‹ Lettres (volume 3)Chapitre 48 sur 351 · AUX SOEURS PÉRONNE-MARIE DE CHATEL ET MARIE-AIMÉE DE BLONAY · texte numérisé non relu

AUX SOEURS PÉRONNE-MARIE DE CHATEL ET MARIE-AIMÉE DE BLONAY

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Souhaits de perfection. — Avantages de l'humilité; estime qu'en fait saint François de Sales.

vive -J- JÉSUS !

[Annecy, 16161.

Que mes deux pauvres très-chères Sœurs veuillent bien se contenter de ce billet; car, certes, mes chères enfants, mon chétif estomac est tant las el faible, que c'est pitié. Hélas! mais que dire à ces deux filles que je chéris comme mon âme ? En un mot, mes filles : Vive Jésus! Je vous conjure que Jésus soit votre joie, votre paix, votre repos et consolation en toutes choses. Toutes à Jésus , mes chères filles , sans exception , sans si, sans vouloir, sinon que sa très-sainte volonté soit faite au corps, à l'esprit, et sur tout ce qui est nôtre; et avec cela aimons bien nos pauvretés , nos abjections , nos faiblesses et nos infirmités; car Monseigneur (notre unique Père de nous autres) disait qu'il nous aimerait bien mieux avec plus d'humilité et moins d'autre perfection qu'avec plus d'autre perfection et moins d'humilité. Soyez à Dieu, mes plus que très-chères filles, et laissons à ce Sauveur le soin de nous-mêmes.

Ma Péronne , voilà des graines pour votre jardin ; vous n'avez pas envoyé tout le linge de la petite Austrain. Que ma petite cadette1 m'envoie une copie de la dernière lettre que Monseigneur lui a écrite; or sus, bonsoir. Ma très-chère fille Péronne, je vous recommande de bien vous soulager en vos lassitudes, et de bien franchement et cordialement faire la charité à votre petite Mère. Et bonsoir aussi, ma petite; je vous

1 Les deux saints Fondateurs nommaient ainsi par amitié la Sœur Marïe- Aimée de Blonay.

embrasse toutes de cœur amoureusement. Mes très-chères filles, ces petites lettres s'écrivent sans préjudice de la grande réponse que M. Michel portera.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

Regret de ne pouvoir lui écrire, et désir de recevoir plus souvent de ses nouvelles. Exhortation à un abandon sans mesure au divin Sauveur.

VIVK -f JÉSUS

[Annecy], ce 26 février 1616.

Je vous assure, ma très-chère fille mon enfant, que nous n'avons pas eu moins de mortification que vous d'avoir tant arrêté sans vous écrire. Plusieurs semaines se sont passées sans en trouver la commodité, et, pour nous rafraîchir, nous allâmes donner nos lettres à madame de la Croix qui devait partir du jour au lendemain, et je pense qu'elle est encore à Rumilly; elle vous les portera de bonne date. Ces petites mortifications viennent sans [être] mandées; elles n'en valent que mieux à un bon cœur.

Mats que faites-vous aussi, ma très-chère Sœur? car il y a fort longtemps que nous n'avons que de courtes et rares lettres de votre part; vous avez été malade : dame! il se faut tenir sur ses gardes , et faire en faveur de ces chères filles qui sont autour de vous ce que vous mandez que nous fassions , et je vous assure, à propos de ces incommodités corporelles, que nous nous portons assez bien. Il est vrai qu'il fâche à notre main d'écrire, depuis ce dernier accident qui eut son effort sur le côté droit. De cinq ou six lettres que nous devons écrire, nous avons commencé par ce billet, et je vous assure, ma fille, qu'elle me fait déjà si mal , que nous appréhendons de ne

pas faire ce à quoi la nécessité nous oblige; c'est pourquoi vous n'aurez pas grand discours; mais assurez-vous que nous ne laisserons passer aucune occasion sans vous dire un mot, car n'êtes-vous pas la chère fille de mon cœur, que je chéris parfaitement? Oui, certes, et n'en faut jamais douter. Hé! ma très-chère fille, abandonnons-nous bien et sans réserve à notre doux Sauveur, afin qu'il fasse de nous tout ce qu'il lui plaira; je supplie sa bonté de répandre sur vous l'abondance de ses bénédictions, et sur toute votre chère Compagnie. Mandez-nousen un peu des nouvelles; je les salue très-amoureusement toutes, mais un peu à part ma chère petite cadette. Elle veut bien que je ne lui écrive pas pour ce coup; je prie Dieu qu'il la fasse cheminer doucement et joyeusement. Je salue aussi madame Colin l et serait très-nécessaire de l'avoir associée à votre communauté , espérant que Notre-Seigneur lui donnera l'esprit d'humilité et de douceur. Je salue encore M. l'aumônier et tous les autres amis et amies. Je vous prie, ma trèschère fille, envoyez-nous nos Règles; elles nous font grand 'faute. Dieu soit votre tout, ma très-chère fille; je suis en Lui toute vôtre sans réserve.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

A LA SOEUR PÉRONNE-MARIE DE CHATEL

A LYON

La Sainte se réjouit de la victoire que cette Religieuse a remportée dans une épreuve. Témoignages de confiance.

vive -{• jésus!

[Annecy, 1616.]

Enfin, ma pauvre très-chère Péronne, vous voilà hors du

1 Pieuse veuve qui, après avoir beaucoup contribué à la fondation de Lyon, entra plus tard au monastère et y vécut saintement, sous le nom de Sœur Jacqueline-Elisabeth Daniel. (Armée Sainte, VIIIe volume.)

combat, et, grâce à Dieu, avec la victoire; la gloire en soit à Celui sans lequel nous ne pouvons rien. La faveur dont vous m'écrivez est très-grande et extraordinaire '. Il faut, ma fille , produire des fruits correspondants à une si particulière grâce , laquelle je crois que vous ferez très-bien de dire à notre chère grande fille, même pour sa consolation en sa charge. Quant à moi, je vous confesse, ma toute chère fille, que vos lettres me sont à utilité particulière. Je vous prie de m'écrire bien au long toutes vos pensées sur l'Institut, afin que, proposant tout à notre cher Père, il range toutes choses pour le mieux.

1 Voici en quels termes la Mère de Chaugy rend compte de cette faveur : « Comme le Fils de Dieu souffrit trois rudes assauts et trois fortes tentations qui comprenaient toutes les autres, il voulut que celte chère âme souffrit aussi trois violentes atteintes, et permit qu'à la troisième, se trouvant presque réduite au néant, elle n'eût plus d'autre recours que de s'aller jeter aux pieds d'une image de la sainte Vierge, à qui elle fit cette petite harangue d'un cœur contrit et tout brisé de douleur : « Ma très-sainte » Mère, étant absente de mon doux Jésus qui m'a laissée, parce que je n'ai » pas su chérir dignement l'honneur de sa divine présence, je n'ai su » m'adresser qu'à vous pour le trouver. Permettez-moi donc de vous dire » que vous, qui avez une charité si grande, ne manquez pas de faire aux » autres ce que vous voudriez qu'on vous fit, et que si votre Bien-Aimé » vous avait laissée, vous voudriez qu'on vous le rendit. Vous avez été » dolente pour l'avoir perdu l'espace de trois jours, et il y a si longtemps » que je le cherche, sans en apprendre de nouvelles. Or, très-sainte Vierge, » il faut que je vous fasse éprouver en figure s'il fait bon en être séparé. » Sur cela, prenant des ciseaux, elle coupa l'image du petit Jésus que la sainte Vierge tenait entre ses bras ; puis , peu après , saisie d'un sentiment de compassion, elle ajouta : « A la vérité, glorieuse Mère, je n'ai pas le » courage de vous laisser sans votre précieux joyau » , et tout soudain elle colla l'image du petit Jésus au lieu d'où elle l'avait coupée. S'étant mise en oraison, la sainte Vierge lui fit connaître que tout est permis à l'innocence, et l'honora d'une faveur si rare que de lui remettre son cher Fils entre les bras de son cœur, en lui disant : « Voilà mon fils, fais ce qu'il te dira. » Et tout à l'instant elle ressentit la présence douce et sensible de son Bien- Aimé. »

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