‹ Lettres (volume 3)Chapitre 335 sur 351 · A LA MÛRE MARIE-FRANÇOISE HUUBERL · texte numérisé non relu

A LA MÛRE MARIE-FRANÇOISE HUUBERL

SUPÉRIEURE A ÉVIAX

Il faut servir le Seigneur avec gaieté et générosité.

vive ■{• JÉSUS !

[Annecy, avril 1626.]

Ma très-chère fille,

Notre bon Sauveur remplisse votre chère âme des fruits et saintes consolations de son amère et très-amoureuse passion !

Je trouve fort à propos le changement que vous me proposez pour les novices, et j'ai répondu à tout le reste à notre bon M. Piolon, qui vous dira de bouche tout ce qui s'est passé entre nous. Ma très-chère fille, soyez bien généreuse et gaie en ces services auxquels [Moire-Seigneur] vous emploie. Si les commencements sont épineux, la fin en sera meilleure, et rien ne manquera de ce qui sera en notre pouvoir, Dieu aidant, auquel je vous conjure et toutes nos Sœurs de me recommander souvent, puisque sans réserve je suis et serai toujours toute

vôtre.

Dieu soil béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy,

LETTRE DCCXIII

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SiriiltlEURE A LYON

Opinions diverses sur les retranchements à faire aux Epîtres de saint François de Sales. — Règles pour le discernement des esprits. — Discrétion de la Sainte dans sa correspondance; elle demande conseil ù ce sujet, et se plaint de ce que les Sœurs d'Annecy écrivent des choses élogieuses sur sa personne.

VIVE -J- JÉSUS.'

[Annecy, 1626.]

Ma très-chère fille,

Parce que j'ai un peu mal à la tète aussi bien que vous quelquefois, j'emprunle la main de ma Sœur Anne-Marie pour vous écrire. Je vous remercie très-humblement du soin que vous avez eu d'envoyer le livre des Epîtres ; je le lis avec grand goût. Je n'y ai pas encore rencontré chose qui mérite beaucoup d'être retranchée. Hier, j'en parlai à M. le président de celte ville, qui est homme de très-bon jugement; il me dit que si on retranchait les paroles affectives, l'on en ôterait l'esprit de notre Bienheureux Père, et qu'il n'avait vu chose digne d'être retranchée, si est-ce qu'il en soit sur les derniers livres. Mgr de Genève dit le même, et disait que s'il n'y avait point de paroles de compliments et recommandation, elles ne ressembleraient pas à des Epîtres; enfin, ma très-chère fille, chacun a son goût.

Je bénis Dieu de voir croître le nombre des bonnes âmes en votre maison. Celle pauvre fille tisserande sera un grand trésor en votre maison, si elle est telle qu'on la conjecture, et certes elle en a de bonnes marques; car ces Vertus que vous me marquez sont les preuves certaines de très-grandes grâces. Si elle a eu toutes ces lumières et révélations dès qu'elle est en votre maison (car il me semble que le visage est le miroir de l'àme en ces occasions-là), il m'est avis que [pour quelque peu

de semaines, il la faul laisser aller son Irain, afin que vousmême le voyant vous en fassiez plus solide jugement. Après quoi, si vous le trouvez bon, je la mettrais au train des autres pour éprouver sa souplesse et mieux reconnaître son esprit, et je l'occuperais extérieurement en quelques petits emplois et services : cela ne divertira point les opérations de l'Esprit de Dieu en elle; et, si la grâce est vraie, elle l'accompagnera partout et lui fera tirer du profit, et, à vous, la connaissance plus certaine comme vous la devrez conduire, ou pour mieux dire; comme vous devrez, coopérer à la conduite de l'Esprit de Dieu en elle. Rendez-la très-affectionnée, et toutes vos filles, à prier Dieu pour l'Eglise et l'union entre les princes chrétiens. — Je pense que la bonne veuve trouvera ma réponse un peu bien sèche ; mais vous m'avez dit que je la fasse ainsi pour elle; certes, les esprits légers et peu solides sont comme le sable mouvant, sur lequel on ne peut faire un ferme fondement ; et avec cela [elle a] les passions fortes : c'est beaucoup de besogne tout ensemble. Elle a pourtant de bonnes qualités; si elle pouvait obtenir de se modérer, parle moyen de la mortification, elle serait digne de considération et de la grâce de la profession. Je ne vous en peux rien dire davantage; et vous et vos filles voyez bien ce qu'elle fait. Ayant bien recommandé l'affaire à Dieu, ce qui se résoudra en Chapitre sera [inspiré de] l'Esprit de Dieu, et il faudra s'y soumettre de bon cœur, et laisser le soin de l'exécution à sa Providence.

Certes, ma très-chère fille, je suis bien aise que par la ceinture de saintAugustin noussoyonsassociées à madame de Saint-Pierre; mais quant à lui faire les prières à son décès, comme pour nos Sœurs, je n'en ai ni le cœur ni la volonté; nous prierons pour elle, et la mettrons à notre intention. — Certes, je serais bien aise que madame de Chcvrières fondât une de nos maisons; elle a l'esprit tout propre pour être fondatrice. — L'argent que nous vous avons envoyé, c'est le pardessus de vingt-cinq pistoles,

que nous vous remboursâmes, de l'argent que vous nous aviez fait tenir pour voire tabernacle; car nous les avions avancées pour vous à M. le cbevalier Balbian, lequel nous avait envoyé le mémoire de ce qu'il avait fourni pour vous; mais je l'ai perdu, et je lui ai écrit afin qu'il le renvoyai; inconlinent que je l'aurai, je vous le manderai, afin que vous donniez ce que vous devez de reste à M. Lumaque. — La pauvre petite Sœur M. -M. Machet était trop ardente, elle ne pouvait pas durer; il y a bien de l'apparence qu'elle deviendra étique.

Oui, ma très-chère fille, je lis toutes les lettres qui me sont écriles ; \Ce qui suit est de la main de la Sainte.] car je n'ose les communiquer que je ne les aie vues. Quelquefois, mais c'est très-rarement, je dis [ce] que je veux répondre et les donne afin d'aider la mémoire de celle qui le doit faire. Or, je voudrais bien que vous sussiez de quelque personne capable, si, ayant une Sœur de grande vertu capable de m'aider et conseiller, je ne pourrais pas lui communiquer loutes choses avec une entière confiance et sans scrupule. Je vous prie, sachez cela ; car ce me serait un grand soulagement lorsque noire Sœur Péronne-Marie sera ici, laquelle me tient en peine pour son retour, à cause de ces gens d'armées. Je ne pense pas, ma fille, qu'elle puisse retourner à Lyon, de Grenoble; le détour serait trop grand. — Pour notre passage allant en Lorraine, Dieu sait si nous le ferions volontiers vers vous; mais il nous faudra accommoder à la sûreté des chemins.

Il n'y a eu nul mal d'envoyer la lettre qui vous loue; mais il ne leur faut pas souffrir de le faire ailleurs. Certes, je pense que nos Sœurs de céans font ces impertinences-là; je n'ai pas loisir de voir leurs lettres; je le leur ai fort défendu, mais il leur semble qu'en ce qui me regarde, il ne faut pas m'obéir. De vrai, j'en souffre quelquefois, et vous prie, ma très-chère fille, que vous brûliez loutes celles qui vous tomberont es mains, quand elles feront cesvanlauces elvaines louanges; nous n'avons rien à faire

de cela. Vous me dites bien vrai pour la Mère de Paris; sur un billet qu'elle m'a écrit, je ne manquerai pas de lui dire un mot d'avis.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCCXIV (Inédite)

A LA MÊME

Légères corrections à faire au Coutumicr. — Promesse de passer à Lyon au refour de Lorraine.

VIVE \ JÉSUS

Annecy, 7 avril [1626].

Ma très-chère fille,

Encore donc ce mot après n'avoir cessé d'écrire tout le jour de ça et de là. ï)ieu veuille au moins que tout soit selon son bon plaisir! Je vous assure, ma fille, que comme je me fis lire, l'autre jour que j'étais au lit, le Coutumier, je trouvai [bien] cela que M. Rosset a accommodé, (s'entend quelques articles); car, pour les Directoires, il les faut laisser comme notre Bienheureux Père les avait faits. Donc, que M. Rosset accommode ce qui reste1, afin que nous trouvions cela fait quand nous arriverons à vous, qui sera, Dieu aidant, vers la septembre.

Je vous supplie, ma très-chère fille, que nous sachions de vos nouvelles en Lorraine. Nous vous envoyâmes, l'autre jour, un gros paquet. Je ne sais si vous aurez reçu notre plan, que nous vous envoyâmes par Chambéry, pour nos Sœurs de Valence. Bonsoir, ma toute chère fille, et à nos chères Sœurs. Priez bien Dieu pour nous. Il soit béni !

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

' Il ne s'agit que de corrections d'orthographe et de style.

LETTRE DCCXV

A LA MÈRE PÉRONNE-MARIE DE CHATEL

â EMBRUN

L'arrivée de la Mère de Chàtel est différée. — Regrets et résignation de la Sainte

à ce sujet.

vive -j- JÉSUS !

Annecy, jour de la sainte mort de \olre-Sei<jiieur [10 avril 1626].

Ma très-chère fille j

Vous m'avez grandement obligée de nous faire savoir ce que c'était de votre retardement, avant notre départ qui sera, Dieu aidant, le mercredi de Pâques, ne pouvant à mon regret différer, à cause des assignations données pour l'équipagede Lorraine. J'acquiesce de bon cœur à la privation de celle consolation, laquelle je ne méritais pas, et je vous supplie de faire le même, et de ne point donner tant d'affliction à votre chère âme, mais la tenir en paix dans la volonté divine; et ceci, je vous conjure de le faire par l'amitié que vous me portez, tranchant court toutes ces réflexions sur votre insuffisance à gouverner. Tout le monde, et surtout celle famille, se réjouit de votre retour.

Je n'ai eu garde d'envoyer la lettre que vous écriviez à Mgr; il n'a pas un brin d'ombrage, ains je l'en ai tenu fort éloigné, il y a fort longtemps, sur les périls du voyage, de sorte qu'il sera tout content de vous savoir heureusement arrivée à Embrun '. Je lui viens d'écrire; mais, certes, je n'oserais en

J La Mère de Chàlel, après avoir achevé la fondation du monastère d'Ahc 6n Provence, était rappelée à Annecy, pour seconder sainte de Chantai, accablée de sollicitudes, et, en son ahsence, la remplacer comme assistante commise. En rentrant en Savoie, elle visita les monastères de Marseille et d'Avignon, puis séjourna quelque temps à celui d'Embrun pour affermir cette petite communauté qui comptait à peine une année d'existence, et y faire élire une Supérieure. La Mère de Chaugy raconte en ces

façon quelconque lui parler de votre séjour là, ni de vous faire retarder nulle part, parce que cela s'est déjà trop fait, et je sens sensiblement qu'il s'en fâcherait et ne l'agréerait pas. Je lui ferai bien trouver bon votre séjour pour établir la Supérieure là, et certes, je suis fort aise que nos Sœurs choisissent notre petite Sœur M.-Augusline [QuinsonJ1. Je crois que Dieu gouvernera Lui-même celte maison en elle, car c'est une âme qui est toute en la main de Dieu. Certes, me voilà contente de les savoir en cette résolution.

Il serait besoin que vous fussiez ici avant le départ de Mgr pour sa visite, qui sera, je pense, quinze ou dix-huit jours après Pâques. Je ne l'ai pu savoir assurément, parce qu'il s'est trouvé déjà parti de son logis pour aller ouïr la Passion, dont je suis bien marrie; car, n'ayaut réponse, je ne puis vous rien dire d'assuré, sinon qu'à mon avis, il est expédient que vous veniez, sans plus de remise, le plus tôt qu'il se pourra. Je vous laisserai un mémoire le mieux que je pourrai. Dieu ! si j'eusse pu seulement vous voir un jour! Oh bien! Dieu ne le veut pas ; son saint nom soit béni ! Amen.

Venez gaiement et de bon cœur, vous serez bien reçue, car vous êtes bien désirée, et vous trouverez Mgr fort bon, quoique un peu absolu. Traitez avec lui tout franchement et cor-

leruies l'établissement de la nouvelle maison, qui date du 25 avril 1625 : ii La ville d'Embrun, dit-elle, ayant pourchassé et poursuivi l'honneur et bénéfice d'avoir des filles de Sainte-Marie, Mgr l'archevêque donna les permissions avec joie, et M. Aymé, docteur en droit et sacristain de l'église d'Embrun, fit toutes les poursuites, acheta une maison au nom des Religieuses, la fit accommoder, et ayant ainsi mis toutes choses en bon ordre, s'adressa à notre monastère de Grenoble pour avoir des Sœurs. L'on envoya nos chères Sœurs Jeanne-Hélène de Gérard, Scholastique-Madeleine de Bonnet, Marie-Scholastique de Fromenton, Angélique-Françoise de Garcia ( Marie-Augusline Quinson, Marie- Aimée Bon, Marie-Hippolyle de Callisieux et Marie -Dorothée Balliard. » [Histoire inédite de la fondation d'Embrun.) 1 Elle ne fut cependant point élue à cette époque, vu sa grande jeunesse.

dialement. Je salue, mais chèrement, nos Sœurs, surtout la petite Supérieure, qui est bien avant dans mon cœur, et votre bien-aimée économe.

Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCCXVI {Inédite)

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