LETTRE LXXXVIII
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINÈ FAVRE
SGPBRIEURE 9 LYON"
User d'une humble et prudente douceur envers les personnes qui s'opposent à
l'établissement de la Congrégation. — Dieu veut propager ce petit Institut. —
Conseils de direction.
vive -'- jésis!
Annecy, 25 décembre 1616.
Ma très-chère graxde fille,
Je viens vous écrire le saint jour de Noël, tant que la célébrité du jour me le permettra. Je souhaite qu'en ce jour sacré, où reluit la douceur des douceurs, votre cœur et celui de toutes vos chères filles soient pour jamais remplis des plus aimables vertus de ce saint Enfant; mais surtout la désirable soumission, simplicité et humilité. Mon Dieu! que ces vertus sont nécessaires à celles de notre condition! Je le dis avec un sentiment tout particulier, considérant votre dernière lettre; car, ma chère fille, tout de bon Nôtre-Seigneur veut et requiert de nous une profonde et très-intime humilité intérieure et extérieure, et pour cela il a voulu que notre condition lut moins éclatante devant les yeux des hommes, et que leurs esprits nous éprouvassent par divers jugements et sentiments, tantôt nous élevant, aussitôt nous rabaissant; et comme je crois, il y a toutes sortes de vraies apparences que cette divine Sagesse veut élever et grandement multiplier cette manière de vie pour sa gloire. Elle veut auparavant jeter des fondements si profonds et solides, que l'édifice soit ferme et perdurable ; vous savez pourquoi je vous dis ceci.
Tenez-vous donc toujours parmi ces personnes, avec qui il faut traiter, avec une extrême douceur et humble gravité en vos paroles et en toutes vos actions, afin que votre modestie et sagesse les tiennent en règle et nourrissent l'estime qu'ils ont de vous, laquelle est nécessaire pour la gloire de
Notre-Seigneur , en celte maison qu'il vous a commise. Enfin, ne tous laissez toucher d'aucune chose ; ayez seulement un grand soin de vous rendre toujours plus fidèle àXotre-Seigneur, et de bien faire observer nos chères Règles. Mais je vous prie , ma chère enfant, reposez-vous toute en Dieu.
Cela va très-bien, que vous n'ayez pas le temps de réfléchir sur vous-même, puisque toutes les actions qui vous occupent sont pour Dieu. Mais ne serait-ce point une tentation ce que vous nous dites si souvent, que vous avez des grands remords de ne pas bien édifier vos filles , et que vous leur servez de scandale? Or, voyez-vous, ne nous dites plus cela, car premièrement, je n'en crois rien; secondement, croyez-moi bien en ceci, ayez un œil tout particulier sur votre conduite extérieure; accompagnez la modestie et la douce gravité naturelle que Dieu vous a données, d'un amour tout céleste à cette vertu; que toutes vos actions en soient parsemées; et comme nous l'avons souvent résolu , faites toutes choses tranquillement et humblement. Mon Dieu! oui, ma fille, je voudrais que toutes nos actions eussent ce bel atour de la sainte humilité : certes je l'aime uniquement, j'en suis toute vide.
Adieu, ma fille; je suis plus à vous, et vous m'êtes plus chère que vous ne sauriez jamais penser. Jésus, par sa sainte Nativité, vous comble de toutes bénédictions. Votre, etc.
Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.