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LETTRE LXXVI

A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLOXAY

MAITRESSE DUS NOVICES A LYON

Toutes nos actions sont mêlées d'imperfections; ne pas s'étonner de ses faiblesses ni s'en fâcher. — Eviter toute curiosité et réflexion sur les voies de Dieu, et s'affectionner à la pratique des vertus solides. — Conseils pour l'oraison.

' VIVE ~ JÉSUS

[Annecy, 1616.]

Qui en doute, petite, que toutes nos actions ne soient mêlées de mille imperfections? Nous devons croire cela et nous en humilier, mais non jamais nous en étonner ni s'en fâcher; mais aussi ne s'y faut-il point amuser, ains promptement s'en détourner, après avoir fait l'acte intérieur de la très-sainte humilité. Ni aussi vous ne devez plus regarder à vos sentiments ; mais, voyez-vous, que je ne vous entende plus parler de cela; employez-les tous au service de l'humilité et abaissement de vousmême devant Dieu, vous tenant en sa présence comme un vrai rien, et ainsi faisant, il n'y a nul mal, mais de la souffrance, à tous ces sentiments dont vous me parlez. Voire, il en est de même de ce défaut de tendreté, mais qu'importe-t-il , je vous prie, si vous êtes dure ou tendre? Qui ne voit que c'est le seul amour-propre qui voudrait ses satisfactions en cela? Pour Dieu, ne m'en parlez donc plus, et aimez votre abjection et la trèssainte volonté de Dieu qui vous a donné ce naturel; et puis, si vous êtes aimée ou non, réservée ou large, tout doit être indifférent.

136 LETTRES DE SAINTE CHAiXTAL.

Ne faites point l'ignorante, et essayez de parler à qui que ce soit en la présence de Dieu , et selon qu'il vous l'inspirera '. Si vous êtes satisfaite de ce que vous direz, votre amour-propre sera bien aise; si, moins, il y aura de quoi, pratiquer la sainte abjection.

Et enfin, mettez-vous au train de l'indifférence, et me retranchez, mais très-absolument, ces réflexions et regards que vous faites sur vous-même ; je vous ai déjà tant dit cela.

Je crois bien, dah! que vous ne savez pas répondre à ces filles qui demandent la différence qu'il y a entre union et contemplation. Oh! vrai Dieu, et comment est-ce que ma Sœur fia Supérieure] leur souffre cela, et vous, en son absence? Bon Jésus! où est l'humilité? II faut donc leur retrancher cela, et leur donner les livres et entretiens qui traitent de la pratique des vertus, et leur dire qu'il faut se mettre à faire, et puis elles parleront de ces choses si relevées; car, par l'exercice des vraies et solides vertus, les clartés arrivent de la part de Celui qui est le Maître des humbles, et qui se plaît avec les âmes simples et pures, et enfin quand elles seront Anges, elles parleront angéliquement.

Pour ce qui est de l'oraison, demeurez en paix sans vous travailler d'y vouloir faire autre chose sinon de demeurer là auprès de ÎYotre-Seigneur; mais je vous l'ai déjà tant dit autrefois. Enfin, il faut être la sage statue, ne voulant absolument que ce qu'il plaira à Dieu ; et quand sa bonté vous donne cette lumière de ce que vous y devez faire, en faut-il perdre la mémoire, et changer de posture quand les sentiments n'y sont plus? Nullement, il ne faut faire cela. Or enfin il faut avoir l'esprit de simplicité, et ne plus tant se regarder, mais aller à la bonne foi.

1 Pendant le voyage et le séjour de la Mère Favre à Annecy, Sœur Marie- Aimée de Blonay exerça à Lyon ies fonctions de Supérieure.

Vous avez bien satisfait votre amour-propre d'écrire tout ceci.

Je ne veux pas vous renvoyer votre papier, encore que je croie

que vous en serez mortifiée. Vivez toute à Dieu simplement. J'aime fort notre Sœur Barbe-Marie1 ; soyez soigneuse de lui

retrancher ce soin superflu qui l'empressé sur son avancement

et le salut du monde.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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