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LETTRE CXI

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

es âmes vraiment royales se dévouent au service de Notre-Seigneur au milieu des difficultés. — Conseils pour la direction d'une Sœur qui jouissait de grandes consolations spirituelles. — Avec quel courage on doit surmonter les répugnances que donne une charge. — On ne saurait choisir les prétendantes avec trop de soin. — La Mère Faire doit s'employer auprès de Mgr de Marquemont pour les affaires de l'Institut.

vive f JÉSUS !

Je viens donc vous écrire tant que je pourrai en ces trois quarts d'heure, pour ne perdre cette occasion, ma très-chère fille. Certes, vous m'avez fait un singulier plaisir de nous dire un peu des nouvelles de votre tant aimé cœur, et de vos chères filles; loué soit Dieu de tout ce que vous nous dites de l'un et de l'autre. Oh! que vous serez heureuse, ma très-chère fille ma mie, si vous persévérez de servir notre grand et doux Rédempteur, avec la pointe de l'esprit, indifféremment, comme vous dites, en tout ce qui se présentera : ce sont les âmes vraiment royales qui font ainsi. La divine Majesté vous fasse la grâce de persévérer en fidélité. Vous avez bien fait de ne pas continuer votre iv. 14

retraite; croyez-moi, ne l'entreprenez jamais en des grandes chaleurs, à cause du grand assoupissement qu'elles causent. Enfin, si Dieu veut que nous marchions comme aveugle et à tâtons, ne nous importe, car nous savons qu'il est avec nous.

Je suis étonnée de ce que vous nous diles de Paris et de Chàlons ' ; nous n'en savons autre chose. Ce nous serait grand profit de ne nous séparer d'un an; mais entout la sainte volonté de Dieu soit faite ! Xous sommes pressées par la grâce à cela. Que si l'on m'envoie, il me fera grand hien de nous revoir.

Je ne sais bonnement que dire de ma Sœur***, écrivez-moi un peu plus particulièrement ce que c'est, et les effets que tels sentiments lui laissent, et en communiquez avec le révérend Père recteur, et lui faites parler aussi ; certes, elle doit employer tout son courage pour couvrir cela et ne s'y point abandonner. Faites-la bien dormir et manger, et l'éprouvez. Demandez à Dieu la lumière pour le bien faire, car s'il y a de l'humilité et une parfaite obéissance, il n'y a rien à craindre. Il lui faut grandement recommander la naïve et sincère vérité et simplicité en toutes ses actions, surtout quand elle aura ces consolations. Bref, si elle a les vertus, il n'y a rien à craindre, quand bien ce serait de l'esprit malin; mais de la nature ou de l'imagination me semblerait plus dangereuse; parlez-en, je vous prie, et devant elle, au Père recteur.

Je vous assure que je suis consolée de vous savoir la petite Orlandin ; mais cette autre petite Raton, que fait-elle ? Ma fille, vous faites uniquement bien de ne retenir ces filles qui ne sont propres; tâchez de gagner que l'on nous laisse recevoir celles qui nous seront agréables, encore qu'elles n'aient tant de biens. Mon Dieu, que c'est de grande importance d'avoir de braves filles! Je serai marrie si ma Sœur N. .. s'en va; car je pensais qu'elle se pourrait rendre propre pour être directrice un jour,

1 Projets de fondations en ces villes.

pour soulager cette fille qui vit en cette charge avec un esprit si ennuyé; la continuation de cette peine m'en donne. 0 ma fille I c'est la vérité qu'il faut être plus que femme pour servir Dieu au-dessus de toute humeur et inclination naturelle; mais quel bonheur aussi de renverser la nature pour faire place à la grâce! Sa divine bonté nous assiste pour cela, s'il lui plaît, car il ne faut pas un moindre secours.

Je vais écrire un mot à M. Austrain, qui nous prie de garder sa fille au moins jusqu'au mois de septembre; nous le ferons volontiers pour l'amour de lui, 'car je vous avoue, ma fille, qu'elle ne profite point.

Nous n'avons encore point de nouvelles de Rome; je crois que Mgr l'archevêque voudra aider à l'affaire; si elle n'était expédiée, priez-le, je vous prie, de la faire expédier, et que ce soit surtout avec les privilèges que le Père procureur a mandé qu'il avait obtenus; car enfin il est impossible de se soumettre à autre chose. Je crois, ma fille, que vous ferez bien de lui écrire une belle et honorable lettre de supplication sur ce sujet; car je crains que le Père procureur ne soit un peu long en ses poursuites; mais écrivez comme de vous-même. Mon enfant, il faut finir : Dieu soit notre tout. Amen. Bénie soit sa bonté, et je suis sans réserve vôtre, et à la Sœur Barbe- Marie, et à toutes vos filles. Vive Jésus!

Mon enfant, j'écris si à la hâte que j'oublie la moitié de ce que je voudrais dire. Or sus, oui certes, et de bon cœur, nous vous ferons faire un voile de calice; mais il faut laisser passer les grandes chaleurs, car on ne travaillerait pas proprement. Je ne sais si nous avons des soies, ma Sœur Péronne- Marie nous a dit que non, mais elle vous écrira de cela. Ne faites voir les lettres que les deux Sœurs s'écriront. Celle-ci n'est pas fort touchée; nous y ferons ce que nous pourrons.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Cliambéry.

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