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LETTRE DCCXXVII

A MONSEIGNEUR ANDRÉ FIUCMYOT

AXC1EN ARCHEVEQUE DU BOURGES

Souhaits pour son avancement clans la pratique du divin amour.

VIVE -J- JÉSUS

Poil t-à- Mousson, 11 juin 1626.

Il n'y a que quinze jours que je vous écrivis amplement, mon très-honoré seigneur; mais je ne saurais laisser passer cette sainte octave sans vous témoigner les nouveaux désirs que je ressens pour votre avancement au pur amour de Notre-

1 « A l'Ascension de cette année, notre digne Mère, étant en Lorraine (disent les anciens Mémoires), écrivit à Mgr notre prélat pour sedéposer de sa supériorité, lequel vint signifier à la communauté la nécessité de faire une nouvelle élection; et quelques instances qu'on lui pût faire afin que notre bonne et chère Sœur Péronne-Marie de Chàtel, qui avait été rappelée en cette maison, gouvernât le monastère en qualité d'assistante jusqu'au retour de cette unique Mère, il se fallut soumettre, et notre chère Sœur Péronne-Marie fut élue canoniquement. »

Seigneur. Je ne cesse de vous souhaiter l'abondance des dons sacrés du Saint-Esprit , afin que, comblés de ses célestes faveurs, nous nous consumions au service de sa gloire, et au feu de son très-pur amour, pour être des holocaustes agréables à la souveraine Majesté de notre bon Sauveur. Quel plus grand bonheur puis-je souhaiter à votre très-chère àme que celui-là, que je désire uniquement pour la mienne qui vous chérit, ce me semble, toujours plus parfaitement, mon très-cher seigneur, n'ayant point de plus douce consolation qu'en l'espérance de nous voir un jour conjoints en cette bienheureuse éternité, pour y louer et aimer incessamment Celui qui est seul digne d'un éternel honneur et amour! Je le supplie de régner à jamais en votre très-aimable cœur, que je salue chèrement et tendrement de toute l'affection du mien, qui est et sera toujours en toute sincérité, mon très-cher seigneur, votre très-humble et très-obéissante sœur, fille et servante en Noire-Seigneur Jésus- Christ.

LETTRE DCCXXVIII {Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LVOX

Lncourayement à faire une fondation à Paray-le-Mouial ; comment la préparer. Indisposition de la Sainte.

VIVE -j- JÉSUS.'

[Poiit-à-MoussonJ, 30 juin [1626].

Ma pauvre très-chère fille,

Certes, vous pouvez bien croire que c'est malgré moi que vous avez si rarement de nos nouvelles. C'est parce qu'il n'y a point d'ordinaire [de messager] en ce pays pour Lyon, et qu'il faut que nous nous servions de celui de Dijon qui part seulemont tous les premiers jours de chaque mois, auquel temps je

ne manquerai pas toujours de vous écrire. Xous avons reçu le paquet que vous envoyâtes trois semaines après Pâques, et encore les derniers du 27 mai, et voici la troisième fois que nous vous écrivons.

Par celle que vous aura envoyée M, Michel, je répondais ce que je pouvais pour la fondation de Paray , et derechef, ma très-chère fille, je dis que si celle ville est propre pour y mettre une de nos maisons, vous ferez fort bien de l'accepter, quoiqu'il n'y ait que la dot des filles pour servir de fondation; car pour l'ordinaire ce n'est pas chose désirable, que d'avoir des fondatrices séculières '. Il n'y a point de doute que vous ne puissiez donner la pension des Sœurs que vous y enverrez pour autant de temps' que la nécessité de la nouvelle maison le requerra; et que, de même, vous ne puissiez procurer votre établissement dans de bonnes villes et y employer quatre ou cinq mille écus, voire plus, si votre maison en a le moyen; et cela serait faire deux biens, faisant part du bonheur de notre vocation aux autres villes, et, par la décharge de votre maison, y donner l'entrée à

1 C'est sur la pauvreté et la souffrance, fondements nécessaires des œuvres divines, que s'éleva cette porte de S ion, plus chère au Seigneur que tous les tabernacles de Jacob, celte porte orientale, par où le Soleil do justice devait darder ses rayons de miséricorde et d'amour sur l'univers entier. La Providence ayant résolu de toute éternité d'associer les dignes fils de saint Ignace aux humbles filles de saint François de Sales, pour manifester aux âmes les richesses de la dévotion au Sacré Coeur de Jésus, inspira au Père Paul de Barry, Jésuite, de donner commencement à l'heureux monastère de Paray-le-Monial, établi le 4 septembre 1626. La Mère de Dlonay, à qui l'on avait demandé des Religieuses, choisit pour premières pierres de cet édifice béni les Sœurs Marguerite-Elisabeth Sauzion, Marie-Marguerite Fontanel, Jeanne-Françoise Pétrin, Marie-Constance Bourcelet et Marie-Angèle Martin, toutes professes de Lyon; elle leur adjoignit encore une novice, Sœur Marie- Aimée Rosselin, native de Paray, et une lourière, Sœur Marie-Cécile de Fonsamage. (Plusieurs historiens ayant écrit différemment les tioms des laudatrices de Paraxj, on a cru devoir reproduire ici l'orthographe dont elles-mêmes ont signé leurs vœux dans i: grand livre du premier monastère de Lyon.)

d'autres filles ; el ainsi, le bien spirituel se rendrait infini tant d'une part que d'autre. Vous pouvez aussi recevoir des prétendantes dans votre maison de Lyon, leur donner l'habit et les faire dresser dans votre noviciat, elles envoyer avec les professes à la nouvelle fondation, et celle-ci est la façon que j'aime et que notre Bienheureux Père désirait. El certes, il serait à souhaiter que jamais on ne fit fondation sans cela; car, par ce moyen, les maisons ne se videraient pas tant de professes, et les fondations seraient plus tôt accommodées. A mon avis, ma Sœur votre assistante ferait fort bien en charge; si nous nous voyons d'ici là, selon l'espérance que nous en avons pour tout le mois de septembre, Dieu aidant, nous en parlerons.

Vous avez bien partagé Avignon ; car je crois que si notre Sœur Anne-Marie se tient fort humble et basse devant Dieu, elle recevra de grandes grâces de Dieu et lui rendra de bons services. — Un peu d'incommodité me retient dans le lit dès huit jours; c'est une diarrhée qui se diminue fort et la fièvre aussi. J'espère que, Dieu aidant, dans peu de jours je serai debout; n'en soyez nullement en peine. Je salue nos chères Sœurs trèscordialement. Nous avons acheté une maison et avons reçu une fille qui est de bonne espérance; c'est foules nos nouvelles dès le départ de M. Michel. Xous attendons de bon cœur le plan de votre maison, que nous avions demandé à M. Michel; si vous avez le nôtre, je vous prie de nous l'envoyer. Je ne puis, ni n'ai loisir de revoir celle lettre; car voici Madame qui arrive avec grande Iroupe pour voir donner l'habit à notre première fille. Oh! ma très-chère fille, que mon âme chérit la vôtre parfaitement, et que je désire que Dieu y vive et règne souverainement à l'éternité! Adieu.

Conforme à l'orijjinal gardé ans Archives de la Visitation d'Annecy.

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