SUPÉRIEURE DES FILLES REPENTIES DE LA MAGDELAINE, A PARIS
Recevoir les dons de'^Dieu avec humilité et reconnaissance.
vive f JÉSUS !
[Annecy], 6 septembre [1631].
Ma très-chère fille,
Ce ne serait pas une moindre consolation pour moi que pour vous, si je pouvais encore entendre une bonne fois tout votre état intérieur de votre bouche; mais je trouve que vous me l'exprimez assez bien dans vos lettres, qui me font toujours plus connaître que Dieu vous conduit de sa sainte main, non-seulement pour ce qui regarde votre intérieur, mais encore II prend le soin de conduire les âmes qui sont en votre charge. Je n'ai rien à ajoutera cela, ma très-chère fille, sinon que vous persévériez avec humilité, et grande reconnaissance envers Dieu des grâces que sa bonté vous fait. Cette dernière que vous avez reçue, par laquelle II vous fait tendre à une plus grande pureté que vous n'eussiez quasi jamais osé espérer, est très-précieuse,
et mérite hion que vous L'en bénistîei et remerciiez continuellement, .ivre tonte l'humilité qu'il vous sera possible.
Il esl \rai, vos bonnes filles de |a Majjdelaine m'ont écril une lettre simple en leur cordialité et témoignages d'affection envers nous, pour le bien el l'utilité qu'elles reçoivent de voire présence. Nous leur répondons aussi je ne sais (|u<>i. car la grande multitude «le lettres qu'il me Paul Faire empêche quelquefois «le répondre si distinctement que Ton désirerait, et qu'il serait
bien r<'(piis souvent. Mais pour vous, ma très-clière fille, VOUS m'avez toujours été si bonne que j«' ne fais pas difficulté de
ier sous silence plusieurs points de votre lettre, auxquels
peut-être vous eussiez bien désiré que j'eusse répondu; mais il n'] a de remède, il Tant que vous me pardonniez et que VOUS
me supportiez en cela; car je vou^ proteste que de cœur je suis
invariablement tout a fait vôtre, mais sans loisir dans mon ordinaire accablement. Dieu soit béniel vous bénisse) \tnen.
Conforme à une copie de l'original garde' au premier ■Mftttèn if la Visitation de Parii.
LETTRE IICX1 [InédiU
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l m lu tout tu long la lettre de cette pauvre Soeur N. , laquelle
véritablement me fait ;{rande rompassjnu, car l'on voit bien «pi il \ a |. ni- - n> i|iioi r|r linti i n r( tte âme-là; mais elle S II -
Posions -i i \n - 1 v « 1 1 1 « ii t fortes «t violentes si son esprit li bi-
zarre que c'est une pitié, et cela l'emporte, quand elle est émue, à faire tous les manquements qu'elle commet. J'ai pensé, ma très-chère fille, que si cette âme-là était entre les mains de notre Bienheureux Père, qu'il en ferait quelque chose de bon, et tâcherait de la gagner par une tout extraordinaire douceur, charité et support exercés autour de cet esprit; et c'est le seul moyen de la ramener que de la traiter de cette sorte. Je vous dis ceci parce que je sais que vous le ferez, et que vous voulez bien aussi que je vous le dise.
Pour l'amour de Dieu, ma très-chère fille, quand elle fera des fautes envers vous, qui ne seront point connues des Sœurs, je vous prie, ne lui en dites rien du tout, mais seulement témoignez-lui de la compassion de son esprit; et jamais ne lui reprochez ces manquements, ni ce que vous avez fait pour elle, le support que vous avez eu en son endroit et choses semblables; mais traitez-la avec toute sorte de douceur et charité, lui faisant entendre que vous voulez en cela reprendre votre premier train, et que ce que vous avez fait n'a été que pour la prendre de toutes les façons qu'il se pouvait, pour essayer de la réduire à la modération qu'elle doit. Et pour les fautes importantes qu'elle fera devant les Sœurs, comme quand elle témoigne ces bizarreries, tâchez, quand son esprit sera un peu accoisé, de lui faire désirer d'en faire quelque pénitence devant la communauté, afin d'empêcher par ce moyen les mauvaises conséquences qu'il s'en pourrait tirer. Elle se plaint de ce que, quand elle a fait des fautes, on la laisse sans lui rien dire. Hélas! ma très-chère fille, c'est un esprit qui a besoin d'être grandement encouragé et conforté ; c'est pourquoi je vous supplie que, quand vous penserez que son émotion sera un peu passée, comme quelques heures après, vous l'alliez visiter, pour l'encourager et aidera se remettre en bon train, lui disant quelques bonnes paroKs avec beaucoup de douceur et cordialité. Voyez-vous, ma chère fille, il faut une charité non commune pour faire ceci,
mais excellente; aussi ètes-vous ippelée a cela. Pratiquez-la donc de bon cœur en ces occasions-là; car peut-être rendu /vous plus de sen ice à Dieu en ce que vous ferez pour lui ,f{afqner cette âme, qu'en tout le reste de votre fie. Donn» •/ lui tout le temps (pii lui sera nécessaire pour vous bien décharger son coeur; elle vous en fera perdre sans doute, mais il n'y a remède, car c'esfl un esprit à qui il faut souvent parler. El puisqu'elle ne se découvre pas au dehors, il faut que vous lui donniez tout le soulagement qu'il VOUA lera possible au dedans. Ne lui témoignez jamais qu'elle vous est à charge, ennu] euse ni fach< use pour quoi qu'elle puisse dire ni Faire, mais traites-la toujours forfl maternellement, car je tous dis derechef qu'elle vent être maniée avec une extrême charité et support Je sais bien que
vous le laites, mais je ums conjure que ce soit de plus en plus, parce que moyennant cela, je crois que c'est une âme pour le lalufl éternel.
Il DM lemble VOUS avoir déjà dit que pour les menues fautes
qu'elle ferait d'omissions et semblables, il ne la fallait pas corriger, et que nOS Sœurs la doivent supporter cordialement en manquemenis-là • car je VOOI dis qu'elles sont plus coupables devant Dieu avec toute leur perfection, pour de légères
imperfections qu'elles font, que n'est pas celle-là pour m - pi us
Igefl fautes, à cause de l'extrême bi/arrerie de |Ofl esprit et
de la violence de les passions. Mais il faudrait un peu oser de condescendance en certaini petits désirs qu'elle peut avoir, et
prendre ;;arde .t ne |.i pgf COntltriei ; I I une prudente et
industrieuse charité, mais qui e^t bien nécessaire aux Supé-
rieni i
NOOI avons i<i Celle de Moulins des b> junr de saint Harlbele-
my, qui i ramené notre Sœur K. -Angélique [de la Croix de l i iigo] |, et n'en pense partir qu'aprèf la Saint-Michel ; je crois qui jour loi la i grandement utile. Bile m'a dit comme la
fondation do Crojaic S I II point faite, et que vous an / toujours
les Sœurs qu'on y a envoyées à la charge de votre maison, dont j'ai été marrie; car, ma très-chère fille, je vois que vous ne prenez pas le soulagement de vos nécessités sur la maison de Moulins, mais sur celle du faubourg de Paris, d'autant que ma Sœur la Supérieure m'écrit qu'elle est en peine pour vous prêter de l'argent et faire trouver des cautions. Je suis bien aise qu'elle vous aide; mais nous autres Supérieures qui ne sommes que passagères en charge, quand nous avons fini notre temps, on nous envoie en un autre monastère, et nous laissons quelquefois des charges sur les maisons, dont celles qui nous succèdent ne sont guère aises et ne nous savent pas grand gré. C'est pourquoi je vous supplie que vous fassiez en sorte qu'avant que le triennal de cette chère Sœur du faubourg soit fini, vous puissiez rendre tout, et la délivrer de ses cautions, afin que ses Supérieurs n'aient point de sujet de mécontentement; car voyez-vous, ma chère fille, elle a un cœur royal, cette Mère, pour assister nos maisons, j'en suis bien aise ; mais aussi ne faut-il pas qu'elle en ait aucun sujet de mortification de ses Supérieurs .
Au reste, j'ai dit franchement à ma Sœur la Supérieure de Moulins qu'elle avait donné des Sœurs au double de ce qu'il en fallait pour cette fondation, et qu'on lui en renverrait une partie. Certes, si nous continuons à mander en fondation celles qui n'ont pas les vertus d'humilité, amour à la pauvreté et autres de l'Institut, nous ferons des images de Religion, et non pas des maisons de la Visitation ; car, comuie je dis en mes Réponses, l'on ne peut donner aux autres ce que l'on n'a pas soimême. Vous expérimentez bien ce que c'est que de mettre de ces filles en fondation, en ma Sœur M. -Marthe [Dubois] qui n'était pas propre pour cela; mais pourtant, puisque la cbose est faite, je crois que si vous la traitez avec une grande douceur, charité et support, et que les Sœurs aussi fassent de même, vous la gagnerez; car enfin c'est une âme où il y a je ne sais quoi de bon,
ANNÉE I6SI. I :»i
an fond. — J'etpère que notre Sœur la Supérieur»' de Moulins l'en retournera avec on nouvel esprit, efl que l'amour de la sainte homilité, pauvret/' et simplicité auront pris place en son . i les, les Supérieures ne l'inculquent pas ass< i .t leurs filles; faites-le dorénavant fortement, car sans cet esprit nous ne sommes que «le- fantômes de Religion. Ma fille, je suis vôtre de tout mon cœur.
Conforme à m copie <!»■ l'original ;;ir.l. i li l'tsiutioa <!•• Voiroo.
LETTRE IICXII
\ i- \ mi re A.WK-M \i!ii: !;<>sm:i
in U * CBSSm i \
Sollicitude* de li Sainte pour lr> SoBOfl de Crémiens. — Comment faire quand on n'a pas une : ir-. - Hier <1«- réserve i l'égard d'une
lolante écoodoile une première foie. — Prudent 6 à garder lorsque lee •écolien irnni parlef eus Beligieotei dam U "lieiMi ou elles m lonl réfugiéea p< odaot l.i sx
VU K y JKM
[âneef, ISS1.]
IfS V i:\IMI\I SOMME |.T THKS-dUiRK PILLE,
Il tant que je vous confesse simplement que ce m'a été une extrême consolation d'avoir de vos nouvelles, et je vous conjure de m'en faire savoir le plus souvent qu'il vous sera possible, au moins «le quinte en quinae jours, <>u pour le plus lard, <le trois en trois semain< - , « ar si bien vous êtes hors de l'infection et en bon m comme uh^ dites ', cela ne me suffit pas pour me tenir bon de peine si je d ai souvent de vos oouvellt s. Envoyes-1
1 I i ville* 'l«' l'.n iin.iiv inu.i .*i un*- h-lle rxtr.iiul. qu'il n'\ . t v . » i : plus
que quelques femmes et les nettojeui M i ifant ?o,
H qu il Fallai 1, ou que l< i;< uses mourussent de kmT, ou qu'elles allaj
. her< bet l • m, lesji < ftnuntael i ÉV rtif rk 11 \ ill«- et V conduire dam un château, où eliei gardaient u
une grande exactitude et édification «lu le // Mdëthn dé Cn mit
ma Sœur la Supérieure de Belley; car je crois que c'est la voie la plus sûre pour les avoir promptement.
Mais, ma très-chère fille, si j'ai été consolée d'une part, il faut avouer que j'ai ressenti de la douleur de la mort de feu If. de Quinson, en laquelle je confesse avec vous que votre maison a fait une grande perte; mais il nous faut soumettre au bon plaisir de Dieu, et L'adorer en toutes choses, nous assurant qu'il aura soin de vous, comme vous le voyez visiblement par la grâce qu'il vous a faite de vous préserver parmi les dangers où vous avez été exposées. Il ne vous reste, ma très-chère fille, sinon à tenir votre chère petite troupe dans une grande retenue, netteté et pureté, par une entière exactitude, par bonnes actions de grâces aux bénédictions qu'il plaît à sa Bonté verser sur elle.
Quant à ce qui est de la difficulté que vous avez d'avoir des ecclésiastiques pour dire votre messe, et de la cherté où vous en êtes, de vrai, je trouve que cela irait bien loin, et partant, ma très-chère fille, vous ne devez point faire de scrupule, encore que vous ne l'entendiez pas tous les jours; et me semble que deux fois la semaine avec le dimanche vous doivent suffire. Les autres jours, vous l'entendrez spirituellement, et toutes pourront communier ces deux fois pour compenser les communions journalières des trois qui ne se feront pas tous les jours. — Quant à la fille de cette bonne demoiselle qui vous oblige tant, si votre nombre n'est que de vingt-deux, ainsi que je l'ai conjecturé par la vôtre, il me semble que vous devez lui donner la consolation de la recevoir, pourvu que la rente de ces trois cents écus et cette pension que vous croyez qu'ils donneront pendant sa vie, fût suffisante pour l'entretien, afin qu'elle ne fût pas h charge à votre maison. Mais pour l'autre que l'on vous presse de reprendre, de vrai, ma très-chère fille, je m'en excuserais tout à fait, car je sais par expérience que celles qui ne sont pas propres pour la Religion en un temps ne
Je sont pas en un autre, sinon que Dieu fasse des miracles. Croyez-moi, ne vous hâtez point de tooi charger de filles. Quant a la mère de ma Sœur .V, si mus jogei qu'elle loil propre
pour vous servir, vous lui DOUVei donner parole de la conlenler, pourvu que vous Boyes rétablies à Crémieux.
Je reçus encore hier des lettres de ma Sœur la Supérieure de Lyon, laquelle m'assure qu'elle ne vous laissera avoir besoin de
chose aucune qui soit à son pouvoir, et que je ne m'en mette point en peine, l'ous ave/ raison de vous louer de la cordiale et sincère affection qu'elles ont pour votre maison, et de la charité qu'elles j exercent, car vous savez Lien, ma très-chère fille, que la Mère a un cœur qui en est tout rempli. Elle m'écrit encore qu'elles vous prêteront les seize cents francs dont nous payerons la rente.
Quanl au désir que vous ave/ de savoir comme vous ferei pour les léculieri qui désireront de vous voir el parler après
votre quarantaine finie, il faudra que vous ayei une chambre
pour eux qui ><>it, le plus que vous pourrez, hors du commerce
des Religieuses, en laquelle vous leur poorrei donner entrée, sans pointant les laisser aller dans lei autres chambres oè vous couches <'t Faites vos exercices; el même dans cette chambre ou je di> que vous les recetres, vous pourrai mettre un ban \ ou quelque barrière par le milieu, pour faire voir que les séculu i s -on t d un côté et vousde l'autre. — liais je m'atise, m » Irèschère fille, de sous dire sur ce que vous me dites (j ne vous aves fermé votre maison de Crémieux, el l'avei laiss< e toute seule, «pu- cela est bien dangereux, ii vou^ ne la recommande! I quelqu'un qui en ail bien soin pour empêcher que l'on ) jette quelque infection ded ma, on que l'on ne dérobe ce que sous ) iv. / laissé, « t tell lutres accidents, li quelqu'un ne tous bit la
Charité d'j prend i e ;\u de. - - Ma lies-i hère lille, .iv,. / toujours
un grand toin de nourrir v<»> Gllei dani le béni et désirable 1 1-
prîl de leur vocation, qui SSl humble, pauvre, doux et Minple ;
et priez bien Dieu qu'il Lui plaise me faire miséricorde, et toutes nos Sœurs que je salue avec vous, car je suis de cœur tout à fait vôtre.
Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rossct elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MCXIII (Inédité)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE A GRENOBLE
Inquiétudes au sujet de la prolongation du voyage de la Mère deChâtel.
vive f jésus!
Annecy, 13 septembre 1631.
Ma très-chère fille,
Ce n'est que pour saluer très-chèrement votre bon cœur, car le porteur nous a surprise. Nous nous portons bien, grâce à Dieu, et avons ici nos Sœurs les Supérieures de Thouon et Moulins pour jusqu'à la fin du mois. Nous sommes en trèsgrande peine de notre Sœur la Supérieure de Chambéry, nous craignons qu'elle ne soit malade; que si elle ne l'est pas, il m'est avis qu'elle a grand tort de tant demeurer à mander à nos Sœurs de Chambéry de l'envoyer chercher, car elles n'attendent que son retour pour partir pour Aoste, et elles ne le peuvent faire devant. Cependant le temps passe et les promesses et les commodités du voyage. Dieu la veuille bientôt amener! Pour moi, je l'admire en sa liberté d'esprit et au peu de soin qu'elle a de faire savoir ses nouvelles. Pour Dieu, si vous en savez, mandez-les-nous. Je crois qu'elle viendra par Grenoble, et de là, ici. Ne la retenez point, car sa présence est trop nécessaire ici. Dieu nous conserve toutes et nous donne son saint amour. Amen.
Conforme à une copie de l'original yardé à la Visitation de Sorésitic (Lombardie.)