‹ Lettres (volume 3)Chapitre 74 sur 351 · LETTRE LXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIII

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYOX

Recevoir avec simplicité les soulagements nécessaires à la santé. — Nouvelles de la communauté d'Annecy et des poursuites faites à Rome pour l'érection de la Visitation en Ordre religieux. — Fermeté déployée à l'égard d'une enfant incorrigible.

vive -j- jésus!

Annecy, 28 septembre 1616.

Je viens de recevoir vos lettres , et premièrementje vous dis touchant l'aversion que vous avez à recevoir les soulagements

iv. 10*

que l'on désire, qu'il la faut absolument surmonter, et user d'une douce condescendance; car enfin vous les édifierez mieux par là qu'en tracassant et faisant votre propre volonté contentieusement. Ilfautdire simplement, naïvement et véritablement vos incommodités; au partir de là, obéir; et qu'elles fassent de même en leurs incommodités, autrement vous leur apprendrez d'être opiniâtres sous le prétexte d'un grand courage. Ne voilà-t-il pas dire naïvement la vérité à ma très-chère fille?

Dieu sait si je suis consolée de ce que notre petite cadette fait si bien. Ma Sœur Péronne-Marie fait aussi sa charge avec un soin et utilité nonpareils '. Il fait bon prêcher avec les actions de vertu, outre qu'elle dit fort bien ce qu'il faut; mais elle ne peut arracher celte impression de son insuffisance, laquelle se convertira en confiance.

Si les troubles n'empêchent, nous aurons une douzaine de novices celle année. 0 Dieu ! que je désire qu'il nous vienne de braves esprits, et capables d'être dressés au gouvernement des autres; car, voyez-vous, Xotre-Seigneur étendra fort celte petite Congrégation. Quel honneur et quel bonheur d'être sacrifiées et consacrées au service de la gloire de ce divin Sauveur et de ses chères Epouses !

W'à fille, surtout l'humilité, la douce charité parmi les Sœurs, avec la bonne observance des Règles.

Nos affaires sont bien acheminées à Rome ; Dieu fera réussir heureusement cela, je l'espère de sa boulé, puisqu'il y a tant d'apparence que ce sera sa gloire.

Nous sommes toujours attendant des nouvelles de N — 2. Hélas! que j'en désire et qu'elles soient selon l'esprit de Dieu! J'aurais grande peine si ces deux paquets, que nous vous avons

1 Depuis son retour à Annecy, Sœur Péronne-Marie de Chàtel était maitresse des novices.

* La Communauté de Moulins.

envoyés pour elles, n'étaient pas rendus sûrement. 11 me tarde aussi de savoir quel esprit ce bon prélat aura rapporté pour nos Règles, et s'il sait quelque chose de Mgr de Bourges et de mon fils. Mandez-le-moi, et le saluez en toute révérence de notre part, l'assurant de l'honneur singulier que je lui porte.

La petite Austrain a des appétits qui seront tous les jours plus incorrigibles; c'est chose effroyable à ouïr que ce que cette enfant dit ; ma fille de Thorens en est en grand étonnement. Elle dit qu'elle ne peut vivre céans, que l'on n'y parle que de Dieu, dont elle est si ennuyée, que quelquefois elle a envie de se désespérer. Je l'ai aujourd'hui fouettée moi-même, et la vais réentreprendre de nouveau ; tandis qu'on nous la laissera, nous ferons le mieux que nous pourrons. Nous souhaiterions bien qu'on l'envoyât quérir bientôt; mais il ne faut pas presser, car ce bon M. Austrain est si bon , que nous avons bien de la douleur de n'avoir pu le servir en cela.

Je finis par où j'ai commencé. Pour Dieu, ma fille trèschère, rendez-vous douce et condescendante aux désirs de ces filles en vos incommodités, car autrement vous les troubleriez. Ne veuillez rien pour ce sujet, sinon ce qu'elles voudronl. Enfin la santé et la force vous sont requises pour le service de Dieu.

Je ne sais que vous dire de cette montre; rendez la vieille si vous pouvez. Notre réveil va maintenant, mais avec tant d'incertitude que volontiers nous le changerions encore, pourvu que ce soit avec une montre dont la bonté soit bien expérimentée. Adieu et bonsoir, ma très-chère fille ; je suis invariablement votre très-humble et indigne sœur et servante en Notre-Seigneur.

J. F Frémyot, de la Visitation.

Mille saluts à tous ceux qu'il vous plaira.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la l'isilaliou d'Annecy.

Page 1