‹ Lettres (volume 3)Chapitre 44 sur 351 · LETTRE XLVI · texte numérisé non relu

LETTRE XLVI

A LA MÊME

Une Religieuse qui possède l'esprit de la Règle a, par là même, l'esprit de Dieu. Indisposition de madame de Charmoisy et de Françoise de Chantai.

vive t jésus!

[Annecy], 1" janvier 1616

Mon enfant, je vous fais ce billet au milieu de la récréation, car j'ai su cette commodité en allant à Çomplies. J'ai reçu toutes vos lettres, et ne veux vous rien dire, sinon que vous êtes et serez toujours ma très-chère tille toute bien-aimée ; il me tarde déjà d'avoir de vos nouvelles, car il me semble qu'il y a longtemps que nous n'en avons reçu. Mandez-nous le saint que vous avez tiré pour Monseigneur, et faites bien fort et bien cordialement mes remercîments à nos pauvres chères Sœurs de leurs Noè'ls; certes, je les ai trouvés beaux et bien à mon goût : ma Sœur Anne-Marie tient le haut bout; elle a fort bien rencontré. Je les salue toutes, ces très-chères filles, avec mon cœur tout plein d'amour pour elles, je les en assure, et les conjure de bien prendre l'esprit de nos Règles, qui est le vrai esprit de Dieu, parce qu'il est d'une douce charité, et d'une humble et généreuse obéissance. Hélas! mon enfant ma très-chère fille, il y a quelques jours que nous sommes exercées de l'appréhension de la mort de ma pauvre sœur, madame de Charmoisy l, laquelle, venant nous voir, est tombée malade à

1 Voir la noie sur madame de Charmoisy, lettre clxxxv, p. 313.

Samoè'ns; je vous laisse à penser noire peine. Notre bon Seigneur y va demain , car elle a désir extrême de le voir , et le médecin croit que cette vue lui sera profitable; le bon Dieu le veuille. Ce me serait une très-grande douleur si elle mourait ; mais en tout la très-sainte volonté de Notre-Seigneur soit faite. Amen. Françoise a la petite vérole, mais AI. Grandis, qui revint avant-hier, assure qu'il n'y a nul péril; je crains plus pour ma Marie-Aimée qui ne l'a point eue. Je salue bien nos deux professes et surtout ma très-chère fille. Vive Jésus! Amen.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

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