‹ Lettres (volume 3)Chapitre 58 sur 351 · LETTRE DE SAIXT FRANÇOIS DE SALES A SAINTE DE CHANTAL · texte numérisé non relu

LETTRE DE SAIXT FRANÇOIS DE SALES A SAINTE DE CHANTAL

EX 1! li P 0 N i S li A LA PRÉCÉDENTE

0 Jésus! que de bénédictions et de consolations à mon came de savoir ma Mère toute dénuée devant Dieu ! Il y a longtemps que j'ai une suavité nonpareille quand je chante ces Répons : Nu je suis sorti du ventre de ma mère, et nu je retournerai là. Le Seigneur me Va donné, le Seigneur me l'a ôté, le nom du Seigneur soit béni.

Quel contentement à saint Joseph et à la glorieuse Vierge

allant en Egypte , lorsqu'en la plupart du chemin ils ne voient chose quelconque, sinon le doux Jésus! C'est la fin de la transfiguration, ma très-chère Mère, de ne plus voir ni Moïse ni Eîie, mais le seul Jésus-Christ. C'est la gloire de la sacrée Sulamite de pouvoir être seule avec son seul Roi, pour lui dire : Mon Bien-Aimé est à moi, et moi je suis à Lui. Il faut donc demeurer à jamais toute nue, ma très-chère Mère, quant à l'affection, bien qu'en effet nous nous revêtions; car il faut avoir notre affection si simplement et absolument unie à Dieu, que rien ne nous attache à nous. Oh ! que bienheureux fut Joseph l'ancien, qui n'avait ni boutonné ni agrafé sa robe, de sorte que, quand on voulut l'attraper par icelle, il la lâcha en un moment !

J'admire avec suavité le Sauveur de nos âmes sorti nu du ventre et du sein de sa Mère, et mourant tout nu sur la Croix, puis remis dans le giron de sa Mère pour être enseveli. J'admire sa glorieuse Mère, qui naquit nue de maternité, et fut dénuée de cette maternité au pied de la Croix, et pouvait bien dire : Nue j'étais de mon plus grand bonheur quand mon Fils vint en mes entrailles, et nue je suis, quand, mort, je le reçois dans mon sein. Le Seigneur me Va donné , le Seigneur me Va ôté, le nom du Seigneur soit béni. Je vous dis donc , ma chère Mère, que béni soit le Seigneur qui vous a dépouillée. Oh! que mon cœur est content de vous savoir en cet état si désirable! et je vous dis comme il fut dit à lsaïe : Marchez et -prophétisez toute nue, ces trois jours. Persévérez en cette nudité de demeurer auprès de Notré-Seigneur. Il n'est plus besoin que vous fassiez des actes, s'il ne vous vient au cœur, ains que seulement vous chantiez doucement, si vous pouvez, le cantique de votre nudité : Nue je suis née du ventre de ma mère, et ce qui s'ensuit.

Ne faites plus aucun effort; mais, fondée sur la résolution d'hier, allez, ma très-chère fille, et oyez et inclinez votre oreille :

oubliez toute la peuplade des autres affections et la maison de votre père, car le Roi a convoité votre nudité et simplicité. Demeurez en repos là, en esprit de très-simple confiance, sans seulement regarder où sont vos vêtements ; je dis regarder avec attention ou soin quelconque.

Bonjour, ma très-chère Mère. Vive Jésus! dénué de Père et de Mère sur la Croix! Vive sa très-sainte nudité! Vive Marie! dénuée de Fils au pied de la Croix !

Faites doucement les insensibles acquiescements de votre

nudité, ne faites plus d'efforts, soulagez votre corps suavement.

Vive Jésus ! Amen.

François , Evêque de Genève.

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