LETTRE CXII
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD
SUPÉRIEURE A MOULINS
Klle l'encourage dans les traverses suscitées par madame de Gouffier, et la prie de résoudre quelque affaire d'après le conseil des Pères jésuites, sans attendre son voyaye ou celui de saint François de Sales.
vive -j- JÉSUS !
Annecy, 11 août 1617.
Ma très-clière fille ma mie , j'aime mieux que vous n'ayez que ce billet que de perdre l'occasion de vous l'écrire. Oui certes, nous avons répondu à toutes vos lettres et à toutes celles de nos Sœurs. Or, Dieu soit béni! Je vous écrivis l'autre jour par un homme que l'on envoyait à M. de la Croix. Croyez, ma très-chère Sœur, que Monseigneur et moi ne manquons pas de soin ni d'affection pour votre maison; mais nous ne savons bonnement comme employer et l'un et l'autre, tant il faut ménager l'esprit de cette pauvre Sœur ', et encore son travail qu'elle a pris après cette maison. Voilà un billet que je lui écris, qui est à cachet ouvert, et Monseigneur un autre pour la persuader de venir ici. 0 Dieu! que nous le désirons ! mais nous ne l'espérons pas, non plus que vous ne devez pas espérer que je puisse aller à vous cette année : l'impossibilité y est toute claire.
Quant à Monseigneur, je pense que vous le verrez; mais encore n'y a-t-il rien d'assuré. C'est pourquoi il faut que vous preniez bien le conseil des bons Pères jésuites, et celui des amis de delà avec poids et considération, tant de la nécessité de la sortie de cette fille, que de la considération qu'il en faut avoir, eu égard à ce qu'elle a fait, car jamais il ne faut demeurer en ingratitude. Faites donc cela, et puis vous écrirez bien tout au
! Madame de Gouffier.
long et votre avis et sentiment de ce que nous devrons faire; car, étant sur les lieux, vous pourrez mieux juger que nous. Que s'il faut exécuter quelque sortie pressante, il me semble encore qu'il serait plus séant de la lui faire persuader par d'autres que par nous. Enfin, nous ferons tout ce que nous pourrons qui sera selon Dieu, car qui peut douter que celte maison-là ne nous soit très-chère ?
Vous ne nous mandez rien de l'affaire des Pères barnabites; je le désirerais pourtant, puisque sur ce que vous nous mandates, nous leur avons parlé et ils ont désiré que l'on s'y employât. Il faut nécessairement finir. Je suis de tout mon cœur toute vôtre, vous le savez, ma très-chère fille, et à toute la chère troupe.
Dieu soit béni!
Couforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.