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LETTRE XLIV

A LA MÊME

Il faut mettre tout son contentement en Dieu. — Proposition de mariage pour Françoise de Chantai. — Difficultés suscitées contre les Règles de la Visitation. — Conseils pour la pratique de certaines mortifications extérieures.

VIVE 7 JÉSUS

[Annecy], A janvier 1616.

Un mot seulement, car, ma pauvre très-chère fille , il n'y a pas moyen d'écrire à souhait, il faut donner les lettres aussitôt qu'on sait qu'il faut écrire. Pour Dieu , ma chère amie, ne vous laissez point aller aux attendrissements, fichez votre esprit, votre amour et tout votre contentement en Dieu. Tenez votre cœur en force et générosité, et la joie intérieure vous retournera. Ma fille uniquement très-chère, nous ne sommes point séparées, tenez-vous en cette assurance, et vous accoutumez à penser et à parler de moi, quand il sera besoin, avec un esprit libre et joyeux, comme si je vous étais présente. Hé Dieu! ma mie, que nous sommes heureuses de savoir que notre bon Dieu est partout et toujours prêt à nous servir de Père, de Mère, et d'Epoux très-doux et suave! Je suis bien aise que vous preniez madame de Chevrières pour mère ' .

1 II était fort en usage à cette époque de contracter des alliances spirituelles en témoignage d'honneur, de respect, de reconnaissance ou d'affection ; c'est le sens de cette approbation donnée ici par sainte Jeanne-Françoise de Chantai au sujet de madame de Chevrières , amie très-vertueuse et dévouée du monastère de Lyon .

c'est une vertueuse et utile amie ; saluez-la très-humblement de notre part, car je l'aime bien.

Les Noè'ls de nos pauvres Sœurs aussi, je les trouve bien bons; mon Dieu, que j'aime tous ces cœurs-là! assurez-les-en bien, ma mie, je vous en prie. Si ce bon Père est encore à'Lyon, ô Dieu! saluez-le étroitement de notre part, et le Père recteur quand il sera venu, et les Pères Marcellin et Philippe, et tout premier Mgr l'archevêque. Plût à Dieu que cette sainte âme allât se [mot illisible] parmi nous !

Par votre première lettre, dites-moi bien comme vous vous portez, car je ne sais, mais je ne prendrais pas plaisir que vous devinssiez maigre. Ma fille [de Thorens] vous écrit [mots illisibles] parle du mariage de M. de Foras avec Françon. Je vous assure, ma chère amie, que la bonne madame a tort de me blâmer si Monseigoeur ne lui a pas écrit ; je le vois fort peu et ne saurais dire le temps qu'il y a que je ne lui ai parlé , tant il est accablé d'affaires. Je lui dirai pourtant, si je le vois, qu'il lui écrive... Si je puis, je lui écrirai. Assurez-la souvent du grand amour que je lui porte, car, certes, je l'aime de tout mon cœur, mais tout de bon. Puis après, hélas! certes, j'ai compassion du bon M. de Lyon et de ses règles, le pauvre homme en accablera; et, vrai Dieu ! que ne pêche- t-il où il sait qu'il y a bonne eau et en abondance ! mais n'envoyez point les règlements qu'il nous fit faire sans nos Règles ; sachez, mais délicatement, son dessein et la cause de ce retardement.

Quant aux mortifications extérieures, il s'en fait ici de trèsbonnes et avec grands sentiments... Vous en voyez, de vrai, prosternées au travers la porte, la face contre terre, d'autres en croix..., d'autres, la corde au col, demander pardon, détester leurs imperfections tout haut, demander l'aumône et semblables... Or, je les permets rarement, parce que, quand elles sont fréquentes, cela diminue leur valeur; et faites ainsi, avec tant de sentiments , elles profitent et mortifient celles qui les font

et édifient les autres. Vous leur pouvez donc permettre, mais qu'elles n'en fassent jamais [outre les temps marqués] sans vous les demander, et que cela vienne d'elles [deux lignes illisibles).

On vient prendre les lettres. Ma très-chère fille , bonjour de tout mon cœur tout vôtre. Humilité en tout, ma très-chère fille, et mortification d'esprit. Vive Jésus!

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé au deuxième monastère de la Visitation de Paris.

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