‹ Lettres (volume 3)Chapitre 45 sur 351 · LETTRE XLVII · texte numérisé non relu

LETTRE XLVII

A LA SOEUR PÉRONNE -MARIE DE CHATEL

A LVO\

Encouragements à supporter une épreuve intérieure. — Éloge de la Mère Faire- Devoir d'une coadjutrice.

VIVK y JÉSUS !

[Annecy, janvier 1616.]

Enfin , ma très-chère fille , je prends vos lettres pour y répondre tant que je pourrai; le bon Dieu me donne son Saint- Esprit pour dire chose qui soit à sa gloire et à votre consolation.

Toutes vos répugnances à me parler, tous vos sentiments et aversion, et toutes vos difficultés, aboutissent, selon mon jugement, à votre plus grand bien, et si bien vous êtes obligée à ne pas faire ce que tels mouvements désirent , et que tous les jours vous devez faire des résolutions de vous en défendre et de les combattre, néanmoins quand vous tomberez, je dis cinquante fois par jour, jamais, au grand jamais, vous ne devez vous en étonner ni inquiéter, mais tout doucement reprendre votre cœur et le remettre au train de la vertu contraire, et ne cessez non plus, ma très-chère Péroune, de dire à Notre-Seigneur des

paroles d'amour et de confiance, aussi bien après avoir fait mille fautes que si vous n'en aviez fait qu'une. Souvenez-vous de ce que nous vous avons tant dit sur ce sujet, pratiquez-le pour l'amour de Dieu , et soyez assurée que Dieu tirera sa gloire et votre perfection de cette infirmité; mais n'en doutez point, et supportez-vous avec douceur et patience quoi qu'il arrive; et si quelquefois vous vous trouvez sans force, sans courage, sans sentiment de confiance, prenez-vous à dire des paroles toutes contraires à votre sentiment et dites fermement : mon Sauveur, mon tout , malgré mes misères et ma méfiance, je me fierai tout en vous; vous êtes la force des faibles, le refuge des misérables , ia richesse des pauvres , et enfin vous êtes mon Sauveur qui avez toujours aimé les pécheurs. Mais ces paroles et autres semblables, ma très-chère fille, dites-les sans vous attendrir ni pleurer, mais fermement, et puis passez outre à quelque divertissement, car le Tout-Puissant ne vous laissera échapper de sa main qu'il vous a trop bien prise; et ne voyez-vous pas comme cette douce bonté vient à votre secours et d'une façon remarquable et utile?

Je vous prie, gardez soigneusement la mémoire des enseignements que vous avez reçus autrefois, et les pratiquez en leur lieu et es occasions qui se présenteront. Ecrivez-moi toujours selon que votre consolation le requerra, je vous répondrai toujours avec mon cœur qui est tout vôtre, etpromptement. Ayez un grand soin de bien édifier, et pour cela vous savez qu'il faut être exacte à l'observance et avoir grand soin de son extérieur, la bonne composition duquel dépend de la présence de Dieu. Déchargez-vous tant qu'il se pourra tout bellement des affaires du ménage. Je l'ai déjà mandé à ma Sœur l, qui, à mon avis, le trouvera bon, car autrement il ne le faudrait pas faire, et il ne sera qu'à propos de voir marcher devant soi celles à qui l'on donnera les charges.

1 La Mère Marie-Jacqueline Faire.

Certes, ma mie, j'ai une grande consolation et satisfaction de votre pauvre chère petite Mère qui est là, elle fait très-bien ; tout le monde m'en rend témoignage, et ce que vous m'en écrivez me plaît tous les jours davantage , car je sais que vous me parlez sincèrement. J'espère en Dieu que ce sera un jour une grande et digne servante de Dieu et qui profitera à plusieurs; il faut toujours qu'elle s'approfondisse davantage en humilité et résignation : aidez-la selon votre petit jugement, et lui dites hardiment en sincérité ce qui vous semblera bon pour elle et pour la maison. Je connais son cœur, et Dieu sait comme je l'aime parfaitement; elle s'en sentira votre obligée, et puis c'est qu'en votre conscience vous le devez faire. Je sais bien Je fruit et utilité que m'apporte ma coadjutrice; c'est un bien incomparable pour les Supérieures, lesquelles, pour la multitude de leurs affaires , ne peuvent faire attention sur prou de petites choses auxquelles il est pourtant nécessaire de remédier.

Or, voyez-vous encore, ma pauvre Pérou ne, je veux que vous ayez un grand soin de la réjouir, notre chère Sœur, et ayez bien l'œil sur sa santé, ne l'importunez pas, mais dites-lui hardiment ce qu'il sera nécessaire pour icelle, et le lui faites faire, car elle doit vous condescendre en cela, comme aussi vous lui devez obéir bien simplement lorsqu'elle vous commandera ce qui sera requis pour votre santé. Vous lui pourrez remontrer humblemeut ce que vous pouvez; mais soulagezvous en telle sorte qu'elle n'ait pas occasion d'avoir de la méfiance ni du mécontentement; il faut plutôt excéder en charité qu'en travail; et, pour Dieu, voyez-vous, ne vous laissez point accabler du mal , faites tout ce qui se pourra pour guérir, car ce ne sont que vos nerfs. Je vais finir, l'estomac commence à me faire mal; mille millions de saluts à toutes nos très-chères Sœurs; certes, j'aime d'un cœur parfaitement cordial toute celte chère petite troupe-là. Je souhaite qu'elles soient perpétuellement attentives à leur Epoux et qu'elles con-

versent autour de Lui comme de pures, douces, simples et chastes colombes. Je les baise en esprit, grandes et petites, toutes, amoureusement et tendrement, mais surtout ma pauvre bien-aimée Péron ne-Marie. Monseigneur vous salue et chérit tendrement. Vive Jésus !

Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.

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