LETTRE LXIV
AU MÊME
Elle expose les dispositions de parfait abandon que l'Esprit-Saint lui a données pendant la retraite.
[Annecy, 1616].
Hélas! mon unique Père, que cette chère lettre me fait de bien! Béni soit Celui qui vous l'inspira ; béni soit aussi le cœur de mon Père es siècles des siècles !
Certes, j'ai un extrême désir, et, ce me semble, une ferme résolution de demeurer en ma nudité , moyennant la grâce de
ANNÉE l(il(j. 113
mon Dieu, et j'espère qu'il m'aidera. Je sens mon esprit tout libre, et avec je ne sais quelle infinie et profonde consolation de se voir ainsi entre les mains de Dieu. ïl est vrai que tout le reste demeure fort étonné; mais faisant bien ce que vous me dictez, mon unique Père, comme je ferai sans doute, Dieu aidant, tout ira toujours mieux.
Il faut que je vous dise ceci : mon cœur chercherait, si je le voulais laisser faire , à se revêtir des affections et prétentions qu'il lui semble que Notre-Seigneur lui donnera; mais je ne le lui permets nullement; de sorte que ces propositions ne se voient que de loin; car enfin il me semble que je ne dois plus rien penser, désirer ni prétendre que ce que Notre -Seigneur me fera penser, aimer et vouloir, ainsi que la partie supérieure nie l'ordonnera; car, pour l'inférieure, je suis exacte à ne la point regarder.
Mon Dieu nous veuille fortifier par sa douce bonté, et nous faire accomplir parfaitement ce qu'il désire de nous, mon trèscher Père.
Que Jésus vous fasse un grand Saint! et je le crois ainsi. Bénie soit sa bonté de votre guérison et bon repos!
Bonjour, mon vrai Père. Ce soir je vous manderai de mes nouvelles.