A EMBRUN
Conseils et encouragements pour l'exercice de sa charge. — Détails sur la communauté d'Annecy.
vive f JÉSUS!
[Annecy, 1626.]
Ma très-chère fille,
Je désirerais vous écrire un peu longuement, mais il n'y a moyen : Dieu suppléera à ce défaut. Ne témoignez point à nos Sœurs que vous ayez eu une ombre de crainte de nous ennuyer par votre retardement, car aucune n'en a rien connu, sinon au commencement notre Sœur C. -Catherine qui en faisait l'étonnée ; mais oui bien, dites le grand désir que vous aviez de venir, et combien vous étaient sensibles les traverses et empêchements que les guerres des huguenots vous faisaient pour cela.
Entreprenez la conduite de celte chère maison avec un grand courage et liberté d'esprit : vous trouverez, à mon avis, des filles grandement sincères et sans résistance, au moins je les trouve fort à mon gré. Vous connaissez notre Sœur Marie-Madeleine [de Mouxy], elle est toute bonne. Notre Sœur Anne-Marie [Rosset] est toujours elle-même. Notre Sœur Marie-Gabrielle [Clément] est sans tare que ses scrupules, par lesquels notre bon Dieu l'épure ; mais elle est toute tranquille en son trouble. Notre Sœur Claude-Agnès [Daloz] est une vraie Israélite, de laquelle notre Rienheureux Père avait très-bonne opinion ; nous l'avons laissée au noviciat, avec l'espérance que vous l'aideriez fort à bien faire sa charge, car les novices sont bonnes, et je n'y vois rien à redire qu'à la veuve. Notre Sœur B. -Marguerite [Valeray] a le cœur bon et de bonne observance, mais une petite
mine qui semble affectée. Xolre Sœur J. -Madeleine a été huguenote; elle est bonne, mais non encore bien claire en son intérieur; traitez-la amiablement, et l'écoutez, afin qu'elle ait le loisir de se bien découvrir, car il lui faut du temps. Notre Sœur Françoise-Angélique est une âme fort humble, toute bonne et un peu craintive ; il la faut attirer doucement : sa compagne de la sacristie, Sœur Louise-Dorothée [de Marigny], est un vrai bon cœur, bon esprit, plein du désir de [bien] faire, mais encore un peu jeune. La Sœur Claude-Simplicienne [Fardel] est toute bonne et toute à ses Supérieures, mais un peu sècbe, quoique malgré elle. Notre Sœur C. -Jacqueline [.loris] est infirme de corps, un peu tendre, bonne de cœur, mais qu'il faut soutenir cordialement. Sœur Louise-Bonaventure [Rebitel] est aussi fort bonne fille, qui a exercé une vertu incroyable en ses infirmités; il en faut avoir un soin particulier, afin qu'elle ne se dissipe à la porte. Nos Sœurs C.-Cbarlotte [de Nouvelle] et C. -Christine [de Paumes] sont toutes de Dieu, surtout la dernière qui est une âme fort pure, et certes, je trouve que toutes le sont.iXotre SœurMarie-ïnnocente [deSaint-André], il la faut aider et soutenir en ses bons désirs; je trouve qu'elle fait assez, grâce à Dieu, et a le cœur fort bon et touché de Dieu. Notre Sœur Jeanne-Louise [de Champagne] aie cœur bon, sincère; il la faut encourager à travailler, car elle a grand désir du bien.
Les deux petites jeunes professes sont des agneaux tout purs; la grande Marie-Aimée [de Rabutin], il la faut encourager ; l'autre fait assez. Sœur Marie-Catherine [de Lonnay] est toute bonne, quoique quelquefois elle manque à la promptitude de l'obéissance. Notre Sœur Jeanne-M. [de Fontany] est toute malade, un peu difficile d'esprit, qu'elle ne peut manier comme elle voudrait, un peu chagrine, mais, las ! tant bonne, tant sincère, tant fidèle à ses exercices; il lafaut traiter fort cordialement. Et notre Sœur Jeanne-Françoise prometde bien faire toujours; mais,
hélas ! elle n'a pas la force d'esprit pour tenir ferme '. Je ne vous dis rien de notre Sœur Claude-Catherine [de Vallon], car vous la connaissez; aidez-la bien, je vous en prie. Notre bon Dieu répande sur vous, et sur toute cette bénite troupe, l'abondance de ses bénédictions; je vous la recommande comme la chose du monde qui m'est la plus chère, et que j'aime tendrement.
Nous emmenons de très-bonnes filles à mon gré ; priez pour cette fondation. — Je ne vous dis rien des affaires; notre Sœur Marie-Madeleine vous en parlera assez ; je vous recommande notre Sœur de Chambéry et les autres. Mgr est tout bon, un peu court à cause de ses affaires ; traitez avec lui fort franchement, selon votre prudence. Bonjour, ma très-chère fille; j'espère, Dieu aidant, vous revoir sur la fin de l'été. Croyez que mon cœur vous chérit comme lui-même, et est tout vôtre.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie gardëe aux Archives de !a Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCXVIII (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIAIÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYON
Dispositions pour le voyage de Lorraine. — Affaires.
vive f jésus!
[Annecy], 26 avril 1626.
Ma très-chère fille,
Certes, l'affaire des Révérends Pères Jésuites mérite bien qu'on la recommande à Notre-Seigneur ; nous le ferons soi-
1 Celte Religieuse, propre nièce de saint François de Sales, ayant fait une chute dangereuse peu après sa profession, ses facultés intellectuelles demeurèrent légèrement affaiblies, et, selon la prophétie de son saint Oncle, elle se sanctifia dans l'abjection et par l'abjection.
gneuseraent. Je le recommanderai à nos Sœurs, qui prieront pour cela de bon cœur.
Quant à la litière, nous avons mandé* un homme au devant, afin qu'elle nous aille prendre à la couchée demain au soir; oar nous partons dès le matin [pour la Lorraine] l. Or, nous payerons ce qu'il faudra; car il n'est pas raisonnable que ce soit aux frais de votre monastère ; c'est assez que vous ayez pris la peine de la faire avoir. Nous vous en remercions bien fort. A la vérité, ma très-chère fille, j'ai autant d'envie de vous voir que vous en sauriez avoir; ce sera donc à notre retour infailliblement , s'il plaît à Notre-Seigneur. Si vous pouviez remettre jusqu'à ce temps-là de faire les treilles [grilles] de votre chœur, nous les verrions et [nous] ferions entendre comme il les faut. — Pour votre procuration, nous ne l'avons point vue ; si vous l'envoyez, ma Sœur Féronne-Marie sera ici, Dieu aidant, dans douze ou dix-huit jours, elle en aura bien du soin. On y fera enfin tout ce qu'on pourra.
Ma très-chère fille, je suispar delà l'accablement! je ne puis
1 On doit à la Mère de Chmujij les détails suivants sur l'origine du monastère de Pont-à~Mousson : « Comme c'est vraiment l'office des grandes vertueuses et généreuses veuves, à l'exemple de l'incomparable Judith, de se rendre les bienfaitrices de leur patrie, madame Anne de Génicourt, veuve de haut et puissant seigneur Nicolas de Haraucourt, conseiller d'État de Son Allesse, et sénéchal de Lorraine, ayant appris la bonne odeur de piété que nos monastères de France répandaient par tout le royaume, fut inspirée de parfumer la Lorraine de l'odeur de ces basses violettes, se rendant fondatrice d'un de nos monastères. A cet effet, elle obtint la permission du sérénissime duc Charles IVe et de très-honoré seigneur Nicolas de Mauléon la Bastide, vicaire général de Toul, sous l'Allesse de Mgr Nicolas de Lorraine, pour lors évoque et comte de Toul, Après cela, cette grandeet pieuse dame écrivit à notre digne Mère de Chantai, la conjurant d'accepter sa fondation. En effet, le 27 avril 1626, cette unique Mère partit pour commencer le monastère de Pont-à-Mousson, emmenant avec elle les Sœurs Paule-Jéronyme Favrot, Claude-Thérèse d'Albamey, Louise-Françoise de Regard, Marie-Jacqueline Guiraud et Marie-Philiberte Burquier. » (Histoire inédite de la fondation de. Pont -à-Mousson.)
voir ce que notre Sœur vous dit. Mon Dieu! ma fille, que je suis marrie du mal qui continue à cette petite Sœur, mais j'espère que Dieu en tirera sa gloire. Il soit béni! Adieu; priez pour celle qui est toute vôtre.
Conforme à l'original yardé aux Archives delà Visitation d'Aunecy,
LETTRE DCCXIX
A LA MÊME
Nouvelles du voyage. — Eloge du Père dom Juste Guérin. — On traduit en latin l'Introduction à la vie décote.
VIVE j JÉSUS !
Salins, 1626,
Ma très-chère fille,
Nous voici arrivées heureusement, grâce à Noire-Seigneur, jusqu'à Salins. Il est vrai que nous courûmes une fois trèsgrand hasard de nous précipiter; mais la bonne main de Dieu nous soutint, dont je le bénis de tout mon cœur. Nous menons de si bonnes filles en celte fondation, que cela me console fort, et m'en fait espérer beaucoup de gloire à notre bon Dieu.
Le Père dom Juste pâtit grandement à Rome ; priez fort pour lui; c'est une digne âme toute de Dieu, à notre Bienheureux Père et à nous. Il veut que je fasse ses excuses de ce qu'il ne vous a pas écrit en réponse de la vôtre. Il me dit qu'il ne le veut pas faire qu'il n'ait réponse de Mgr le cardinal sur la dernière demande que nous lui avons faite de noire Office. Ce bon Père m'écrit que M. Ramus a traduit Y Introduction en latin, et désire la faire imprimer à Lyon. Je vous prie d'en parler au libraire, et de faire savoir au Père dom Juste la réponse.
Nous avons donné au muletier deux pistoles. M. Michel, à son retour, vous fera tenir le resle. Ma très-chère fille, priez
bien Dieu poumons, car, en vérité, vous êtes ma très-chère fille,
que je désire être avec moi tout anéantie et fondée en notre
divin Sauveur,
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCXX
A LA MÈRE MARIE-FRANÇOISE Hl'MBERT
SUPÉRIEURE \ Kin\
Annonce de plusieurs postulantes; avec quel soin il faut les choisir. vive \ JÉSUS !
[Pont-à-Mousson], 11 mai [1626].
Ma très-boxxe et chère fille, M. Michel vous dira toutes nos nouvelles ', et ce que nous avons tâché de faire pour des filles qui aient quelque commo-
1 Mais, parmi ces nouvelles, il en est que l'humilité de la Sainte aurait voulu dérober à la connaissance de ses filles, et dont l'Histoire des Fondations nous a transmis les louchants détails. Nous y lisons, en effet , que la Vénérable Mère de Chantai avait été précédée en Lorraine par une haute réputation de sainteté; aussi son passage à travers cette province fut un véritable triomphe, ou plutôt un cruel supplice infligé à son humilité. Tantôt on voyait des personnes de qualité, telles que madame de Château-Rouleau, vénérable septuagénaire qui menait une vie toute sainte, se jeter à ses pieds pour recevoir sa bénédiction-, tantôt, comme à Besançon, « les dames, les seigneurs et les magistrats la visitaient sans interruption, et quand elle sortait, le monde faisait une foule nonpareille pour s'empresser à lui couper ses habits.» Les chanoines de cette ville lui accordèrent même une faveur ordinairement réservée aux rois, celle de vénérer le suaire sur lequel Notre-Seigneur imprima l'image de sa face adorable. A Nancy, la princesse de Salzbourg, sœur du duc Charles IV, Madame de Lorraine, et la princesse Claude, sa sœur, s'empressèrent de la visiter. Il n'y eut pas jusqu'au cardinal de Lorraine qui ne voulût témoigner de sa vénération pour la Bienheureuse Fondatrice, en présidant la cérémonie d'établissement du monastère de Pont-à- Mousson, qui se fit le fi mai de cette année 162fi.
dite à vous porter. Ma très-chère fille, ayez bon courage, et vous confiez fort en Notre-Seigneur. Vous verrez qu'il vous bénira et fera croître en toute façon, j'en supplie sa bonté.
Si l'on ne s'établit à Besançon , bientôt vous aurez force filles de là, et de bonnes. Véritablement, il faut être un peu ferme à n'en recevoir point qui ne soient capables de notre esprit, autrement l'on détruirait les maisons. Or, je sais que vous avez l'œil à cela ; mais croyez qu'il est bien nécessaire de Ty avoir.
Il me tardera d'avoir de vos nouvelles. Certes, il y aura de la difficulté d'en recevoir, car nous sommes ici bien écartées ; mais assurément, Dieu aidant, nous retournerons au temps que nous avons dit. Cependant, ma très-bonne et très-chère fille, ayez souvenance de prier pour nous, et nos très-chères Sœurs aussi, lesquelles je salue de toute mon affection avec vous, sans oublier le Révérend Père Jésuite et notre bon M. Pioton.
Je pense que nos Sœurs de Nessy vous auront écrit que M. d'Hôtel me donna, avant notre départ, nouvelle assurance pour l'exemption des tailles. — Je prie Dieu qu'il règne à jamais dans votre cœur que j'aime de tout le mien, je vous en assure, et suis vôtre tout à fait.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy
LETTRE DCCXXI
A LA MÈRE MAR1E-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYON
Incidents de voyage. — Projet de fondation à Paray-le-Monial. — Estime dont jouit le monastère de Pont-à-Mousson. — La Vie et les écrits de saint François de Sales sont très-répandus en Lorraine.
VIVE -j- jksus!
Pont-à-Mousson, 14 mai [162G],
J'avais déjà ressenti de la douleur de la lettre que M. N. vous écrivit, car il m'en dit quelques mots, et si le muletier n'avait été parti, alors, certes, je l'eusse retirée et l'eusse brûlée. Je lui témoignai bien que j'en étais mortifiée; mais il a l'esprit tellement contrôleur, que j'ai prou peine à le tenir dans le respect qui est convenable. Au reste, il est tout bon ; mais en cela, il se rend fàcbeux. Déjà, il fut cause que nous ne prîmes pas la litière de M. d'Uriage, qui nous la donnait d'un cœur entier, parce qu'il avait l'inclination que j'allasse à cheval pour nous entretenir à l'aise. Cela lui part d'une si bonne affection, que je lui condescendis de bon cœur, sans lui faire semblant de rien, car il ne le faut pas faire aussi; mais je vous assure, ma très-chère fille, que si Dieu ne vous eût inspiré nous envoyer la litière, je crois que je fusse demeurée par les chemins, et n'eusse point eu la force de faire ces quatre journées-là à cheval. Certes, j'ai toujours cru, et nos Sœurs aussi, que ce fut un secours de la Providence divine. Il faut avouer que je m'affaiblis fort, et que l'équipage des litières ou carrosses m'est tout à fait nécessaire.
Véritablement, je ressens encore les petites mortifications que vous recevez en l'exercice de l'assistance que vous rendez à nos maisons. Il y a longtemps que j'ai envie de faire cesser le tracas que vous en recevez; du moins, il le faut régler,
quand Dieu me fera la grâce de vous voir. Mon Dieu ! ma très-chère fille , que j'espère de consolation et de profit de cette entrevue!
Je ne sais que vous dire de la proposition qu'on vous fait de la fondation de Paray ; car je ne sais s'il y a du secours spirituel, et si la ville est propre [à en avoir plus tard]. Si elle l'est, vous feriez bien de l'accepter, si les filles sont bonnes, afin de glorifier Dieu en ce lieu-là, et d'ouvrir par ce moyen la porte à vos poursuivantes. — Je loue Dieu de l'amendement de votre petite malade spirituelle et du bon état de nos chères Sœurs d'Avignon.
Tous les mois, il va un messager de cette ville à Dijon ; je vous écrirai toujours et le plus que je pourrai. M. Michel se charge de vous écrire toutes nos nouvelles. — Nos Sœurs seront fort bien ici ; elles sont aimées et en estime en ce pays à cause de notre Bienheureux Père. Nous avons une fondatrice toute selon mon cœur; rien ne m'y fâche , sinon qu'elle nous donne trop, car elle ne veut pas que rien nous manque. — Bonsoir, ma très-bonne et ma très-chère fille, et le bonsoir à toutes nos Sœurs. Notre doux Sauveur fasse son règne en nous et soit béni ! Amen.
[P. S.] Je suis bien aise, ma très-chère fille, de quoi on ne fera pas si tôt la seconde édition des Epîtres, et de ce que ce bon libraire en a amoindri le prix. On les désire ici grandement, et partout où nous sommes passées ; mais l'on a peine de savoir chez qui elles sont imprimées , parce qu'on avait accoutumé [de faire imprimer chez] M. Rigaud. La Vie de notre Bienheureux Père court fort par ce pays, et est bien goûtée; [celle] du Révérend Père de la Rivière [surtout]. Dites-moi, à qui est-ce que notre Bienheureux Père écrivait cette dernière lettre, dont vous m'envoyâtes la copie sur notre départ de Nessy? il y a de bons points.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCXXII (Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
C'est une grande grâce de pouvoir suivre la communauté. — Fermeté à refuser les entrées inutiles au monastère. — Les Religieuses doivent s'abandonner à leur Supérieure pour les besoins du corps comme pour ceux de l'âme. — Eloge de madame de Haraucourt. — Pauvreté des Sœurs de Riom ; appel à la charité de l'Institut.
VIVE -j- JÉSUS !
Pont-à-Mousson, 22 mai [1626].
Ma très-chère fille,
11 me semble que de savoir voire mal et les remèdes que vous y faites, cela me soulage ; car je crois que la manne est un médicament fort profitable, et qui peut être souvent employé sans crainte de mal. Or sus, Dieu veuille faire de notre vie tout ce qui lui plaira, soit pour la maladie, soit pour la santé; c'est beaucoup de grâce, quand nous pouvons rouler parmi la communauté, et lui rendre quelques devoirs. Parlez toutefois, je vous en supplie, le moins que vous pourrez. Vous parlez trop en général, selon que je le collicje des lettres de quelques Sœurs de votre maison. Enfin, soulagez-vous en cela tant que vous pourrez.
Il ne dépend pas de moi de vous aller voir, ma très-chère fille; car si cela était en ma seule main, je pense que j'en prendrais la consolation, laquelle serait bien grande, en revoyant en ce cher lieu-là tant d'àmes qui me sont si précieuses selon Dieu, et particulièrement la vôlre, et celles de toutes nos chères Sœurs. Mais n'ayant point de nécessité, ni d'occasion apparente du service de Dieu, je ne pense pas que Mgr de Genève me le commande. Je laisse cela à Dieu, et à la disposition de ce bon prélat, si vous lui en écrivez; car, de moi, je ne le ferai pas, puisque je ne crois pas que cela puisse êlre utile, sinon à noire consolation, laquelle il ne faut chercher en cette vie.
Je suis fort aise que Mgr de Paris soil si terme pour les entrées ; puisque cela est ainsi, vous pouvez bien penser, ma trèschère fille, que je ne voudrais pas m'employerpour y contrevenir. Si je fais quelques prières pour condescendre aux amies, ce c'est pas mon intention qu'on les accorde au préjudice de nos maisons; c'est pourquoi, ma chère fille, vous ne devez point me demander pardon, car je ne suis nullement offensée en cela, et j'espère que Dieu me fera la grâce de ne jamais rien demander absolument à nos maisons qui leur puisse nuire, ni donner sujet de me le refuser. Soyez en repos pour cela, ma très -chère fille.
Il est vrai, nous ferons imprimer le Coutumier, mais non encore celte année. Certes, celles qui veulent être Religieuses, si elles ne se fient pas [pour] leur corps à la Supérieure, comme lui confieront-elles leur âme et leur volonté ? Elles ont fort à craindre, et y prenez bien garde, ma chère fille ; vous savez ce que l'expérience en a appris. Toutefois, en revoyant le Coutumier avant que l'imprimer, nous pourrons ajouter quelques paroles qui ne lient pas si absolument, et cela avec l'avis de Mgr de Genève, et de nos Sœurs les Supérieures que nous verrons à notre retour.
.Vous voici heureusement établies, et avons une fondatrice toute incomparable en bonté ; elle fait peu de choses en promesses et beaucoup en effets; c'est un esprit bien fait. Elle se rendra Religieuse quand ses affaires seront un peu mieux accommodées. Si je suis sans espérance de vous voir, je vous écrirai au long quelque chose que l'on a dite en ce pays. Bonjour, ma trèschère fille, et à toutes nos chères Sœurs et amies. Dieu nous remplisse tous de sou Saint-Esprit ! Amen.
Ma très-chère fille, la misère de nos Sœurs de Riom est parvenue à telle extrémité1 que je crois que tous les monastères de
1 On lit dans la Fondation inédite de Riom : « Il arriva en Auvergne une grande cherté qui se termina en une extrême pauvreté. Le blé se vendit
la Visitation sont obligés de leur donner un secours. Nos Sœurs de Lyon et de Nessy ont déjà mis la main à l'œuvre ; mais cela ne suffît que pour les nourrir, et sera donc besoin de les tirer d'affaire, et que pour cela chacun contribue selon son pouvoir, en vraie charité. Ne faites rien encore, car il ne leur faut pas donner par le menu, mais tous ensemble; je vous avertirai.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
LETTRE DCCXXIII
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Les Religieuses de la Visitation sont les filles du clergé. — Miracles opérés au tombeau de saint François de Sales.
vue -j- râsus!
Pont-à-Mousson, 22 mai 162&.
Ma vraie fille, Je suis de votre avis qu'il ne faut point s'attacher à la direction de personne en particulier, car nous devons avoir notre esprit universel, qui est nos observances écrites, et Messeigneurs nos évêques : c'est merveille comme nous nous trouvons bien de cette pratique. Nous sommes les vraies filles du clergé, et Messeigneurs les évêques sont nos vrais pères, et par conséquent leurs bons officiers ecclésiastiques, nos chers frères. Ils profitent avec nous, par la connaissance qu'ils prennent de l'esprit de. notre Bienheureux Père, lequel a voulu que nos confesseurs ordinaires fussent du clergé, et nos Pères spirituels de même. Mais, ma fille, d'employer quelquefois les Religieux plus conformes à notre esprit, et plus affectionnés à notre Institut,
24 francs le setier ; et nos Sœurs furent longtemps qu'elles prenaient le pain à la livre, n'ayant pas de quoi faire provision de blé. Néanmoins, ces chères Sœurs éprouvèrent que jamais Celui qui pourvoit de nourriture aux oisillons des champs n'oublie ses servantes, ni ne les laisse sans les secourir du vrai nécessaire. »