‹ Lettres (volume 3)Chapitre 51 sur 351 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

Obligation de bien former les sujets et de ne pas trop multiplier les nouvelles fondations, — De quelle importance est le choix des Supérieures.

VIVE J JÉSUS

[Annecy, 3 avril 161(>]

Ma toute chère fille, à ce grand jour que le Seigneur a fait, je viens vous faire ce billet entre l'exhortation et Complies; vous savez que je fais l'Office, et ne sais que vous dire, car, par empressement, je ne trouve pas votre dernière lettre; je n'en perds point pourtant de celles de ma très-chère fille. Nous ne devons nullement payer les dettes de AI. Condelot, et ne le lui ai point promis. Quant au bon serviteur de feu ma pauvre Sœur Marie-Renée (car je ne puis trouver son nom à présent; ah! il me semble qu'il s'appelle Gervais), vous savez qu'il ne faut point de jardinier chez Monseigneur ' ; certes, je voudrais pouvoir servir ce bonhomme-là.

Je m'en viens d'aviser que j'ai beau chercher votre lettre, je l'ai donnée hier à Monseigneur, lequel avec moi, nous sommes d'un même sentiment, et m'a commandé, à la fin de son exhortation, de le vous mander, et vous dire de sa part qu'il se faut bien garder de s'engager à donner des filles pour faire des maisons, parce qu'en vérité nous ne le pouvons; c'est pourquoi il faut demeurer ferme, et dire que celles qui voudront se servir de nous viennent se faire dresser à Lyon ou ici; et puis après on les aidera de plus, si l'on peut alors; car pour maintenant, derechef je vous dis qu'il ne se peut. Hélas! pour moi, encore que je ne vaille rien, l'on juge que je ne puis ni dois quitter cette maison maintenant, et quand il y en aurait une

1 Saint François de Sales, on le sait, habitait à Annecy une maison que lui avait prêtée le président Favre ; il n'avait pas même l'agrément d'un jardin.

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pour tenir ma place, que serait-ce? Toujours ne pourrais-je servir qu'en un lieu, et on nous désire en plusieurs. Enfin, ma fille, croyez-moi, en cinq ans et demi, l'on ne saurait faire tant de Supérieures; nous avons des filles de grande vertu, mais pour gouverner, ô Dieu ! qu'il faut de choses! Et nous aimons mieux peu embrasser et mieux étreindre, que de faire des maisons à imperfection. Nos Règles ne seront point épargnées à celles qui désireront les avoir, mais oui nos personnes, l'ous les aurez, ces chères Règles, sans faillir, Dieu aidant, à la première commodité; mais non pas polies, car notre bon Père n'en peut sitôt prendre le loisir, et je pense encore pour nous reculer, il lui vient un ouvrage sur les bras du côté de Thonon. Il y mettra pourtant les choses nécessaires, essentielles, selon le mémoire que vous avez vu. L'on demande ce billet, l'obéissance m'appelle; adieu, ma fille, ma fille très-chère et très-chèrement aimée de mon cœur ; mille saluts à nos deux pauvres filles, et à tout le reste; j'écrirai au premier loisir. Ceux que vous saluez vous resaluent. Vive Jésus. Amen.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visilaliou de Chambéry.

LETTRE LVIIi

A LA MÊME

Les personnes (jui demandent des fondations doivent connaître les Règles et !e but de l'Institut.

vive -J- JÉSUS !

Annecy, 14 a»nl 1616.

Ma plus que chère fille, ne voilà-t-il pas une chose étrange ! Je vous écrivis hier avec la ci-jointe pour ma Sœur de Gouffier; aujourd'hui, ce matin, quand je suis partie de ma cellule, je laisse sur la table cette lettre, et il est impossible de la retrouver; personne n'entre ici sans congé ; nulle ne l'a vue que moi ; ne voilà-t-il pas qui est admirable ! car elle n'était point encore

fermée. Le vent l'aura emportée par- dessus le toit; cependant, il est plus de six heures; je n'écris plus le soir, en ayant reçu une obéissance absolue. Je ne sais ce que je vous disais, qui était des choses utiles ; me voilà tout empêchée, ma trèschère fille; mais je refais ce billet sans loisir, et vous dis que j'ai toujours un extrême désir que vous ayez beaucoup de santé, c'est pourquoi je vous conjure d'en avoir du soin; je sais de quelle importance cela est pour votre petite famille.

Voyez celle que j'écris à ma Sœur de Gouffier, puis fermez-la bien et lui envoyez avec la Règle, que vous ferez pour cela copier en foute diligence; car enfin nous ne partirons plus sans que ceux des lieux qui nous voudront ne sachent bien ce que nous sommes. Si donc ces gens d'Auvergne vous la demandent, envoyez-la-leur avec conjuration qu'ils n'en fassent aucune copie, à cause que la dernière main du maître n'y a pas passé; mais rien pourtant ne s'y changera de l'essentiel, ni de tous les exercices. A ceux qui demanderont l'approbation, comme font ces dames de Billom, dites-leur qu'on leur eût envoyé les bénédictions qu'il a plu au Pape de donner à notre Congrégation, n'était que Monseigneur a renvoyé à Rome pour faire réformer certains manquements qui ont été faits en l'expédilion. Au reste, attendez voir si nous demanderons à Mgr de Lyon la copie de la permission du roi et sa permission pour nous établira Moulins, parce qu'il administre le spirituel en attendant que Mgr d'Autun soit en âge.

Que saurais-je plus vous dire, ma fille tout uniquement chère, prou de choses, si j'avais le loisir. Le sire Pierre portera le reste, et à nos très-chères Sœurs que je salue tout cordialement, et tout autre qu'il vous plaira. Adieu, mon enfant; Dieu soit noire tout. Amen.

Ma fille, encore ce mot : vous verrez par les ci-jointes corn nie nous ne refusons point tout à plat d'aller à Moulins, espérant qu'il se passera plusieurs mois avant que les choses soient en

l'état qu'il faut pour nous faire partir; car enfin, chat échaudé craint l'eau froide '. Je vous dirai que la disposition de cette maison requiert fort ma résidence, et vous ai dit la résolution de Monseigneur par ma précédente; mais je crois pourtant que s'il voyait tout disposé, il donnerait des filles; car enfin ma Sœur j. -Charlotte fde Bréchardj est prou prête; mais si vous pouvez, sans trop rien déclarer, tirer ces filles d'Auvergne à faire leur noviciat à Lyon ou ici, cela irait grandement bien, après quoi on leur donnerait des filles. Je vous écris sans haleine ; car, nonobstant la nuit, je viens d'écrire au Père Philippe.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Cliambéry.

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