A MADAME DE GOUFFIER
Départ des Sœurs fondatrices de Moulins.
vive -j- jésus!
Annecy, 17 juillet 1616.
Ce n'est pas pour vous écrire , ma très-chère fille , que je vous fais ce billet; car je laisse à Monseigneur de répondre à vos let-
1 Madame de Gouffier, Religieuse du Paraclet, gagnée à la piété par la lecture de Y Introduction à la vie dévote, était venue du fond de la Sainlonge à Annecy pour conférer avec saint François de Sales et « épier saintement (selon le mot de la Mère de Changy) si sa Congrégation naissante n'était point la terre promise que Dieu lui voulait donner, et en laquelle elle espérait trouver des ruisseaux de lait et de miel ».
Pénétrée d'estime pour le nouvel Institut, madame de Gouffier eut voulu s'y engager pour toujours; mais des obstacles insurmontables s'opposant à son dessein, on lui permit seulement de porter l'habit religieux dans Tinté-
très, et puis pensez si nous sommes empressées autour de nos Sœurs de Lyon [Faire et de Châtelj qui nous arrivèrent à soir. Dieu soit béni de tout ce que vous écrivez, et que l'œuvre pour laquelle vous avez tant travaillé vous soit une couronne précieuse! Que la gloire du Sauveur en soit accrue, et notre consolation augmentée en le servant!
Certes, ma chère fille, si cette gloire de Dieu et votre réputation n'eussent été fort mêlées en cette occasion, nous n'eussions nullement fait le coup que nous faisons de vous envoyer de nos Sœurs pour les raisons que ma Sœur Jeanne-Charlotte vous dira, qui sont inflexibles, et l'eussent été pour tout autre que pour vous maintenant- car Lyon nous a appris comme il faut marcher. Mais quel moyen de manquer au cœur et au désir de cette fille qui est une partie de nous-même? Dieu soit votre unique partage et le nôtre pour l'éternité !
Ces filles que nous vous envoyons, car il est impossible que je quitte pour maintenant cette maison, elles seront à Lyon, Dieu aidant, le 29 de ce mois, et vous les pourrez aller prendre le 5 ou 6 août, mais non pas plus tôt; nous vous écrirons par elles derechef. Dieu soit notre amour, et notre amour soit tout à Jésus éternellement !
Adieu, ma fille; je vous embrasse en esprit de toutes les forces de mon âme, de laquelle je suis entièrement vôtre; mais ne nous engagez plus au combat, jusqu'à ce que nous soyons
rieur du monastère, où on ne la désigna plus que sous le nom de Sœur Marie- Elisabeth. Infatigable ouvrière dans la vigne du Seigneur, après avoir contribué à la fondation de Lyon, elle aida encore à l'établissement des maisons de Moulins et de Paris, où nous la retrouverons-successivement, cherchant toujours à se rendre utile aux Religieuses de la Visitation; et toujours, sans le vouloir, elle fit briller les vertus de sainte de Chantai et de ses premières filles, sous les pas desquelles elle sema plus d'épines que de roses. Vers la fin de l'année 1621 , riche de travaux et de mérites, madame de Gouffier quitta l'exil pour aller savourer les délices de la véritable terre promise.
AXNÉE 1616. 135
bien armées de toutes les pièces requises. Il vaut mieux peu de maisons, et [les avoir] bonnes, que beaucoup et mal accommodées.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.