‹ Lettres (volume 3)Chapitre 49 sur 351 · AUX SOEURS PÉRONNE-MARIE DE CHATEL ET MARIE-AIMÉE DE BLOXAY · texte numérisé non relu

AUX SOEURS PÉRONNE-MARIE DE CHATEL ET MARIE-AIMÉE DE BLOXAY

a lviiv L'amour parfait n'a plus de regard sur son propre consentement.

VIVE y JÉSUS.'

[Annecy, 1616],

Ma pauvre très-chère Péronne , et ma petite fille , à toutes deux je vous dis que vous êtes si très-avant dans mon cœur, qu'il ne se peut dire davantage ; mais ne le croyez-vous pas? Oh! Dieu, vous médites oui de tout votre cœur , car vous savez bien qu'il est vrai. Aies chères enfants, aimons Notre-Seigneur tant que nous pourrons; mais aimons-le et servons-le comme il veut , sans goût ni connaissance , s'il lui plaît, nous contentant de vouloir à jamais être toutes siennes. Je ne peux vous dire que ces trois mots; agréez-les, mes chères amies, car ils partent du fond du cœur de votre indigne sœur et servante en

Notre-Seigneur.

Frémyot.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE LIV (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

Prudence à garder au milieu des contradictions que l'on suscite au monastère. Nouvelles de diverses personnes.

vive -j- JÉSUS !

Annecy, 14 mars [1616].

Enfin, le bon sire Pierre veut partir, ma pauvre très-chère fille; il a beaucoup tardé selon votre affection, si je ne me trompe. Oui, j'ai reçu vos deux lettres de Chambéry, et vois

par elles toujours l'incertitude et irrésolution de plusieurs esprits. Il faut demeurer, de notre part, moyennant la grâce de Dieu, fermes, invariables et immobiles, surtout en la douceur et humilité, toujours prêtes à obéir, soit pour persévérer, soit pour se retirer, quand on voudra nous apprendre à faire ce que nous ne savons pas; mais croyez, ma mie, et espérons en Dieu qu'il achèvera l'œuvre qu'il a commencée. Travaillons de notre côté, et n'oublions rien de tout ce qui sera en notre petit pouvoir, pour bien servir à la gloire de notre doux Maître, et lui dresser ces chères âmes avec le plus grand soin qu'il nous sera possible. Au reste, je ne vous dis rien davantage sur ce sujet, car notre bon Seigneur me dit qu'il vous en avait écrit une grande lettre. Tenez-vous bien sur vos gardes pour ne témoigner en façon quelconque que vous doutiez de rien, comme aussi il ne faut pas que vous le fassiez, parce qu'en toute bonne raison, il n'y a pas d'apparence que l'on puisse faire une religion comme il pense : aussi ne le fait-il que penser, ce bon Seigneur, et veut seulement avoir cette liberté, et cependant il ne nous en doit chaloir, puisque, comme il l'a écrit à notre bon Père et qu'il nous l'a dit, il veut que nos Règles soient observées là comme ici, ponctuellement. Il faut que vous marchiez en cette affaire généreusement et fidèlement devant Dieu, n'y prétendant que sa seule gloire. Mon Dieu, ma très-chère fille, que nous serons heureuses, quand nous nous contenterons en toutes choses de la très-sainte volonté de Dieu! car bon gré, malgré les hommes, elle s'accomplira. Or, notre bon Père ne peut mettre la main aux Règles ' qu'après Pâques; mais il les fera magnifiquement, et Dieu veut que cette œuvre soit toute sienne. Il a un grand désir, mais je n'ose le presser, le voyant accablé d'ailleurs.

Non certes, ma fille, vous n'avez point fait de mal d'ouvrir

1 C'est-à-dire aux Constitutions de la Visitation.

mes lettres , et je vous donne congé de le faire tout librement. Madame de la Croix est toute glorieuse et contente de la lettre que vous lui avez écrite. — Le Père dom Simplicien dit qu'il est toujours le même. Je fais tous vos honneurs; faites bien les miens à tous nos amis et amies fort bravement et cordialement ; et bien grand merci de vos bonnes figues. — Madame de Thorens vous prie de lui envoyer une pièce d'étamine de dix ou douze livres; payez-la, s'il vous plaît, et vous retiendrez l'argent quand on vous livrera celui de Besançon, qui sera bientôt , Dieu aidant, ayant écrit par voie sure, qui est M. de Charmoisy. J'écris à M. Favre de Riom ; voyez la lettre, et, conformément àicelle, écrivez quand il en sera besoin à ces bonnes filles de Billom. — J'écris à la pauvre Sœur de Gouffier ; certes, j'ai pitié d'elle; elle tracassera longtemps. — Nous attendons Mgr de Bourges ' pour la grande semaine ou aux fêles de Pâques , et force dames en ce temps-là. Adieu, ma mie, ma fille trèsuniquement chère; vous savez bien que je suis toute vôtre. Je finis afin d'avoir du temps pour ces autres lettres que j'envoie. Très-humbles saluts à Mgr l'archevêque, si vous le trouvez bon. Mon Dieu, notre bon Révérend Père recteur n'est-il point venu? il m'en tarde. Adieu, mon cher enfant, encore une fois. Votre plus humble sœur et servante en Notre-Seigneur, J. -Françoise Frémyot, de la Visitation.

Dieu soit béni!

Nos pauvres Sœurs vous saluent de grand cœur; elles vous eussent écrit, mais nous sommes empressées à la broderie de notre devant d'autel de damas. Si mon neveu est là , je le salue comme mon enfant. Adieu derechef, ma vraie unique trèschère fille. Dieu soit votre tout. Amen.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

1 Mgr André Frémyot, archevêque de Bourges, unique frère de sainte de Chantai.

A SAINT FRANÇOIS DE SALES

Difficultés pour la construction de l'église. — Inquiétudes de la baronne de Thorens.

vive f jésus!

[Annecy, 1616].

Comme garderons-nous le bois de notre clocher, mon trèscher Seigneur, que messieurs de la ville veulent prendre; comme aussi toute notre chaux et sable? Et ils disent encore qu'ils nous feront refaire leur muraille. Nous avions pensé de prier M. de Travernay d'aller trouver Son Excellence pour cela, afin qu'elle nous garantît; mais je désire, mon très-cher Père, de savoir si vous l'agréerez , et comme nous pourrons mieux faire.

Notre Marie-Aimée a été bien troublée sur ces nouveaux bruits [de guerre] et que son mari était de la partie. Nous l'avons consolée le mieux qu'il nous a été possible. Enfin , mon très-bon et très-cher Père, bienheureux sont les enfants de Dieu qui se sont retirés sous sa sainte Providence ! rien ne leur arrivera qui ne soit pour leur plus grand bien. Sa divine Majesté convertisse toutes ces afflictions à sa gloire et au salut de son peuple ! Amen.

Mon tout unique Père, ah! le doux Jésus fasse régner dans notre cœur ce pur amour que nous y désirons si fort! Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

Page 1