A MONSIEUR LE BARON DE GHANTAL
BON rii.s
De quelle prudence user envers Mgr de Bourges. — Il faut toujours se tenir prêt à paraître devant Dieu.
VIVE ■[ JÉSUS 1
[Annecy, juillet 1627]
Mon tbès-cheb fils, J'ai (h- si fort occupée dès l'arrivée de Mgr de Bourges, que je n' h su prendre le loisir de vous écrire. J'ai considère votre lellre, el ai vu que vous prenez a cœur des choses que je ne
trouve point considérables. Mon très-cher fils, il faut que nous adoucissions les passions et ardeurs de notre esprit, et que dorénavant nous regardions plus à nous contenter du bien reçu de notre bon Dieu et de Mgr votre oncle, que d'en souhaiter trop ardemment de nouveau , puisque en vérité il est plein d'une très-bonne affection pour vous; mais vous savez qu'il craint seulement l'ombre d'être pressé et importuné, et que rien ne le rebute tant que cela. Soyez seulement attentif à lui rendre l'honneur et l'amour que vous lui devez, et vous verrei qu'avec l'aide de Dieu vous obtiendrez ce que vous me témoignez d'en désirer; mais je trouve à propos d'attendre que nous soyons cet biver à Paris, pour traiter de celte affaire. 11 ma dit, ce bon seigneur, qu'il gardait des bénéfices pour six mille livres de rente, pour un fils, si Dieu vous le donnait.
Au reste, mon fils, vous voilà parmi les hasards de la guerre1, à ce que ma fille, votre femme, m'écrit; cela me rendra plus attentive devant Dieu pour vous. Et en tout lieu et en tout temps, un moment de vie ne nous est point assuré; maison Boni les périls éminents, il y a encore moins d'assurance : c'est pourquoi je vous prie et vous conjure, mon ti<>cher fils, d'avoir un soin extraordinaire de votre àme, de la
1 la nioit du (omtc de Iloutteville, qui \euait île perdre la vie sur l'tt lia-
faud, ayant inspiré in jeune baron de Chantai les plus vérieuses réflexions, il regretta v ivemenl de l'être laisse* emporter à la barbare passion îles da< et prit la résolution d'y renoncer pour jamais. Mais les occasions en étaienl m fréquente! •'■ la cour qu'il était prudent de l'en éloigner : il saisit une ■ H (|ui m présenta de le faire arec gloire. I de le Rochelle le poussai! alon atec l" incoup de vigueur
par l'armée de Louii Mil I • i Inglaii avaient mis une flotte mr pied pour aller - * » i lecouri des protestanli de cette, place; il leur était nécessaire, poui \ parvenir, de s'emparer de l'Ile de Ré. l i i d! de Prance donna au marquii d<> Toiri amandemenl de cette Ile, el l'envoya ev<
mille bommei pour h défendre. I de Chantai, ami d.' foiras,
voulut pu: périli el illa rvir en qualité de limple
volontaii b d Ite petili • . ■
mettre et tenir en bon état, et telle que nous voudrions quelle fût à l'article de la mort. C'est un passage qu'il faut que tous les hommes fassent ; l'importance est de le faire en la grâce de Dieu; et pour cela il faut tâcher de s'y tenir, vivant en sa sainte crainte et obéissance à ses commandements. Mon trèscher fils, je désire qu'en ceci soit votre principal soin et affection ; tout le reste n'est que fumée qui se dissipe et évanouit de devant nos yeux; mais la grâce nous rend heureux en ce inonde et nous assure la félicité de la glorieuse immortalité , qui est le souverain bien auquel la raison seule nous devrait faire aspirer incessamment et au mépris de tout le reste. C'est là, mon très-cher fils, le vrai bien et la bonne fortune que je vous désire, et que je prie Dieu sans cesse de vous donner. Voilà les souhaits de votre mère, qui vous chérit comme son propre cœur, et s'estimerait heureuse de mourir pour vous acquérir la grâce de vivre dans l'observance des divins commandements, et de posséder enfin le bien incompréhensible du Paradis. — Je vous prie, écrivez à Mgr votre oncle le plus que vous pourrez. Dieu vous tienne sous sa divine protection, mon très-cher fils !
LETTRE DCGXCVII;