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LETTRE XXXVI

A LA SOEUR PÉRON\TE-MARIE DE CHATEL

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La tristesse est incompatible avec la donation de soi-même à Dieu. — Se soutenir mutuellement dans la pratique de la perfection.

vive -J- jésus!

[Annecy, 1615.]

Ma pauvre très-chère Soeur,

Je vous sais si bon gré de vos lettres, qui sont selon mon cœur, qui aime tant sa chère Péronne.

Il est vrai, mon enfant, c'est toujours à recommencer en celte vie; mais si ce n'était cela, que ferions-nous? Cet exercice nous est uniquement nécessaire pour notre humilité et confiance , qui sont les deux chères vertus que notre bon Dieu requiert de nous. Bon courage donc, ma chère amie, exercezvous bien en cela et en l'observance. Soyez joyeuse et gardezvous surtout du chagrin. Dieu est tout nôtre, ma tille, et nous ne voulons sinon être toutes siennes. A quoi donc se peiner de chose que ce soit? Or sus à votre loisir, vous me direz des

1 La Mère Péronne-Marie de Chàtel , fille d'un gentilhomme savoisien, fut la cinquième Religieuse de la Visitation. Véritable Sulamile, comblée des faveurs divines, elle embauma de ses douces vertus le jardin mystique de saint François de Sales, en même temps qu'elle sut le cultiver et l'embellir à la gloire du divin Maître. D'abord employée à la fondation de Lyon, elle gouverna ensuite les monastères de Grenoble et d'Aix en Provence, visita ceux du Midi, au nom de la Bienheureuse Fondatrice, et, après trois ans de supériorité à Annecy, fut élue à Chambéry, d'où elle contribua à l'établissement des maisons du Val-d'Aoste et de Grasse. Partout cette digne Mère fit briller la régularité, partout elle implanta l'esprit d'oraison, élément vital de son Institut, et partout elle vit les âmes qui lui étaient confiées s'avancer à grands pas dans les étroits sentiers de la perfection.

Réélue à Annecy, en 1G35, elle eut une seconde fois l'honneur d'être Supérieure de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, et sut en profiler pour

nouvelles du cœur que j'aime bien, et que je connais fort bien, je dis fort bien, Dieu merci.

Je suis toute consolée de ce que vous me mandez que ma très-chère Sœur Marie-Jacqueline [Favre] fait si bien, je n'en ai jamais douté, et suis tout en repos de ce côté-là ; aidez-la bien à supporter sa charge, et soulagez-la en tout ce qui vous sera possible; ayez soin de sa santé, je vous la recommande, et, à elle, de vous bien croire en cela.

Je vous prie, ma mie, servez de bon exemple aux autres; évitez tout propos inutile ; ne vous retirez point des assemblées que pour des extrêmes nécessités; faites des défis pour vous encourager l'une et l'autre à la vertu, et surtout au recueillement; remellez-vous-y à bon escient, ce doit être notre grand exercice. Excitez-vous-y l'une l'autre, et surtout à chercher purement Notre-Seigneur et votre perfection.

J'ai reçu toutes vos lettres et hardes que [vous] avez envoyées par Chambéry, mais fort tard.

Ma très-chère fille, mon cœur vous dira ce que le vôtre désire pour sa consolation une autre fois; maintenant j'ai froid et fort hâte. Enfin, humilité, bonne observance, et sainte confiance et joie en Dieu.

Le très-cher Père est tout vôtre à ce qu'il dit. Toutes nos

lui arracher les précieux secrets de son intérieur, secrets dont la manifestation devait être si glorieuse à Dieu et si avantageuse à la sanctification des âmes.

Ce fut entre les bras de cette grande Servante de Dieu que la Mère de Châtel rendit son dernier soupir, le 22 octobre 1637. La sagesse de sa conduite lui mérita le témoignage suivant, consigné par la Sainte dans le Livre des Vœux du 1er monastère d'Annecy : « Elle était une des plus » éminentes Supérieures qu'on eût jamais pu souhaiter; très-remarquahle » en la charité, ne parlant, se taisant, n'agissant que par charité, ou pour » la charité; enfin c'était une Mère toute de charité, mais d'une charité » universelle, toute de douceur et d'humilité ; d'une conduite, discrétion et > prudence très-rare, dépouillée de tout propre intérêt, toute donnée et » abandonnée au service de la gloire de Dieu et de la religion. »

Sœurs vous saluent ; vous êtes enfin, ce disais-je l'autre jour, ma très-chère Péronne, que j'aime de tout mon cœur.

Quand M. Michel ira là, il vous dira force nouvelles; ce ne sera pourtant pas encore si tôt. Toute vôtre en Jésus.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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