LA SOEUR FRANÇOISE-CATHERINE DE PINGON
A APT l
Affectueux encouragements.
VIVE -j- JÉSUS !
[Annecy], 7 mars [1632].
C'est de ma main et de tout mon cœur que je fais ce billet à ma pauvre très-chère fille Françoise-Catherine , pour lui dire que j'ai reçu et lu sa bonne lettre avec fort grande consolation, y ayant vu clairement que la bonne main de Dieu la tient toujours à soi et conserve dans son cœur ses saintes affections et résolutions, que par sa miséricorde il y a mises. Conservez bien ce trésor, ma très-chère fille, par une grande fidélité à l'observance et à la suite du bien que vous connaîtrez que cette infinie douceur désirera de vous.
Quant à ce qui vous est arrivé par le changement de lieu, vous vous devez assurer fermement que c'a été par disposition divine, pour votre bien et celui de la maison où vous êtes. Demeurezen donc à jamais totalement en paix, car je vous y aime beaucoup mieux qu'ailleurs, et tâchez de tenir votre esprit dans une grande confiance en l'amour de Dieu, vous abandonnant toute à sa sainte disposition, avec une douce, suave et tranquille humilité et confusion de vous-même, qui soit accompagnée de générosité et bonne espérance. Croyez, ma chère fille, que je
* Sœur Françoise-Catherine de Pingon se distingua toujours, soit au monastère d'Annecy dont elle était professe, soit à celui d'Apt où elle passa plusieurs années, par une grande charité pour le prochain et une soumission à toute épreuve envers ses Supérieures. Après avoir expérimenté pendant cinquante-quatre ans de vie religieuse la vérité de cette parole de saint Prançoû de Sales : « L'obéissance est une sûre navigation en laquelle on chemine doucement et sans péril », elle aborda heureusement au port de la Patrie céleste, le 11 avril 1681. (Année Sainte, IIe volume.)
vous aime fort chèrement, ainsi < j u «* notre Sœur Françoise- Angélique [Uoynet] aussi, el mis toute vôtre. — Salues toutes dos Sœurs de ma part Dieu répande ion amour lur cette troupe, el soil béni
Conforme ' :ion.
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< est la bénédiction que Dieu répand sur notre union cordiale, ma très-chère unique fille, que cette sainte consolation que nous ressentons sur la communication que nos cœurs Be font de leurs réciproques affections. Certes, je la sens très-intime al incomparable, et j'admire la conformité «le nos sentiments an tootei cho* j. Cela m'< il dd lurcrotl de suavité <-i de contentement dans cette intime union «jur Dieu a faute en nooi dou( Bonté me la continue, s'il lui plaît, dans son éternité! Je -m- bien aise que vousm'ayei «lit tout au l< (ail
cil»/ sous, car je trouve cela loutbieo. Je n'en croyais rien moins auparavant, et j<- jugeais an rU nu ut |aiséiuent| que i es bonnes fille! quelque chose d'extraordinaire pour I» liberté
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grands esprits ne sont pas les plus propres à la religion. Elle a toutefois le cœur très-bon et tout cordial. Hélas ! elle désire retourner ici ; mais je ne puis avoir ce sentiment de l'y tirer. Au contraire, j'appréhende son humeur et sa manière de traiter, nonobstant que je l'aime chèrement, car, de vrai, sa bonté le mérite. Ne lui faites point savoir que vous ayez connaissance de ce que ses filles ont dit de votre maison et des autres. Je trouve tout à fait selon mon cœur cette parole que vous me dites, que jusqu'aux moindres circonstances, la modestie religieuse doit paraître. Mon Dieu ! ma très-chère fille, que cela est conforme à l'esprit de notre Bienheureux Père !
Il faut que je vous dise, mais à vous seule, que la Supérieure qui fut ici l'été passé (je crois que vous la devinerez) était s1 parfumée, avec la robe fort traînante et les souliers fort hauts, et semblables vanités, que nous en étions toutes scandalisées. Seigneur Jésus! que cet esprit du monde doit être éloigné de la sainte Religion! et que je le crains pour la nôtre! Je prie Dieu qu'il ne permette jamais qu'il y entre! Elle s'en alla de céans avec beaucoup de bons changements; elle y admirait la pauvreté et simplicité religieuse qui y reluit. Elle a le cœur bon, et j'espère qu'elle fera prou, car elle goûte fort le vrai esprit de religion quand on lui en parle. Enfin elle fit ici de fort bonnes résolutions.
Je suis bien aise que notre bonne Sœur la Supérieure de Montargis vous ait vue, et que ces Messieurs et vous jugiez bien de son intérieur. C'est une âme qui a eu des marques de grande piété dès son enfance. Dieu lui continue ses grâces. Amen.
J'admire l'entortillement de l'esprit de notre chère Sœur de la ville. Il y a sans doute de la tentation de jalousie, et un grand désir d'être fort aimée et approuvée de vous. Je lui sais bon gré de ce dernier, pourvu qu'elle en demeure en paix. Enfin, notre misère est grande, ma très-chère fille; mais pourtant c'est un bon cœur, et je suis extrêmement aise qu'elle soit partie
d'avec \<»ws li contente efl satisfaite* Son cœar requiert des ((■moi; d'un grand el h oc amour de ceoi qu'elle aime ;
mais je l'admire d'avoir parlé <le cela à notre bon archevêque, auquel j«' ne puis écrire pour cette bis, ai à d'autres. Je I»' salue < lin. menfl quand voua le verrez, el ma fille [de Chantai] qui a bien eni ie de venir ici avec lui j mais je ne sais s'il |'a< J'en attends la réponse, ci lui encore de meilleur cœur; je qu'il viendra de toute son affection. Dieu dous les amène I L'on n«' veul plua de M. Ramus; c'esl pourquoi le Père dom Juste ru cci it [propose] un autre moyen a notre hou archevêque, afin que si quelque accident lui arrivait ou a Ifgr de Belley, noire affaire ne se retarde plus. Ma fille, je suis votre propre cœur, et voua êtea le mien en Jésus. < ^> 1 1 1 1 en soil l'amour!
» :. Cornu- a l'original \ j.v.'s • I .- : i ry.
LETTRE UCLI1 Inédii