LETTRE CXXI
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LVOX
Affaires de l'Institut. — La reconnaissance due à M. Austrain oblige à user de compassion envers sa fille.
vive -j- JÉSUS !
[Annecy, ce 10 octobre 161"].
Peut-être que ces lettres que je vous supplie d'envoyer à Moulins arriveront trop lard, et que ma Sœur de Gouffier sera déjà en chemin; mais faisant ce que nous pouvons, il faut remettre tout entre les mains de la divine Providence. Mais, mon Dieu, ma très-chère fille, que nous fûmes consolée quand nous sûmes que mon cher neveu vous était allé voir, tant pour votre consolation que pour la nôtre! car enfin il nous dira grandement de vos nouvelles, et il nous tarde fort d'en savoir bien amplement. N'en avez-vous point de Mgr l'archevêque [de Lyon], et n'y a-t-il moyen de savoir promptement par l'entremise de quelqu'un si nos affaires sont expédiées ou non"? car enfin nous sommes résolues d'y voir une fin, et d'envoyer un très-digne et très-affectionné solliciteur qui fera sans doute, avec la grâce de Dieu, bien et bientôt nos affaires. Or sus, nous n'avons le loisir que pour ce billet. Si ma Sœur de Gouffier passe à Lyon, faites-le savoir à madame Austrain, afin que, si elle veut, on lui renvoie [sa fille] par celte commodité, sinon nous la garderons jusqu'à Pâques. Elle fait un peu mieux
avec sa nouvelle maîtresse, ma Sœur Marie-Adrienne [Fichei] la tient bien court; certes, nous avons tant de mémoire et d'affection pour le défunt, que nous faisons tout ce que nous pouvons. Mille salufs à nos très-chères Sœurs et qu'elles m'excusent; mais elles sont trop bonnes pour user de ce mot. Adieu, ma très-chère fille.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE CXXÏI {Inédite)
A SAINT FRANÇOIS DE SALES
Difficultés survenues à l'agrandissement du clos du monastère.
VIVE f jiîsus!
Mon pauvre très-cher Père, il ne faut laisser de manger de ces bonnes poires, encore que M. le prieur de nous ait déclaré une prétention nouvelle toute contraire à la parole qu'il nous avait donnée de plein abord. Certes, j'ai été touchée de douleur de voir ce procédé ; mais je crois fermement que tout se convertira à notre bien, car Dieu est notre espérance et il nous fait la grâce de cheminer droitement et simplement. Il ne faut donc, mon très-cher Père, que nous déterminer à nous tourner du côté qui nous semblera être le plus selon Dieu, afin de commencer à faire ce qui sera besoin. Notre-Seigneur veut que nous ayons et souffrions doucement cette contradiction. Il nous aidera, s'il lui plaît, je l'en supplie l.
Conforme à une copie de l'original gardé au second monastère de la Visitation de Marseille.
1 Ce dégagement et cette modération de la Sainte, au milieu des contrariétés, ont été fort loués par saint François de Sales, qui, à cette occasion,
écrivait à un de ses amis, en septembre 1617 : « Mais qui vous a .pu
iv. 15
226 LETTRES l:E SAINTE CHAXTAL.
LETTRE CXXIII [Inédite)
A LA MÈRK JEAXXE-GHARLOTTE DE BRÉCHARD
SUPÉRIEURE A MOULIXS
Madame de Gouffier quille Moulins.
VIVE -J- JÉSUS
[Annecy] "26 octobre 1617.
Ma très-chère Sœur ma mie, nous venons de recevoir la voire du 15 de ce mois, et avonsreçu les précédentes avec toutes celles de madame de Gouffier, qui nous promettait de partir le lendemain pour aller à Paris. Croyez-nous, ma très-chère Sœur, que nous la portons sur nos épaules, et n'est point besoin que vous vous mettiez en peine, ni personne, pour nous représenter son humeur, ni la nécessité qu'elle parte de là, nous le savons assez, il ne nous reste qu'à trouver le moyen de l'en faire partir, et Dieu y pourvoira. Elle doit bien juger par nos lettres que nous ne la désirons plus là. Monseigneur et nous
» dire que nos bonnes Sœurs de la Visitation aient été traversées pour leurs » places et bâtiments ? Oh ! mon cher frère, Dominus refitgium foetus est » nobis ; Notre-Seigneur est le refuge de leur esprit ; ne sont-elles pas trop » heureuses? Et comme notre bonne Mère, toute vigoureusement languis- » santé, me dit hier: Si les Sœurs de notre Congrégation sont bien humbles » et fidèles à Dieu, elles auront le Coeur de Jésus, leur E poux crucifié , pour n demeure et séjour en ce monde, et son palais céleste pour habitation « éternelle. Il faut que je die à l'oreille de votre cœur, si amoureusement n aimé du mien, que j'ai une suavité d'esprit inexplicable de voir la modé- « ration de cette chère Mère , et le dégagement total des choses de la (erre » qu'elle a témoigné pour toutes ces petites traverses. Je dis ceci à votre » cœur seulement ; car j'ai fait résolution de ne rien dire de celle qui a en- » tendu la voix du Dieu d'Abraham :Egredere, etc.. En vérité, elle le fait, » et plus que cela. Or, il me reste de la recommander à vos prières, parce » que les fréquents assauts de ses maladies nous donnent souvent des » assauts d'appréhensions, bien que je ne cesse d'espérer que le Dieu » de nos pères multipliera sa dévote semence, comme les étoiles du ciel et le » sablon qui se voit sur l'arène des mers. »
voulons lui écrire amplement. Nous la croyions déjà en chemin pour Paris, mais ce bon Seigneur n'est pas ici et ne reviendra que samedi, de sorte que si madame de Montaret est partie, comme elle mande qu'elle fera , nous enverrons nos lettres par Lyon ; aussi bien nous est-il impossible d'écrire tant, parce que le laquais attend ce billet au parloir, qu'aussi nous nous attendons à un accès de fièvre qui ne viendra pas, s'il plaît à Dieu, l'heure s'en allant passer.
Pour Dieu, faites ce renvoi le plus sagement qu'il se pourra, s'il n'est déjà fait. Enfin pourvu qu'elle soit dehors, j'espère que Dieu vous bénira, et aussitôt que vous en serez délivrée nous vous écrirons ce qu'il plaira à Dieu nous donner. Mais gardez-vous d'altérer son esprit et la provoquer à des éclats. Enfin, ma pauvre très-chère Sœur, la très-sainte humilité et patience n'est jamais abandonnée de Notre-Seigneur. Croyez et espérez, et ayez compassion de cette pauvre fille ; car ce ne sont que tentations, et nous savons qu'au fond elle a une trèsbonne âme, et puis enfin Dieu s'est servi de son labeur pour cette petite Compagnie. Il faut toujours lui en montrer de la gratitude et la traiter avec honneur.
Nous n'avons point vu madame de la Croix , ni reçu de ses lettres, oui bien les vôtres. Si cette pauvre femme s'en va, je vous prie que nous le sachions incontinent; si elle est là et qu'elle sache que nous vous avons fait ce billet, dites bien cette vérité que nous [ne] voulons lui écrire, la croyant à Paris, et que, pour ce coup, nous ne le pouvons pour les raisons cidessus. Nous écrirons à toutes une autre fois. — Bien en hâte.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.