LETTRE XLVIII
A LA SOEUR MARIE -AIMÉE DE RLONAY
ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES A LYON '
Il faut garder le silence sur les tentations passagères. — Avantage d'une sincère ouverture de cœur. — Conseils pour la charge de maîtresse des novices.
VIVE 7 JÉSUS
[Annecy, 1616.]
Ma três-chère fille,
Voilà vos deux lettres que j'envoie à Monseigneur afin qu'il contente votre cœur. Je me contenterai de vous dire qu'il n'est pas besoin de parler de la tentation dont vous m'écrivez et
1 La Mère Marie-Aimée de Blonay, issue d'une noble famille du Chablais (Savoie), fut, selon l'expression de saint François de Sales, « une vraie colombe, véritablement aimée de Dieu, des Anges et des hommes. > Dixième Religieuse de la Visitation, elle servit l'Institut avec un dévouement admirable au monastère de Lyon, où, en 1622, elle entendit son B. Père lui dire ces prophétiques paroles : « Ma fille, je vous laisse mon esprit et mon coeur. » Non contente d'avoir déjà contribué aux fondations de Valence et de Saint-Etienne, la Mère de Blonay s'enflamma d'un nouveau zèle pour le salut des âmes : Marseille, Avignon, Paray-le-Monial, Màcon Villefranche, Le Puy, Condrieu, Bordeaux, etc., etc., possédèrent bientôt des maisons de la Visitation fondées par ses conseils ou affermies par ses aumônes. Lyon lui dut aussi un deuxième monastère de l'Ordre. Mais aux joies du Thabor succédèrent promptement les amertumes du Calvaire : une lance, des épines, un manteau d'ignominie furent présentés à cette Mère si angéliquement suave, par les mains qui auraient dû la caresser. A toutes sortes d'outrages elle n'opposa que paix, silence et charité, prouvant à ses calomniateurs qu'elle était digne héritière du cœur et de l'esprit de saint iv. 6*
demandez, puisqu'elle passe comme les autres. Au reste, je crois que ma Sœur Marie-Jacqueline [Favre] a une si grande consolation de votre confiance , et vous en avez tant de lui avoir bien ouvert votre cœur, que j'espère que vous trouverez bien du soulagement. Déclarez-vous donc de toutes ces petites tricheries qui vous attaquent comme mouches, et faites ainsi qu'elle vous dira, surtout pour le manger.
Mon Dieu! ma très-chère petite, élargissez votre cœur à parler à ces bonnes novices ; dites-leur simplement ce qui vous viendra. Demandant secours à Dieu, dites-lui: Seigneur, je suis une enfant de trois ans , mettez en ma bouche les paroles que vous voulez que je dise à vos servantes. Leur confiance, ma chère fille, vous doit bien faire affranchir. Au bout de tout, faites tout ce que vous pourrez par parole, par bon exemple, pour ce service que Dieu veut de vous, et attendez tout de sa bonté, demeurant toujours tranquille et attentive à Dieu; surtout je vous recommande cela, ma fille très-chère. Je vous écris à perte d'haleine. Mon cœur est tout vôtre, je vous en assure. Vive Jésus ! Dites, s'il vous plaît, que ma Sœur de Gouffier mette le dessus de cette lettre, qui est pour la mère des bonnes filles de Billom.
Conforme à l'original gardé ans Archives de la Visitation d'Annecy.
François de Sales. Rappelée à Annecy après son triennal de Rourg en Bresse, la Mère Marie-Aimée succéda à sainle Jeanne-Françoise de Chantai en 1641. Bientôt elle eut la douleur de lui rendre les honneurs funèbres et la consolation de voir son tombeau glorieux. Puis, tout en recueillant d'une main les premiers témoignages rendus aux vertus héroïques de sa Vénérable Fondatrice, elle travaillait de l'autre au procès de canonisation de son Rienbeureux Père. En même temps, elle faisait bâtir la belle église destinée à servir de reliquaire aux dépouilles sacrées de ces deux grands Saints. Enfin, le 15 juin 1649, cette infatigable Supérieure fut conviée au repos éternel, et manifesta son crédit auprès de Dieu en obtenant des grâces trèsparticulières aux personnes qui recouraient à son intercession. (Fie de la Mère de Blonay, par Charles- Auguste de Sales, évêque de Genève.)
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