‹ Lettres (volume 3)Chapitre 60 sur 351 · EN RÉPONSE A LA PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

EN RÉPONSE A LA PRÉCÉDENTE

Tout cela va fort bien, ma très-chère Mère. C'est la vérité, il faut demeurer dans cette sainte nudité, jusqu'à ce que Dieu vous revête. Demeurez là, dit Notre-Seigneur à ses Apôtres, jusqu'à ce que d'en haut vous soyez revêtus de vertu. Votre solitude ne doit point être interrompue jusqu'à demain après la messe. Ma très-chère Mère, il est vrai, votre imagination a tort de vous représenter que vous n'avez pas ôté et quitté le soin de vous-même, et l'affection aux choses spirituelles; car n'avezvous pas tout quitté et tout oublié? Dites, ce soir, que vous renoncez à toutes les vertus, n'en voulant qu'à mesure que Dieu vous les donnera ; ni ne voulant avoir aucun soin de les acquérir,

1 De la Pentecôte, qui se rencontrait, cette année-là, le 22 mai.

qu'à mesure que sa bonté vous emploiera à cela pour son bon

plaisir.

Notre-Seigneurvous aime, ma Mère ; il vous veut toute sienne ; n'ayez plus d'autre bras pour vous porter que le sien , ni d'autre sein pour vous reposer quele sien etsaProvidence. N'étendez votre vue ailleurs et n'arrêtez votre esprit qu'en Lui seul. Tenez votre volonté si simplement unie à la sienne, que rien ne soit entre deux. Ne pensez plus ni à l'amitié, ni à l'unité que Dieu a faite entre nous, ui à vos enfants, ni à votre cœur, ni à votre âme, enfin à chose quelconque; car vous avez tout remis à Dieu. Revêtez-vous de Notre-Seigneur crucifié, aimez-le en ses souffrances et faites des oraisons jaculatoires là-dessus. Ce qu'il faut que vous fassiez, ne le faites plus parce que c'est votre inclination, mais purement parce que c'est la volonté de Dieu.

Je me porte fort bien , grâce à Dieu. Ce matin j'ai fait commencement à ma revue, que j'achèverai demain. Je sens insensiblement, au fond de mon cœur, une nouvelle confiance de mieux servir Dieu en sainteté et justice tous les jours de ma vie, et je me trouve aussi nu, grâce à Celui qui est mort nu, pour nous faire entreprendre de vivre nus. Oh! ma Mère, qu'Adam et Eve étaient heureux, tandis qu'ils n'eurent point d'habits! Vivez tout heureusement paisible, ma très-chère Mère, et soyez revêtue de Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen.

Fuaxçois, Evêque de Genève.

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