toute sorte de bénédictions. Ayons un grand soin de tenir l'esprit de nos Sœurs tranquille, content, assuré de notre bienveillance et soin maternel , et nous en ferons ce que nous voudrons. Faisons-le donc, mes très-chères Sœurs, et recevez avec amour, je vous supplie, ce que je vous ai dit par le seul mouvement de l'amour ardent que j'ai pour vous, et du pressant désir que j'ai, que l'entière et très-exacte observance règne à jamais dans nos maisons, et que nous les gouvernions selon les instructions et l'esprit de la Règle, et non selon le nôtre particulier : c'est tout ce que mon âme souhaite, et que derechef je vous recommande en toute humilité, avec les plus tendres affections de mon cœur et les plus étroites conjurations que je puis. Mes Sœurs très-uniquement chères, tout notre bonheur consiste en cela ; nous y sommes obligées par vœu ; c'est notre chemin de perfection dans lequel Dieu veut que nous cheminions; c'est de quoi il nous faudra rendre compte à l'heure de la mort; pensons-y, je vous en conjure. Je supplie la divine Bonté, par l'intercession de sa sainte Mère et de notre Bienheureux Père, de répandre en toute abondance sur nous les trésors de sa divine grâce, afin que généreusement et gaiement nous persévérions en cette voie, en laquelle je vous souhaite le comble de toute perfection en cette vie, et la désirable réussite de la bienheureuse éternité.
Pardonnez à ma longueur et à ma confiance, et obtenez de la divine miséricorde le salut éternel pour celle qui vous souhaite le comble des plus riches grâces de notre bon Dieu, et qui est d'une affection infinie toute vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCVII (Inédite) A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON
A ÉVUX
Il ne faut pas appréhender la pauvreté , mais s'abandonner entre les mains do
Dieu.
VIVE f JÉSUS !
[Chambéry, 1626.]
Mon très-cher frère,
Je vous assure que je n'ai affaire temporelle que j'aie plus à cœur que celle de nous faire décharger de ces tailles. Je suis encore ici où je m'essayerai de faire tenir parole à ces beaux prometteurs. J'ai dit à AI. de Blonay comme notre Sœur la Supérieure devait écrire à madame et à ses amis de delà, et au Père Monod, afin que si nous ne pouvons rien faire de deçà, l'on prenne cette voie-là, car il n'y a rien de plus facile que cela; et l'on obtiendra fout facilement, pourvu que vous fassiez bien le narré, dans Votre requête, de ce que vous payez de tailles, et des extraordinaires, et que cela ne chargera point le peuple, s'il est bien fait comme il faut.
Je suis bien aise que vous ayez traité avec le père de notre Sœur M. -Nicole, comme vous avez fait. Véritablement il le mérite, et ne craignez rien que je gâte de ce côté-là. Mais je vous prie d'encourager un peu notre Sœur la Supérieure, de n'appréhender pas tant la nécessité, car il me semble que cela est poulies personnes séculières, et non pas pour les servantes de Dieu qui se doivent pleinement confier en sa Providence, laquelle ne nous manquera jamais. Mon très-cher frère, pourvu que le spirituel aille bien, je ne crains rien pour le temporel. — Je suis un peu étonnée de ce que les Pères n'ont porté aucun linge, à ce que l'on dit. Dieu soit béni de tout! Me voici dans un accablement nonpareil, mais toujours toute vôtre, et d'une affection invariable,
Mon très-cher frère, le Pèrerecleur m'a assuré que si le Père Dufour était nécessaire pour ces affaires, il le ferait venir,
Votre très-humble servante, etc.
Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCVIII [Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIJ1ÉE DE RLO.VAY
SUPÉRIEURE A I.VOX
Retour de la Sainte à Annecy.
vive f jésus!
Chambéry, 12 mars [1626].
Ma thès-chère fille,
J'ai reçu le Coutumier; nous en parlerons, Dieu aidant, à notre entrevue; car je ne le puis faire nullement entre ci et là, étant si fort accablée d'affaires que, dès dix jours que j'ai reçu une fort grande quantité de lettres, à peine en ai je vu le quart et n'ai su ouvrir de celles que vous m'avez envoyées que les vôtres et celles de notre Sœur [la Supérieure] de Moulins. — Xous retournerons à Xessy, ayant, grâce à Dieu, assisté au traité fait avec les bons Pères Jésuites, où tout s'est passé comme il faut. Je ne puis rien ajouter, ma très-chère fille, sinon que vous êtes en vérité ma très-chère et très-cordiale fille, et toutes nos bonnes Sœurs, mes filles bien-aimées.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy
LETTRE DCCIX
A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTOiV
A ÉVIA.V
Affaires temporelles. — Projet de voyage à Eviau au retour de Lorraine.
vive -J- jésus!
Annecy, 23 mars [1626],
Mon bon et très-cher frère,
Je viens de recevoir vos lettres, tout tard après la collation, [ce] qui m'empêche de vous écrire de ma main. Enfin, mon cher frère, je suis tellement lassée et recrue de la poursuite de ces tailles, que je suis tout à fait résolue de ne m'en plus mêler. Tout le monde me rebute pour cela, et personne ne nous y veut assister. L'on me fuit pour cela, disant que c'est une demande hors de propos et qui sera trop mal reçue des princes. C'est pourquoi je n'y vois plus de remède que celui que je vous ai mandé, que ma Sœur la Supérieure écrive à madame la princesse pour lui demander celte grâce, sinon [tout entière], au moins en partie, et j'espère que si vous dressez bien la requête, on l'obtiendra; qu'on écrive aussi au Révérend Père Alonod et autres amis et personnes de connaissance. Vous saurez bien faire toutes ces lettres-là, mon cher frère, car vous êtes si brave homme en tout. — Il ne faudrait pas oublier de demander trois ou quatre minots de sel.
Si l'on envoie les lettres avant mon départ, je recommanderai encore l'affaire à l'Infante Catherine, laquelle la. poussera de bonne sorte, car elle nous aime de tout son cœur. Mais surtout que ma Sœur la Supérieure écrive de bonne encre au Révérend Père Monod, et qu'elle demande aussi à Mgr de lui en écrire. Si ce moyen manque, il faut faire ce qu'on pourra pour s'accommoder avec les paroisses, et je pense que ce sera le plus court et le plus vite fait. [Plusieurs lignes illisibles.} Croyez, mon cher frère,
que si nous cherchons avant loutes choses le royaume de Dieu, tout le reste suivra. Si nos Sœurs ont cette parfaite confiance, elles verront les merveilles de Dieu. Si bien quelquefois II dénie son secours, c'est pour le donner plus abondamment par après aux âmes qui espèrent en Lui. Cependant, selon le pouvoir qu'il plaira à Dieu nous donner, nous les aiderons. Pour le présent, il nous serait impossible, car nous sommes à l'emprunt; mais il nous est dû tant d'argent, nous espérons en avoir dans quelques mois.
Au reste, il est vrai, mon cher frère, nous allons incontinent après Pâques en Lorraine. Je m'étonne comme je me suis oubliée de vous le mander, et à ma Sœur la Supérieure, laquelle j'aime de tout mon cœur, et toutes ses filles , encore que nous ne pourrons en façon quelconque les voir en allant, mais oui bien incontinent après notre retour qui sera dans quelques mois, Dieu aidant; et certes, pour vous dire franchement, mon très-cher frère, je leur eusse changé leur Mère pour la mener en Lorraine, mais il ne leur faut pas faire tant de mal à la fois.
S'il vous plaît, mon cher frère, nous adresser quelque commodité assurée pour faire tenir la demi-année de la mission au Révérend Père Buinant, que je salue de tout mon cœur, et me recommande à ses saintes prières. Si je pouvais, je lui écrirais ; mais certesje n'en ai pas le loisir. — Je vous supplie, mon très-cher frère, que celle lettre soit commune à vous et à ma chère Sœur la Supérieure, car je ne puis aussi lui écrire. Je la salue chèrement derechef avec vous et loutes nos Sœurs. Je prie Dieu qu'il vous comble de ses saintes bénédictions, et demeure de toute mon affection, votre servante.
Conforme à l'original gardé aus Archives de la Visitation d Annecy.