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LETTRE XCVIII

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LY0\'

Maternel encouragement. — Saint François de Sales est retenu pour une nouvelle station de l'Avent à Grenoble. — Désir que M. de Bérulle poursuive son voyage de Lyon à Annecy. — Conseils pour remplacement d'un monastère. — Inquiétudes sur la fondation de Moulins,

vivk -J- jiîsus!

Annecy, 3 avril 1617.

Ma très-chère fille, le doux Sauveur vous comble de luimême. Nous avons reçu vos deux dernières lettres, lesquelles, certes, me consolent toujours infiniment; mais ne me dites point de mal de ma très-chère grande fille ', je la connais mieux que vous, et gouvernez-la-moi bien et joyeusement, car je

l'aime parfaitement. A-t-elle pris le , ma pauvre grande

fille? Je crois qu'il lui fera grand bien. Hélas! vous n'aurez pas vu notre bon Seigneur, puisqu'on l'attend aujourd'hui; il est à Rumilly dès samedi; le bon Dieu l'amène heureusement! Si Son Altesse le trouve bon, il retournera l'an prochain à Grenoble, car ces messieurs du Parlement l'ont pressé d'une ma*

1 C'est de la Mère Favre elle-même que la Sainte parle si agréablement et avec tant d'affection.

nière si extraordinaire, qu'encore que ce bon Seigneur était tout résolu, et que ses affaires et son devoir le tirassent ici, il n'a su se défendre autrement que de remettre la chose à Son Altesse. Il a fait un grand fruit là, grâce à Dieu, et ma Sœur Barbe-Marie (présidente Le Blanc) l'a bien entretenu; cette femme est tout aimable. Nous sommes tout aise de ce que vous avez vu M. de Bérulle1; je crois que Mgr l'archevêque n'a pas manqué de lui parler des Règles; mais voilà qu'il sera bon que l'on ait notre établissement du Parlement. Plût à Dieu que M. de Bérulle vînt voir Monseigneur! Si vous le voyez encore, recommandez-nous à ses saintes prières; et tous nos amis, saluez-les bien gros. Je crois, ma très-chère fille, que vous ne devez plus douter de mettre dehors ma Sœur***2; mais seulement, s'il se peut, la conduire jusqu'au temps que... [mots illisibles] nous a marqué.

Tenez bon , ma fille , pour être accommodée de logis ; c'est bien vrai, ce me semble, que vous êtes en très-bon air; si vous pouviez avoir de l'eau, vous ne pourriez être mieux; mais il faut se résoudre pour commencer à s'accommoder. Ditesnous un peu [quelque chose] des nouvelles filles, et si elles seront

1 Pierre de Bérulle, plus tard cardinal et fondateur de l'Oratoire en Fs-ance, dont saint François de Sales faisait ce magnifique éloge : « M. de )) Bérulle est tout tel que je saurais désirer d'être moi-même ; je n'ai » guère vu d'esprit qui me revienne comme celui-là, ains je n'en ai pas vu i) ni rencontré. » Un sentiment de réciproque vénération unit aussi M. de Bérulle à sainte .1. F. de Chantai, dont il avait, dès 1604, prédit les sublimes destinées. Quinze ans plus tard, la retrouvant à Paris, on l'entendit s'écrier: « La Mère de Chantai est une des plus grandes amantes que Dieu ait sur » In terre. »

s Sœur Jeanne-Marie Cotton, propre sœur du Père Cotton, confesseur de Henri IV, laquelle ne pouvait renoncer à la communion journalière. Ce point, qui dénotait un grand attachement à ses habitudes et à ses vues personnelles, fit craindre qu'elle ne fût pas propre pour l'Institut ; elle sortit du monastère, et se sanctifia dans le monde par une vie toute consacrée aux bonnes œuvres.

bien braves. Madame Colin s'en retournera bientôt après qu'elle aura un peu parlé à Monseigneur; mais je ne sais quand ce pourra être , car son grand synode et la multitude des affaires qui l'attendent l'occuperont bien.

Mon Dieu ! que nos pauvres Sœurs [de Moulins] ont de l'exercice! J'écris ce mot; il y a deux mois et demi, voire trois, qu'elles n'ont de nos nouvelles, si madame de la Croix ne leur a fait maintenant tenir le paquet que nous lui donnâmes, dont elle a un peu de tort. Adieu, ma fille, voici l'heure que le sire Pierre dit de partir; nous vous embrassons amoureusement, et toutes vos chères filles, mais ma petite cadette tout particulièrement; nous lui écrirons à la première occasion. Je suis toujours tout uniquement vôtre , ma trèschère fille, que Jésus remplisse de son très-pur amour. Amen. — 3 avril, à sept heures du matin.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

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