LETTRE XCIX
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARI
SUPÉRIEURE A MOULINS
Regrets de ne pouvoir secourir le monastère de Moulins. — Il faut recevoir les biens et les maux de la vie avec un cœur simple, et ne pas s'abandonner aux sentiments de joie ou de tristesse.
vive •'- jésus!
Annecy, 3 avril 1611.
Ma pauvre très-chère Sœur, mon cœur a une grande compassion de vous, mais Dieu soit béni qui vous éprouve toutes! Il faut avoir un grand courage pour supporter et surmonter, moyennant l'aide divine, tout ce que sa bonté permettra vous advenir; il en saura bien tirer sa gloire et votre utilité, ce bon Sauveur.
Croyez, ma mie, que nous ne manquons pas à prier soigneu-
sèment pour vous, et pour celles de Lyon qui ont bonne part de contradictions aussi. Quand Monseigneur sera de retour, nous prendrons quelque résolution. Vous devriez écrire fort librement, s'il y a de l'apparence que cette maison commencée puisse subsister; si l'on connaît qu'oui, il faut persévérer et faire ce que l'on pourra; que, si, moins, il aimerait mieux [Monseigneur] se retirer de la rive que du fond.
Le bon Père recteur écrit à Monseigneur que ma Sœur de Gouffier est en une peine excessive pour payer la dame qui prêta l'argent pour payer la maison, et que la maison de Lyon et celle-ci feraient un grand bien de fournir cet argent-là. Hélas ! ma très-chère fille, s'il se pouvait, la raison et la charité surtout nous y porteraient; mais la pauvre maison de Lyon ne saurait contribuer vingt écus sans s'incommoder, quand elle est toute naissante , sans fonds, sans logis, et veillée et maniée par un Supérieur qui ne permettrait jamais cela.
Pour les commodités de céans, vous les savez, ma trèschère fille : depuis votre départ, il ne s'y est reçu que douze cents florins, que le manseau a payés, ce qui fait environ mille ducatons, avec l'argent qui était en réserve pour l'achat des maisons du fiscal qui sont toujours là, ne les ayant pu avoir, mais nous nous en passerons encore un an ou deux; car de cet argent, nous en avons donné et devons donner quatre raille deux cents florins à M. de la Roche , pour ses vignes , que nous achetâmes la semaine passée quinze mille florins ; voyez ce qui nous demeure pour notre bâtiment; car nous sommes contraintes de faire une partie du corps de logis cette année. Les filles qui nous viennent du pays n'ont point d'argent : M. d'Avisé n'a pas seulement donné un sou de la pension de sa sœur ', et
1 Sœur Marie-Gasparde d'Avisé appartenait à une noble famille de Savoie, u A vingt ans, dit la Mère de Changij , elle se voyait estimée de tous pour sa vertu, et des mondains pour sa beauté; aussi il ne tint qu'à elle de devenir belle-sœur de saint François de Sales, mais une vive foi lui
a deux ans de terme pour le principal. Si les filles de la Comté viennent, leurs dots ne seront données que d'ici à un an, nous avons ainsi accordé. Tout cela vous montre clairement l'impossibilité que cette maison a maintenant de fournir huit cents ou mille écus.
Mais je vous dirai bien, ma très-chère fille, que si madame du Châtelard vient, comme elle le dit toujours, et qu'elle apporte de l'argent, et que la nécessité vous continue, je suis de ce sentiment que l'on aide de cette partie ; car, puisque ce sont nos très-chères Sœurs qui sont là maintenant, certes, il nous semble que nous le devons faire par la charité dont Notre- Seigneur nous a liées ensemble. Mais, ma très-chère Sœur, ne dites rien de ce que nous vous mandons ; cette affaire est d'importance, et partant n'est pas en notre seul pouvoir, non plus que de vous dire que vous vous serviez de l'argent que vos parents vous doivent; essayez pourtant de le tirer, et leur remontrez votre nécessité. Quand Monseigneur sera venu, nous lui demanderons s'il trouvera bon que vous l'employiez à votre nourriture et entretien; car je crains que vous n'ayez de la nécessité ; vos parents seront bien durs s'ils ne vous envoient une chose qu'ils doivent si bien.
Vous voyez comme nous vous écrivons sans loisir de pouvoir penser quoi, ni former nos lettres. Hier seulement nous reçûmes
fit préférer le bonheur d'être sa fille. « Après l'avoir communiée à l'église de la Visitation, le Saint dit à notre Mère de Chantai : « Notre-Seigneur m'a donné en communiant notre chère Gasparde, mademoiselle d'Avisé. » Celle-ci, en effet, le même jour, demanda son entrée au monastère, 1616. Après un noviciat exemplaire, elle fut jugée digne d'accompagner la Vénérable Fondatrice en plusieurs de ses voyages, et la suivit à la fondation de Chambéry, où elle fut élue Supérieure au départ de la Sainte, » De retour à Annecy (disent les anciens Mémoires), elle fut toute de cœur pour suivre la vie commune, dans laquelle elle a persévéré avec une grande piété, et selon l'esprit de simplicité, d'humilité et de confiance qui caractérise les vraies filles delà Visitation. » Elle décéda le 15 janvier 1649.
la vôtre du 15 mars, nous fûmes si lasse que nous ne pûmes répondre. Ce matin, le marchand veut partir, et [je] ne peux écrire à ma pauvre Sœur de Gouffier; il y a deux paquets en chemin ; madame de la Croix a tort de bon, elle est chez son beau-père. Nous avons écrit que ma Sœur vînt ici, nous l'en prierons encore étroitement; plût à Dieu qu'elle y fût! son corps et son esprit en vaudraient mieux. Adieu, ma très-chère fille, que j'aime parfaitement. Dieu soit votre force !
Nous avons fait ce billet couramment à celte pauvre Sœur. Nous nous oubliions quasi de vous dire que nous entendons que Dieu vous visite de ses grâces et consolations ; nous en avons une grande joie, et bénie soit la bonté de ce très-doux Sauveur! Recevez bien simplement ce qui vous sera donné sans vous amuser à regarder ce que c'est; demeurez fort humble devant Dieu, et ne vous abandonnez point aux sentiments ; tenez votre cœur tant ferme que vous pourrez en Dieu. Quand vous nous écrivez, demandez simplement à Notre-Seigneur qu'il vous donne ce qu'il veut que vous nous disiez de cela, et regardant à lui, écrivez ce qui vous semblera être, tout simplement.
Il faut finir. Ne vous alarmez point de moi, tout va prou bien, et [il] n'est point arrivé de nouveaux accidents depuis que vous nous avez écrit.
Je salue toutes nos chères Sœurs ; nous les aimons, certes, parfaitement, et surtout celles qui font le mieux. Tirez doucement la petite Marie-Avoye et l'égayez en l'encourageant tant que vous pourrez ; la misère humaine est grande. Vive Jésus !
Adieu, mon enfant ; je vous embrasse en esprit. Très-humble salut au Révérend Père recteur.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE C (Inédite)
SUPÉRIEURE A LVOf
Inquiétude que donne la santé du Rienheureux Fondateur; ne lui écrire que pour l'utilité spirituelle. — Désir d'une fondation à Grenoble, et envoi d'une copie de la réponse du cardinal Rellarmin sur l'érection de la Visitation en Ordre religieux.
VIVE 7 JÉSUS.'
Annecy, 10 avril 1617.
Voilà enfin notre bonne Sœur *** ' que nous vous renvoyons, ma toute et très-chère fille; certes, il me semble que son cœur est en bon état et bien disposé pour servir Dieu, et ne vois rien en elle qui mérite d'être rejeté. Cette parole un peu sèche lui est naturelle ; je crois qu'elle y pourra gagner quelque chose, elle le désire et d'être bien douce. Elle vous contera toutes nos nouvelles, et comme elle a vu Monseigneur tant et si extrêmement accablé d'affaires que je pense qu'il en est tout ennuyé. Grenoble lui en donne de surcroît, par la multitude de lettres qu'il leur écrit et faudra écrire, si les dames n'ont un peu de considération de ne l'employer, et ne lui écrire que quand leur utilité et nécessité spirituelle le requerra; car je vous assure qu'il n'a pas besoin de cela. L'on nous a dit que vous en devez voir quelques-unes ! Pour Dieu! voyez si vous pouvez discrètement éviter et détourner ce qui ne sera pas nécessaire, par leur entremise. Vous connaissez la bonté de ce Seigneur, et qu'il ne manque jamais à répondre; cependant, l'on dit que s'il ne se retranche de tant écrire comme il fait , qu'il en recevra un grand préjudice à sa santé et avancera ses jours, lesquels il me semble que tout le monde doit tenir bien chers, et ne les employer que pour la gloire de Dieu et pour l'utilité spirituelle.
1 Madame Colin.
Mais je vais écrire à Dijon, à Chambéry, à Sainte-Catherine, et partout où je pourrai, qu'on ne lui donne point d'occasion d'écrire que pour l'utilité et nécessité ; car, de cela, il ne peut pas l'éviter ni empêcher. Vous verrez bien que je suis un peu alarmée, et il est vrai, ma pauvre chère fille, car ce matin l'on m'en a bien dit tant de choses que cela m'a tout attendrie, et vous savez comme il nous est chèrement précieux; et, certes, il ne saurait l'être trop ; il retournera l'an prochain à Grenoble ; plusieurs, et quasi tout son diocèse, en sont marris, surtout M. de Boisy; mais moi j'en suis bien aise, car enfin cela ne pourra pas beaucoup préjudiciel" à l'évêché ; et cependant il profitera grandement à la gloire de Dieu, et fera en ce second voyage une double moisson, s'il plaît à Dieu. Il se loue grandement de la bonté et piété des Grenoblois, et particulièrement des dames. Ma pauvre Sœur Barbe-Marie arriva trop tard, mais elle doubla le pas; Monseigneur l'a toute gagnée. C'est un cœur tout aimable que celui de cette femme; c'est elle qui nous doit mener des dames, ce m'a-t-on dit ; encouragez-la bien pour établir là une Visitation. C'est grand cas, on nous désire en tous lieux, et nous n'avons point d'inclination que pour Grenoble. Il y a une assez bonne disposition pour cela, et toutes les dames le désirent passionnément ; mais quelqu'un détourne Mgr l'évêque ' ; recommandez l'affaire à Notre-Seigneur, ma trèschère Sœur, car il me semble qu'elle serait à sa gloire. Notre chère Sœur [Barbe-Marie] vous dira tout : elle nous a écrit trois fois depuis le retour de Monseigneur; nous lui en avons écrit une; c'est assez, car elle n'a pas tant d'affaires que nous; elle vous verra et vous affectionne passionnément.
Tenez main, je vous prie, à bien faire faire un encensoir de notre belle coupe ; souvent nous en avons à faire, et nous incommodons nos voisins. Faites vendre, je vous prie, mon
1 Mgr Jean de la Croix de Chevrières.
enfant, notre montre, pour aider à eu payer la façon, et ce qu'il faudra, car nous sommes fort courtes d'argent. La bonne madame Colin veut à toute force que nous gardions sa montre : je ne le voudrais nullement , sinon qu'elle en prît la valeur ; elle est prou juste et bonne, et nous en avons bien besoin d'une telle.
Ma pauvre très-chère Sœur, j'aime chèrement votre cœur; vivez toute à Dieu, ma très-chère fille, par un entier abandon nement de vous-même en sa sainte volonté, et le laisser faire. Certes, ma chère fille, nous avons un extrême désir de faire le même, et je prie Dieu que je meure si je ne l'aime désormais de toutes mes forces. Voilà le désir du chétif cœur de votre pauvre Mère qui a mal aux dents, si, qu'il faut finir, jusqu'à ce qu'on ait résolu la réponse pour Mgr de Bourges; notre trèsbon Seigneur doit venir ce soir pour cela ; croyez que nous ne le voyons guère ; mais nous sommes contentes et aimons mieux qu'il fasse ses affaires ; plût à Dieu que je l'en pusse décharger!
Voilà donc la réponse pour Mgr de Bourges ; écrivez au petit neveu, comme de vous-même, que si leur affaire presse, qu'à grand'peine pourra-t-on donner des filles, n'en ayant pas de bien prêtes à ce que vous pensez. Je crois que Monseigneur vous enverra la lettre du cardinal Bellarmin, pour la faire voir premièrement au Père recteur, puis à Mgr de Lyon. Si N. .. entendait cette langue, elle verrait que les vœux simples ont devant Dieu le même mérite que les solennels ' : le Père recteur
1 La pensée de sainte J. F. de Chantai est conforme à l'enseignement théologique, d'après lequel le désir de faire les vœux solennels et le soin de les observer dans sa conduite (bien qu'on ne soit lié que par des vœux simples) peuvent compenser, devant Dieu, le mérite propre des vœux solennels. La Sainte calme ainsi les regrets d'une àme agitée, et lui fait entrevoir le moyen d'arriver à un degré de perfection auquel elle ne saurait atteindre par le seul mérite des vœux simples.
la peut guérir de cette tentation , car il sait cette vérité ; mais,
ma très-chère fille, affermissez-la bien, avant que de lui donner
l'habit. Je saurai la tentation delà pauvre N... Hélas Isa pauvre
Sœur s'est perdue, à ce que l'on dit; je prie Dieu qu'il la
redresse.
Au reste, ma très-chère fille, prenez bien simplement ce que nous avons dit des écritures de Monseigneur : il est vrai, je le fais avec sentiment, car on dit que cela lui nuit fort, et hier je lui dis que j'allais écrire partout que l'on se retranchât ; il me dit que je ne le fisse pas, et qu'il accommoderait bien cela. Voyezvous, ma très-chère fille, je ne m'adresse nullement à vous, ni à aucune de nos Sœurs, car je ne voudrais pas, quand leur utilité le requerra, qu'elles manquassent de lui écrire. Oh Dieu ! non, ni aucune autre personne ; je crois que vous m'entendez bien sur ce sujet où il faut de la discrétion. Adieu, ma fille toute chère, adieu; je vous embrasse en esprit de tout mon cœur, et suis toute vôtre en notre doux Sauveur. Amen.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
A LA MEME
Résignation au décès du baron de Thorens. — Espérances que donne le monastère de Lyon. — Sollicitudes pour la réception de deux postulantes.
VIVE j JÉSUS.'
[Annecy, mai 1617.]
Eh Dieu ! ma toute chère fille, que vous dire sur cette nouvelle si douloureuse et qui m'a été si sensible, sinon que, de toutes les forces de mon àme, j'acquiesce à cette divine et tout aimable volonté de mon Dieu, lui remettant et l'âme de ce si
cher enfant ', et celte pauvre jeune veuve qui sans doufe renouvellera souvent ma douleur? Nous lui allons tantôt dire celte funeste nouvelle; car elle l'attend déjà il y a deux ou trois jours. Béni soit Celui qui nous touche! car enfin nous voulons courageusement embrasser celte croix et l'aimer. Oh! ma fille, il se faut invariablement attacher à la très-sainte éternité en laquelle nous aurons le loisir de nous voir.
Hélas! ma fille, croyez-moi que j'ai eu de l'appréhension et de la grande peine de la venue de M. de Rohier ici, pour le même sujet que Mgr l'archei/èque; el c'a été contre mon sentiment; mais vous connaissez notre cher Père et son cœur, lequel avait résisté à celte bonne fille et à ses parents tout le long du carême et de l'avent, qu'ils l'avaient importuné pour qu'elle fût reçue en cette maison. Les ayant refusés [mots illisibles] , comme on n'y pensait plus, ceux qui traitaient l'affaire de l'établissement à Grenoble et les parents demandèrent de la garder pour cette maison-là, et ils se résolurent de ne la pas envoyer à Lyon, pensant que l'on pourrait retirer [trois lignes illisibles]. Nous leur dîmes que nous ne la prenions pas pour celte maison, de sorte que vous l'aurez si la maison de Grenoble ne se fait.
1 Le baron de Tborens , colonel de 1,200 hommes, après avoir pris une part aclive aux différentes campagnes des années précédentes, repassait en hàle les Alpes avec ses soldats, pour attaquer les Espagnols, qui allaient investir Verceil ; cependant il ne devait pas avoir la gloire de combattre : à peine arrivé au camp, il fut saisi d'une fièvre pestilentielle. Son frère, Janus de Sales, et ses amis le firent transporter à Turin, espérant l'arracher à cette terrible maladie; mais lui, « dès qu'il se sentit frappé, se jugea perdu, et ne songea plus qu'à mourir en chrétien ». En effet, le 23 mai 1G 17 , le baron de Thorens décéda à l'âge de trente-quatre ans, « comme un saint entre les soldats », dit saint François de Sales. Il fut assisté dans ses derniers moments par le Père dom Juste Guérin, barnabite, et fut regretté de tous : des princes, de l'armée, de ses amis et surtout de sa famille : « C'était (disent les anciens Mémoires) un vaillant homme de guerre, un parfait gentilhomme, un excellent chrétien. »
iv. 13
Pour le regard de celte bonne damoiselle, votre parente, il faut essayer de gagner Mgr l'archevêque, et lui dire que puisque nos affaires sont résolues, il ne doit plus avoir tant de crainte, car nous augmenterons notre soin; et puis vous verrez que Dieu fera heureusement cette maison, et qu'il faudra doucement persuader ce bon prélat de regarder plus aux esprits qui seront propres, que non pas aux richesses, lesquelles Notre- Seigneur ne manque jamais de donner; vous verrez ce que je lui écris.
Je désire fort que nos Sœurs fassent profession ' et me soumets d'y aller; mais voyez ce nouvel accident et nos affaires, ne sera-t-il. point plus à propos de différer? Il y a longtemps que nous désirions occasion de vous écrire; enfin, ma fille, vous m'êtes uniquement chère.
Conforme àl'original gardé aux .Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE Cil
A LA MÈRE JEAXNE-CHARLOTTE DE BRÉGIIARD
SUPERIEURE A MOULINS
Arrangements pour la dot de la mère de Bréchard. — Conseils de direction.
VIVE y JESUS
Annecy, 29 mai 1617.
Dieu soit béni de l'heureux trépas de M. votre père2. Il faut essayer de trouver quelque expédient pour tirer le fonds, quand bien nous devrions en quitter quelque chose, afin
1 Jusqu'à celle époque, aucune des novices de Lyon n'avait pu faire les vœux, l'archevêque ne voulant pas le permettre avant que les affaires qui se traitaient à Rome fussent décidées. La premièie cérémonie de profession eut lieu le 18 juin 1617.
3 La vénérable More de Bréchard s'était offerte à Dieu en victime, pour obtenir la conversion de son père.
{ lie de la V. Mère, par la Mère de Chaugy.)
d'en pouvoir secourir cette maison; et il faut faire cela le plus tat qu'il se pourra. Il faut en écrire à M. de la Curne pour savoir comme il faudra conduire l'affaire, car ces deniers-là doivent appartenir à cette maison-ci, et être employés en celle-là, si la nécessité y est; et faudra pourtant que ce soit cette maison qui les prête; mais M. de la Curne vous dira comme il faudra faire. Tirez cependant les pensions, mais ne montrez pas que c'est de vos parents, ains du propre de celte maison-ci, comme il est en vérité; nous vous enverrons comme il faut que vous fassiez en cela.
Je trouve votre intérieur bien, mais suivez bien les petits avis ci-dessus, et me croyez; exercez en cet état une grande douceur, support et extraordinaire charité et cordialité vers cette bonne fille1, et embrassez courageusement les humiliations et contradictions : Noire-Seigneur veut cela de vous.
Il faut que celte chère novice que Dieu caresse soit fort simple et obéissante.
Pour la bonne madame Verne, il faut traiter son esprit tendrement, lui donner toute la connaissance et tout le goût que vous pourrez de la vraie perfection, laquelle n'est autre chose qu'un parfait dépouillement de soi-même et soumission à Dieu ; car elle a besoin d'être dépouillée, mais doucement.
Je parlerai à M. Roland de la Péronne 2. Madame la com-
1 Madame de Gouffier.
9 Péronne de Benno, nièce de M. Roland, aumônier de saint François de Sales, entra au monastère en 1618. « Ce fut en cette année (dit la Mère de Cbaugy) que nos sainls fondateurs réglèrent les trois rangs des Sœurs de la manière qu'il se pratique maintenant dans l'Institut. Notre Sœur M. Michel de Nouvelles fut la première Sœur associée ; notre chère Sœur Péronne de Benno, qui était forte et de bonne complexion , fut Sœur domestique, et la première qui ait gardé le voile blanc à la profession ; jusqu'alors on n'avait point fait de distinction de rang. Or, cette chère Sœur de Benno était demoiselle des familles des plus nobles du pays, mais si humble que, dès qu'elle sut qu'elle était destinée pour ce rang, elle en marqua une joie sensible. AI. Roland, aumônier du Bienheureux, chanoine de la calhè-
tesse de Tournon n'ira point là, mais madame de la Croix la pourrait ramener. Elle ferait grande charité.
0 Dieu! ma très-chère fille, que vous dirai-je? sinon la si sensible et douloureuse affliction qui nous est arrivée en la mort de mon pauvre très-cher fils de Thorens. Dieu nous fortifie ! Certes, il faut se taire, car c'est la main de Dieu qui l'a fait. Soit à jamais son saint Nom béni et sa volonté accomplie!
Tenez-vous fort douce et constante en cette occasion.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.