LETTRE XCII
A LA SOEUR MARIE-AIMÉ E DE RLOXAY
MAITRESSE DES AOVICES , A LYON
Il faut avoir un confiant abandon à Dieu dans l'exercice de sou emploi. — Les novices trouveront la paix et le bonheur si elles se dévouent à l'observance de la R(';;le.
vive ~ JÉSUS.'
[Annecy, janvier 1617.]
Certes, ma très-chère petite, vous m'avez fait un singulier plaisir de m'écrire ainsi largement et naïvement ; faites toujours de la sorte. J'ai montré votre lettre à Monseigneur, lequel vous aime bien chèrement. Dieu sera avec vous, et tout ira bien. Ayez toujours un grand courage, et sans réserve demeurez abandonnée entre les mains de la divine Providence ; elle vous conduira et portera en tout, n'en doutez jamais, pourvu que
1 C'était sa troisième couche; l'enfant était mort une heure après son baptême.
vous employiez fidèlement et doucement votre petit talent, il le saura bien accroître. Au reste, qu'avons-nous à faire de nous regarder, ni ce que nous sommes, ni comme nous ferons ce qne l'on nous commande! Mettons-nous à faire simplement, regardant à Dieu, et nous appuyant en sa bonté, et tout s'accomplira saintement.
Oh ! que je suis consolée de vous savoir de braves prétendantes! Saluez-les tendrement de ma part; mais votre dernière novice, offrez-lui, je vous prie, mon cœur que je veux lui dédier pour la servir et pour l'aimer parfaitement en Notre- Seigneur. Elle m'a déjà fait ressentir une grande consolation, quand je lus dans votre lettre qu'elle était exacte à l'observance.
0 Sauveur de mon àme, qu'elle sera heureuse si elle persévère ! Je l'en conjure et toutes nos chères Sœurs novices, et qu'elles me croient, je les supplie, que leur paix sera parfaite si elles s'attachent invariablement à l'observance. Qu'elles s'oublient de toutes autres choses pour accomplir avec perfection celle-ci si importante. Oh ! qu'elles seront heureuses si elles marchent en ce chemin humblement et fidèlement ' !
Le jour me manque, ma fille; je suis toute à vous.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
1 La vertueuse Sœur Marie-Aimée de Blonay, est-il dit dans l'Histoire de la fondation d'Annecy, exerçait la charge de directrice avec grande soumission et respect. Tout justifiait en elle ce beau nom de Règle vivante qu'on lui donnait d'ordinaire : aussi ses actions et ses enseignements n'étaient-ils qu'une répétition fidèle des choses qu'elle avait apprises des saints Fondateurs, inculquant souvent cette doctrine, qui doit être labase et le soutien de tout l'Ordre: « Que les maximes particulières de la Visitation d'Annecy devaient être communes à tout l'Institut, lors même qu'il y aurait mille millions de monastères, tout ainsi que l'Evangile de Jésus-Christ est, et doit être toujours le fondement universel de notre créance et de notre obéissance, lors même qu'il y aurait un million de nouveaux mondes. »
Cet ingénieux rapprochement de la Règle au saint Evangile ayant été
LETTRE XCIII {Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LYOM '
Avec quelle prudence on doit ménager les intérêts et la réputation des novices. — Promesse d'une communion générale de la Communauté et témoignages d'affection maternelle.
VIVE J JÉSUS.'
Annecy, 17 janvier 1617.
Nous venons de recevoir votre paquet et celui de nos pauvres Sœurs [de Moulins]; nous espérons que AL de Médio aura celui que nous leur écrivions ; le sire Pierre dit l'y avoir remis. Mous n'avons su parler à Monseigneur pour cette pauvre Sœur M. T.1; mais tout ainsi qu'il conclut sa soudaine sortie, sur ses actions de désespoir, et la crainte qu'elle ne perdit le jugement, de même je m'assure qu'il approuvera avec moi que l'on conduise cette affaire le plus doucement qu'il se pourra, pouvu qu'il n'y ait point de scandale à craindre pour ceux de dehors, et que son esprit demeure en repos. Voilà, ma trèschère fille, ce que le peu de loisir que nous avons nous permet de vous dire; nous avons reçu toutes les lettres sûrement.
Oh! Dieu ! l'effroyable nouvelle que vous nous dites de N*** ! mais j'espère en Dieu qu'il n'y aura rien de si mal, il l'en faut prier. Jeudi dernier, l'on fit la communion générale pour votre
communiqué à saint François de Sales, il en fut touché, et ordonna que, quand on ferait de nouveaux établissements, on insérerait dans les permissions et dans les premiers actes des fondations : Que les Sœurs allaient s'établir pour vivre selon les Règles, Constitutions et coutumes du monastère d'Annecy, et répondant à la lettre de sa chère cadette, il lui dit: « Ma » fille, faites que cette lumière vous serve pour toute votre vie : dites ce » que vous avez vu , enseignez ce que vous avez ouï à Annecy. Hélas ! cette » racine est petite, basse et profonde, mais la branche qui s'en séparera » périra, et ne sera bonne que pour être coupée et jetée au feu. » 1 Novice qui n'était pas propre à la vie religieuse.
170 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.
maison ; jeudi prochain on la fera pour ma plus chère fille, que Dieu fasse toute sainte. Amen.
Pour Dieu , ma mie, faites prier pour les nécessités particulières de ma chétive personne; nous en avons grand besoin. Mais encore ce mot, n'êtes-vous pas fâcheuse de vous ressouvenir avec attendrissement du temps passé? Certes, vous ne nous fûtes jamais que chère, et le serez toujours plus, croyezle, ma fille, croyez-le bien, et je prie Dieu qu'il vous bénisse de ses éternelles bénédictions. Amen. Je suis toute vôtre, vous le savez. Ce jour de saint Antoine.
Xos Sœurs [de Moulins] ont ici envoyé vos lettres.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chanibéry.